Fleur Pellerin n’est pas à court de bonnes idées

Dans un article publié par Olivier Tesquet on apprend que Fleur Pellerin, ministre de l’économie numérique se demande si « les fournisseurs de contenus comme Google ne devaient pas participer au financement des infrastructures de l’Internet« .
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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

31 thoughts on “Fleur Pellerin n’est pas à court de bonnes idées”

  1. Il peut à ce sujet être intéressant de se renseigner sur l’historique économique de la télévision par câble aux USA pour comprendre l’équilibre des forces en présence.

  2. S’il est vrai qu’il y a de quoi se poser des questions, je ne peux n’anmoins m’empêcher de bondir à la question subsidiaire destinée à IBM.
    En effet, IBM construit du matériel, et tel que c’est présenté ici dans l’article, ce matériel n’est pas orienté pour favoriser en particulier les activités d’Amesys. Ils ne développent pas les outils _logiciels_ qui composent Eagle, ni du matériel dont l’objectif est l’espionnage.
    IBM fournit du matériel, et poser cette question à cette entreprise revient à demander aux fabriquants de couteaux (et non pas de revolvers, parce que tout le monde peut acheter des couteaux aussi bien que du matériel informatique) s’ils se sentent bien lorsque leurs produits servent à tuer des personnes.

      1. En effet, il est vrai que ce point est défendable. Il reste néanmoins un problème de taille, qui s’applique aussi bien à ce cas-là qu’aux développeurs qui travaillent chez Amesys : « Si ce n’est pas moi qui le fais, quelqu’un d’autre le fera, parce que quelqu’un au-dessus de nous (l’employeur dans le cas de Amesys, ou l’argent et le risque de voir la concurrence chez IBM ici) le veut ».
        Je ne pense pas que dénoncer les partenaires commerciaux à côté d’Amesys ou même attaquer les déveleoppeurs travaillant pour Amesys, fasse avancer le schmilblick. Par contre, dénoncer ce qu’il y a au-dessus, par exemple la neutralité ou l’activité bienveillante de l’État vis-à-vis des activités d’Amesys et de Qosmio, me semble être une bien meilleure idée dans la mesure où ces autorités sont les seules capables de stopper l’activité d’Amesys, et surtout de prévenir l’émergence d’une autre entreprise pour prendre le relais.

        * J’ai pris l’exemple d’un dév. travaillant chez Amesys sur le projet Eagle parce que j’ai eu l’occasion d’en connaître un, qui m’a donné son point de vue et ses raisons de travailler dessus.

        1. Si ce n’est pas moi qui vends du crack à tes enfants, ce sera un autre. Ça tient la route ça ?

          Personne ne te force à vendre des trucs pas propres. Pas même la concurrence.

          Quant aux fournisseurs d’Amesys comme Alten ou IBM, ils savent très bien à quoi va servir leur matériel.

          1. L’argument de la vente de crack est à mes yeux complètement fallacieux, dans la mesure où la production, la vente et la consommation de crack sont toutes trois des activités illégales.

            Pour le « Personne ne te force à vendre des trucs pas propres », je pense que si, la concurrence force à vendre des trucs pas propres, dans la mesure où l’argent est roi, et tout marché, qu’il soit blanc ou gris, doit être pris, sinon ce sera un concurrent qui le prendra et se renforcera.

            Je peux pas contre éventuellement céder sur le point « ils savent très bien à quoi va servir leur matériel », dans la mesure où je pense que c’est vrai. Mais encore une fois, je ressors l’argument du marché à prendre.

          2. « Dès 1934 la filiale allemande d’IBM, Dehomag (pour « DEutsche HOllerith MAschinen Gesellschaft ») fournit au régime nazi des machines mécanographiques de poinçonnage de cartes perforées qui servent au réarmement, à la gestion de la force de travail des prisonniers politiques et aux nombreux recensements de la population allemande dès 193352, ce qui fit de Dehomag la filière d’IBM la plus profitable à la fin des années 1930. En parallèle, ces mêmes machines servirent au décompte de la population juive dans les ghettos et les camps de concentration durant la Seconde Guerre mondiale.
            Ce sont aussi ces recensements efficaces, contenant des données ethniques et religieuses, qui permirent aux nazis de se saisir rapidement et presque totalement des populations de Juifs et de Roms en Allemagne et, avec une efficacité plus variable, dans les autres pays sous domination allemande.
            Edwin Black, dans son livre intitulé IBM et l’holocauste publié d’abord en anglais en 2001 puis en français la même année, démontre que le système informatique vendu par la corporation IBM (surtout la machine Hollerith) et les cartes perforées imprimées aux États-Unis expliquent en grande partie l’efficacité du recensement des Juifs et des Roms sous le Troisième Reich ce qui donna à ces machines IBM, ainsi qu’aux experts qui les faisaient fonctionner, un rôle essentiel dans la Shoah. »

        2. C’est sûr qu’avec des arguments du style « business is business » ou « dtf si je le fais pas, un autre le fera et au final ça sera fait quand même donc autant que je le fasse » on va bien avancer…

          On a toujours le choix : un développeur peut refuser de travailler sur un projet ou dans une société spécifique si cela va à l’encontre de sa morale ou de l’étique. Considérer que « vous savez ma bonne dame, c’est la crise faut bien bouffer donc bon… » cela signifie simplement que l’on a trouvé le prix de son éthique.

          Pour revenir à IBM quand on regard les liens avec le régime nazi (non, ce n’est pas un point Godwin, http://www.ibmandtheholocaust.com/), on se dit qu’ils ne sont plus à ça près avec le Maroc…

          1. Malheureusement, l’éthique a un prix, oui.
            Est-ce que vous pensez que chaque développeur a un sens du /militantisme/ suffisamment poussé pour refuser un emploi qui lui serait proposé par Amesys, voire même pour le quitter de son plein gré ? Si vous pensez que oui, effectivement votre « C’est sûr qu’avec des arguments du style […] on va bien avancer » s’applique pleinement.
            Refuser de travailler est très simple, tu te fais virer pour faute et tu dois trouver un autre job. En attendant, le recruteur exerce son job, trouve un autre développeur et absolument rien n’a changé au final.

            Ce que j’avance c’est malheureusement la réalité, une bonne partie des dévs qui travaillent là-bas se fiche de l’utilisation qui sera faite de l’outil qu’ils développent, du moment qu’ils ont la thune pour manger à la fin du mois. Ils ne sont pas les têtes pensantes. Ils ne sont pas les preneurs de décisions. Ils obéissent, et on leur file de l’argent en échange. L' »éthique militante » (je pense le terme adapté ici) n’est pas une valeur universelle à mes yeux, et ce n’est pas par les gens ou par les dévs qu’il sera possible de faire « changer les choses », mais bien en attaquant plus haut, aussi bien les têtes d’Amesys que ce qui permet auxdites têtes d’agir ainsi, c’est-à-dire l’État.

            Enfin, pour terminer, je trouve que faire appel à des évènements qui se sont déroulés en 1940, il y a plus de soixante dix ans, pour décridibiliser une entreprise, avec en plus l’argument nazi, est tout simplement ignoble et immonde de votre part, et je pèse mes mots.

          2. Bon, je voulais répondre à ordiclic, mais j’ai pas le bouton adéquat pour …

            « absolument rien n’a changé au final »
            Si, tu n’a pas à rougir ou vomir le matin en te regardant dans la glace du sang, qui bien que versé, ne couvre pas tes mains.
            La différence elle est morale/éthique … dans notre beau monde actuel ça compte (trop) peu, je te l’accorde.

            « Enfin, pour terminer, je trouve que faire appel à des évènements qui se sont déroulés en 1940, il y a plus de soixante dix ans, pour décridibiliser une entreprise, avec en plus l’argument nazi, est tout simplement ignoble et immonde de votre part, et je pèse mes mots. »

            Je suis d’accord, c’est parfaitement ignoble et immonde qu’une entreprise puisse avoir le mémoire aussi courte et espérer s’en sortir en ressortant les même excuses :
            « moi je ne vend/fourni que l’outil/le matériel … je ne suis pas responsable de l’usage qui en est fait »
            après avoir permis une augmentation substantielle du « rendement » de la Shoah.

            C’est p’tet ça « la culture d’entreprise »

            Se souvenir de l’Histoire n’est pas honteux, c’est vital.

          3. « Enfin, pour terminer, je trouve que faire appel à des évènements qui se sont déroulés en 1940, il y a plus de soixante dix ans, pour décridibiliser une entreprise, avec en plus l’argument nazi, est tout simplement ignoble et immonde de votre part, et je pèse mes mots. »

            oui c’est vrai c’est immonde, c’est ignoble c’est pire que ceci même:

            http://fr.wikipedia.org/wiki/Edwin_Black#IBM_et_l.27Holocauste

          4. @Ordiclic : je ne me permettrais pas de penser pour les autres et de plus je suis réaliste. Donc non, je vous rassure, je ne pense pas que chaque développeur ait un sens suffisamment poussé pour refuser. Je ne parle que pour moi et je peux vous dire que j’ai refusé une offre très intéressante dès lors que j’ai appris qu’il s’agissait d’un emploi pour Bull.

            Tout à un prix oui… mais pour reprendre les mots de TomPouce, pour ma part, pouvoir me regarder tous les matins dans le miroir sans avoir honte, sans détourner les yeux, ça n’a pas de prix.

            Oui la plupart des gens ne savent pas/ne veulent pas savoir/se moquent de l’utilisation de se sur quoi ils travaillent (je parle en tout cas du domaine informatique). Est-ce que cela les excuse pour autant ?
            Les interviews d’informaticiens d’Amesys montrent qu’on leur « cachait » ou en tout cas informait pas assez de l’utilisation qui serait faite du produit. Ok, dont acte. Mais quand l’affaire a éclaté au « grand » jour, ils en ont pris conscience. Combien on réalisé ce sur quoi ils avaient travaillé et les conséquences ? Combien ont démissionné ce jour là ?

            Arrêtons de trouver des excuses aux gens.

            Pour ce qui est d’IBM, j’avais de nombreuses réponses à vous apporter mais je vois que d’autres que moi en ont déjà apporté certaines. Pour compléter la remarque de Yovan j’irai même plus loin : le numéro tatoué sur le poignet des juifs correspondait à l’id de la personne en question dans le système fourni par IBM.
            Et avant que vous me répondiez qu’IBM ne savait pas quand il a commencé à travailler avec l’Allemagne, je veux bien vous l’accordez. Mais sachez toutefois qu’à la « fin », au CA d’IBM Allemagne siégeaient des officiers nazis. A ce moment là impossible de dire qu’on ne savait pas.

            Enfin pour votre dernier paragraphe où vous évoquez le dégoût que je semble provoquer chez vous, soyez bien conscient d’une chose. Certes les faits sont anciens, toutefois l’affaire elle est toujours actuelle. Le livre présentant l’enquête devrait même être portée sur le grand écran.

  3. « Enfin, pour terminer, je trouve que faire appel à des évènements qui se sont déroulés en 1940, il y a plus de soixante dix ans, pour décridibiliser une entreprise, avec en plus l’argument nazi, est tout simplement ignoble et immonde de votre part, et je pèse mes mots. »

    Mais ces événements ont déjà été dépassés, cher lecteur, les génocides continuent, la torture tout autant, les camps de déportation sont encore valides dans de nombreux pays comme la Libye. Se rappeler l’histoire est incontournable, central, vital, parce que le nazisme n’est rien d’autre qu’une somme de volontés humaines. Et aujourd’hui, des hommes sont torturés, exécutés, enfermés pour leur seule opinion. Ou origine. Et des firmes comme Bull/Amesys permettent ça : donc, l’ignoble et l’immonde sont du côté de ceux qui défendent ceux qui y travaillent, savent et participent. QUe ce soit pour bouffer ou pa

  4. « Enfin, pour terminer, je trouve que faire appel à des évènements qui se sont déroulés en 1940, il y a plus de soixante dix ans, pour décridibiliser une entreprise, avec en plus l’argument nazi, est tout simplement ignoble et immonde de votre part, et je pèse mes mots. »

    Mais ces événements ont déjà été dépassés, cher lecteur, les génocides continuent, la torture tout autant, les camps de déportation sont encore valides dans de nombreux pays comme la Libye. Se rappeler l’histoire est incontournable, central, vital, parce que le nazisme n’est rien d’autre qu’une somme de volontés humaines.

    Et aujourd’hui, des hommes sont torturés, exécutés, enfermés pour leur seule opinion. Ou origine. Et des firmes comme Bull/Amesys permettent ça : donc, l’ignoble et l’immonde sont du côté de ceux qui défendent, ceux qui y travaillent, savent et participent. Que ce soit pour bouffer ou pas, importe peu : les Allemands qui participaient à la politique anti-juifs, puis d’extermination, certains se sont tirés. D’autres, nombreux, ne cautionnaient pas mais participaient. D’autres adhéraient. Maintenant, se planquer derrière son job et le remplacement est simplement un choix. Ethique, oui. Moral aussi. Et la comparaison avec le régime du IIIème Reich n’a rien d’ignoble, elle est juste pertinente, puisque parallèle. Tu ne crois quand même pas que le fascisme, le totalitarisme, les dictatures ont disparu tout de même ? Ce serait bien naïf. Sachant qu’Hitler est en retard aujourd’hui quand on voir comment certaines populations sont décimées. Ou individus exécutés grâce à de la technologie.

    Pour finir : renseigne toi comment les juifs ont pu être fichés par ordinateur à la fin des années 30, en cartes perforées, quelle est la firme qui a opéré ce buisness « qu’une autre firme aurait pu faire ». C’était IBM.

    Amusant, non ?

  5. Et si on relisait un peu Lawrence Lessig ? ;)

    « Mais nous vivons à une époque de scepticisme à l’égard de la démocratie. Notre époque est obsédée par la non-intervention. Laissons Internet se développer comme les codeurs l’entendent, voilà l’opinion générale. Laissons l’État en dehors de ça.

    Ce point de vue est compréhensible, vu la nature des interventions étatiques. Vu leurs défauts, il semble préférable d’écarter purement et simplement l’État. Mais c’est une tentation dangereuse, en particulier aujourd’hui.

    Ce n’est pas entre régulation et absence de régulation que nous avons à choisir. Le code régule. Il implémente – ou non – un certain nombre de valeurs. Il garantit certaines libertés, ou les empêche. Il protège la vie privée, ou promeut la surveillance. Des gens décident comment le code va se comporter. Des gens l’écrivent. La question n’est donc pas de savoir qui décidera de la manière dont le cyberespace est régulé : ce seront les codeurs. La seule question est de savoir si nous aurons collectivement un rôle dans leur choix – et donc dans la manière dont ces valeurs sont garanties – ou si nous laisserons aux codeurs le soin de choisir nos valeurs à notre place.

    Car c’est une évidence : quand l’État se retire, la place ne reste pas vide. Les intérêts privés ont des objectifs qu’ils vont poursuivre. En appuyant sur le bouton anti-Étatique, on ne se téléporte pas au Paradis. Quand les intérêts gouvernementaux sont écartés, d’autres intérêts les remplacent. Les connaissons-nous ? Sommes-nous sûrs qu’ils sont meilleurs ?

    Notre première réaction devrait être l’hésitation. Il est opportun de commencer par laisser le marché se développer. Mais, tout comme la Constitution contrôle et limite l’action du Congrès, les valeurs constitutionnelles devraient contrôler et limiter l’action du marché. Nous devrions examiner l’architecture du cyberespace de la même manière que nous examinons le fonctionnement de nos institutions.

    Si nous ne le faisons pas, ou si nous n’apprenons pas à le faire, la pertinence de notre tradition constitutionnelle va décliner. Tout comme notre engagement autour de valeurs fondamentales, par le biais d’une constitution promulguée en pleine conscience. Nous resterons aveugles à la menace que notre époque fait peser sur les libertés et les valeurs dont nous avons hérité. La loi du cyberespace dépendra de la manière dont il est codé, mais nous aurons perdu tout rôle dans le choix de cette loi. »

    http://www.framablog.org/index.php/post/2010/05/22/code-is-law-lessig

  6. M. Tchatcher avait dit -dans une interview pour le magazine Women’s Own du 31/10/1987- « La société n’existe pas. Il y a seulement des individus, hommes et femmes, et des familles. »

    No comment hein, c’est pas la peine….

  7. Hello,

    Je suis peut être passé à côté, mais quelle est votre position sur la vente de 0-day par des enreprises comme VUPEN? (parce que j’ai l’impression que les reflexions engagées sur cet article sont toutes autant applicable dans la vente de 0-day)

    A+

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