Filtrage du Net : « Consommateur, c’est pour ton bien »

obeyJe participais il y a 2 semaines à une table ronde organisée par L’AEGE au féminin. L’évènement se tenait dans le cadre prestigieux de l’Assemblée Nationale et abordait les questions de neutralité des réseaux. D’humeur égale à moi même à cette heure ci du matin, je suis intervenu lors de la première table ronde après 45 minutes à entendre parler de consommateur alors que cette première table ronde était sensée se porter sur les Internautes. Une seconde venait ensuite aborder les questions de neutralité du point de vue des entreprises, avec des questions aussi grave que du « Si dans Google t’es pas Panda Level 4 t’as raté ta vie », ou alors des choses plus sérieuses que la pseudo neutralité des moteurs de recherche et l’impact sur le chiffre d’affaires d’une perte de 3 positions pour une boutique en ligne;

Et non je n’étais pas content. Je ne suis jamais content quand on prend les internautes du même pied que la démocratie materne ses citoyens au point de les déresponsabiliser. Les internautes sont donc des consommateurs pour beaucoup de monde, et pas que des entreprises. Ils sont des consommateurs car ils se bouffent du Youtube comme ils se gavaient de TF1, ils sont des consommateurs car leur fournisseur d’accès, même sur des offres de fibre optique persiste à leur fournir des débits assymétriques et entretenir ce qui arrange tout le monde : L’internaute, ce consommateur à qui on va vendre du temps de cerveau disponible… et ça m’énerve.

La principale caractéristique d’Internet, c’est son côté acentré qui concentre l’intelligence du réseau en sa périphérie. C’est aussi un des fondements,une de ses caractéristiques, qui lui permet (pour combien de temps encore ?), de voir éclore sans cesse de nouveaux services, proposés par ces formes d’intelligence en périphérie de réseau. Avec des investissements quasi nuls (les gens ici qui se souviennent comment on faisait pour ouvrir un service télématique sur minitel doivent comprendre de quoi je parle), sans plus de matériel qu’il n’en faut  pour faire connaitre son idée, il devient, pour un particulier comme pour une entreprise, simple d’entreprendre. Entreprendre sans qu’un intermédiaire technique ne vienne décréter que si votre service fonctionne, c’est surtout grâce à lui qui vous fournit un tuyau et donc tente un petit racket ordinaire.

Maintenant que ces deux trois notions sont dépoussiérées, nous allons pouvoir parler de cette chose immonde qu’est le filtrage du Net. Vous vous en croyiez débarrassés ? C’est mal connaitre la poignée d’e zozos qui s’évertue à nous le remettre sur la table quasi mensuellement. Les derniers zozos sont ceux de la DGCCRF (direction générale de la concurrence, consommation et répression des fraudes). Cette nouvelle attaque est poussée par Frédéric Lefèbvre qui n’est pas un débutant en la matière. L’idée est qu’une autorité puisse demander à un intermédiaire technique le blocage d’un site… comment qu’ils disent avec les mots qui vont bien déjà : « toutes mesures propres à prévenir un dommage ou à faire cesser un dommage occasionné par le contenu d’un service de communication au public en ligne ». En clair la DGCRRF pourrait demander on ne sait trop sur quels critère d’employer tous les moyens possibles et imaginables pour interrompre un service ou la diffusion de certaines de données sur le réseau. Vous pourrez par exemple choisir entre entre un drop de routes BGP, la saisie du nom de domaine, l’envoie de rastas défoncés au crack et armés de battes de baseball, la grenade à fragmentation… tous les moyens on vous dit.. pour bloquer un site… pour censurer des informations… et en plus on a le toupet de vous raconter que c’est pour vous protéger, vous, tas de consommateurs crétins. Tout ça pour un Internet plus propre, plus civilisé, où tout le monde se sentira bien en sécurité, un Internet comme ça :

 

N’ayez pas peur l’État veille, il vous protège, dormez sur vos deux oreilles.

Ou réveillez vous et appelez votre député pour lui expliquer la dangerosité de ce genre de mesures aussi crétines qu’inefficaces ! Pour vous faciliter un peu le travail voici un rappel technique des technologie de filtrage/blocage et ce qu’elles impliquent dans la vie réelle.

blocage

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10 thoughts on “Filtrage du Net : « Consommateur, c’est pour ton bien »”

  1. > ce consommateur à qui on va vendre du temps de cerveau disponible…
    J’aurais plutôt dis « ce consommateur dont on va vendre le temps de cerveau disponible » car il n’achète pas du temps de cerveau. Mais du coup, on ne montre plus que c’est ce dernier qui paie. :-/

  2. Tu charrie un peu touff,

    Comme si le gvt avait que ça a foutre de vouloir bloquer des sites qui critiqueraient le médiator (empêchant Servier de faire des affaires) ou tout autre conneries de ce genre. Pas de ça dans une démocratie irréprochable.

    Bon sinon on a jusqu’à quand pour les appeler parce nos législateurs semblent s’accorder de longues pauses déjeuners, pas réussi à avoir quelqu’un à midi

  3. Appeler des Député-es qui n’en n’ont rien à foutre car la neutralité des réseaux de communication est une thématique obscure qui n’a d’intérêt que pour des personnes dont c’est, précisément, le métier.

    Ou bien on pourrait se mobiliser vraiment.

    Prendre un thème que tout-e un-e chacun-e peut s’approprier, comme -par exemple- la liberté de circulation de l’Information (accompagnée de sa seule mais nécessaire limite acceptable : la stricte préservation de la sphère privée), et s’en servir pour mobiliser concrètement, sur le terrain, partout, tout le temps.

    Nous avons tous et toutes vu les résultats que donnent les luttes menées par les cercles libristes : une longue suite de défaites se succédant implacablement depuis dix ans. Peut-être serait-il temps de passer à de vraies actions de lutte sociale, et de s’en donner les moyens…

    1. Ben oui! c’est difficile d’appeler un député, voir un peu plus compliqué, poser une RTT et le voir entre quatre yeux lors de sa permanence dans votre circonscription…avez vous passez ces étapes? Racontez nous.

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