Flat tax Macron : des dizaines de milliards évaporés par an, merci qui ?

Gabriel Zucma, professeur d’économie à l’université de Berkeley (Californie, Etats-Unis d’Amérique) vient nous alerter sur la « mesure phare » du quinquénat Macron : la « Flat Tax ». Ce prélèvement forfaitaire unique de 30% a été budgétisé à -1,5 milliards d’euros par le gouvernement pour les recettes de l’Etat. Selon Zucma — et il a des argument — la Flat taxe coutera en réalité 10 fois plus aux contribuables, soit au bas mot, 15 milliards d’euros. Pour résumer, l’économiste de Berkeley explique dans une tribune du Monde la chose suivante :

Si les revenus du capital sont moins taxés, alors tous ceux qui sont à la fois salariés et actionnaires de leur entreprise — patrons, entrepreneurs, cadres dirigeants et indépendants — ont intérêt à percevoir le fruit de leur labeur sous forme de dividendes plutôt que de revenus salariaux, siphonnant ainsi les recettes de la Sécurité Sociale et de l’Etat.

L’exemple donné par Zucma est simple : Marcel, un chef d’entreprise, a le choix entre se payer en salaire ou en dividendes et une fois tout pris en compte, il n’a en fait aucun intérêt à se payer en salaire. Mais pire : les revenus payés en dividendes deviennent tellement avantageux  avec la Flat tax, et ceux des salaires — à l’inverse — tellement « taxés » et désavantageux, que le fossé devient magistral et l’iniquité totale :

Marcel choisit la voie « salaires », son taux marginal d’imposition sera, tout compris, de 65 % ; s’il choisit l’option « dividendes », il sera de 50 %. Soit une différence de 15 points, un écart considérable et sans précédent dans l’histoire de la fiscalité française.

Ce système, que l’on peut renommer « faille fiscale », déjà en place aux Etats-unis, pose bien entendu problème, alors même que la différence entre fiscalité sur le dividendes et salaires n’est « que » de 2,5% à l’avantage des premiers au pays de Donald Trump. Cette différence sera 6 fois plus grande en France, une fois la Flat tax appliquée. Et que génèrent ce type de mesures ? L’économiste de Berkeley l’explique très simplement en prenant le cas des Etats-Unis :

54 % des dividendes que les patrons de PME, cadre dirigeants et indépendants se versent correspondent en fait à des revenus qui devraient être taxés comme du travail. Ce sont des centaines de milliards de dollars de salaires qui sont ainsi, chaque année, déguisés en dividendes dans le seul but de payer moins d’impôts

Au final, ces 15 points de différence créés par la Flat tax vont ruiner la sécurité sociale et toutes les caisses auxquelles abondent les salariés, nous dit Zucma :

Si les Français qui le peuvent optimisent autant que leurs homologues américains, le manque à gagner pour la Sécurité sociale et le budget de l’Etat pourrait atteindre les dizaines de milliards d’euros chaque année.

Des dizaines de milliards d’euros par an perdus pour le bien public. Évaporés.

Merci qui ?

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Auteur: drapher

Journaliste (atypique mais encarté) web et radio — @_Reflets_ et d’autres médias. Ni « désengagé » ni objectif ou neutre, mais attaché à décrire et analyser la réalité, même la plus déplaisante. On the net since 1994. Gopher is power ;-)

8 thoughts on “Flat tax Macron : des dizaines de milliards évaporés par an, merci qui ?”

  1. L’argent économisé n’est pas évaporé mais il est dans les poches de celui qui a créé la valeur, quel est le mal ?
    Sommes-nous condamnés à abonder dans un pot commun avec des taux de prélèvement sans cesse plus élevés ? A quel taux de prélèvement le paradis commun est-il atteint ? Et si on ne veut pas de votre paradis, doit-on financer le vôtre ?
    Ne sommes-nous pas les meilleurs gérants du fruit de notre travail ?

    1. Simple: c’est mal d’être un riche qui refuse de venir en aide aux plus pauvres. C’est mal et surtout stupide, car un jour, le pauvre viendra voir le riche pour mettre sa tête au bout d’une pique.

    2. Ben oui c’est clair… d’ailleurs les pays où la flat tax est déjà appliquée ne sont que des pays où chacun gère le fruit de son travail librement et où il fait tellement bon vivre… https://fr.wikipedia.org/wiki/Imp%C3%B4t_%C3%A0_taux_unique#/media/File:Flat_personal_income_tax.png

      Blague a part, merci pour ce billet intéressant. Il va falloir être combatif pour venir a bout de ce modèle libertarien « en marche »…

    3. Bonsoir John Galt,
      Bien d’accord avec vous, l’argent n’est pas évaporé mais continue sa route. En revanche l’argent est il vraiment dans la poche de celui qui créé la valeur? Est ce essentiellement le capital ou la personne qui passe du temps sur cette production de valeur qui la créée? Il me semble que ce qui nous est le plus essentiel à chacun est le temps dont on dispose sur cette terre avec une échéance à peu près semblable pour tous.
      Une personne travaille; j’ai du mal avec le fait qu’un capital puisse travailler et apporter des fruits seul.

        1. contrepoints.org ? seriously ?
          Les 2 premières phrases de l’article en question suffisent à discréditer intégralement le reste du billet. Mais ça flatte l’égo et la mégalomanie des fous de dieu, ici le pognon et à chacun sa folie.

          Aujourd’hui, ça ne dérange plus grand monde, comme vous par exemple, qu’on fabrique de la valeur par des effets de levier totalement déconnecté de la réalité.
          Je vois tous les jours des entreprises qui nourrissent un ou des actionnaires à un niveau tel que c’est du cannibalisme.
          Alors oui, bien sur qu’il faut du capital et des actionnaires pour faire tourner les entreprises, mais il est faux de croire qu’on peut laisser la main invisible du marché et la liberté absolu continuer de massacrer le monde et spolier la masse pour le « bonheur » d’une poignée de privilégié.
          On parle toujours du coût du travail, des charges sociales, mais il faudrait, en tant qu’actionnaire, aussi quantifier et publier la charge financière des actionnaires et du top management, histoire qu’on rigole bien tous ensemble.
          Je connais bien une boite, qui pour faire plaisir à son nouvel actionnaire à filer 29 millions d’€ et était passé au bord de la banqueroute le mois suivant pour pouvoir payer les salaires des 5000 employés. Mais vous allez me dire que ce n’est pas arrivé et qu’ils avaient tous bien raison de se gaver comme des cochons et bon, investir dans l’entreprise c’est inutile quand on a une vision à quelques semaines !

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