Et si on prenait le temps d’un livre pour réfléchir à l’échec annoncé de la loi Hadopi ?

Le système mis en place par la loi Hadopi et qui aura coûté au moins 13 millions d’euros et il est au point mort depuis la découverte d’une faille de test sur les serveurs de test de TMG. C’est probablement le bon moment pour prendre un peu de recul et s’interroger sur la pertinence de la réponse de l’UMP aux bouleversements induits par Internet et par la banalisation de l’ADSL. C’est justement ce qu’a fait Juan Branco avec son livre « Réponses à Hadopi » aux éditions Caprici.

A coups de bon sens et de chiffres, l’auteur démonte la réponse de l’UMP au phénomène du téléchargement. « Ouin-Ouin, c’est trop injuste » clament les majors, avec Internet on perd des milliards. Oui, mais non, répond calmement Juan Branco :

« A la différence de la musique, le cinéma continue à bien se porter. La crise l’a même renforcé.  Il a bénéficié entre 2000 et 2010 des reports de consommateurs, qui, suite à la baisse de leur pouvoir d’achat, n’ont pu se permettre de sorties culturelles (ou de loisirs) plus onéreuses. Il a en outre développé des stratégies d’amélioration de l’offre, comme les cartes illimitées. Les 206,49 millions d’entrées enregistrées en 2010 dépassent les records des années 60, époque où le seul média concurrent, la télévision, n’opposait que de faibles armes, qualitatives et quantitatives ».

Voilà pour le cinéma. Ca, c’est fait.

« Les montants répartis par la Sacem n’ont cessé d’augmenter malgré la crise du disque et la crise tout court ».

Voilà pour la musique.

Juan Branco, visiblement fin connaisseur de l’industrie du cinéma nous entraine par ailleurs dans un intéressant flash-back. Retour vers les années 80 quand Jack Lang et plus généralement les gouvernements de François Mitterrand ont sauvé le cinéma français.

A l’époque, rappelle Juan Branco, les industriels voulaient réserver l’usage des cassettes VHS aux professionnels. L’industrie musicale avait en son temps tenté de limiter la commercialisation des cassettes audio. On se prend à réfléchir tout haut. Les magnétoscopes permettaient de « graver » les films qui passaient à la télévision. Les cassettes audio, la musique qui passait à la radio. Et de partager tout ça avec ses amis. Quelle différence avec Internet ? Aucune, à part la simplicité et le volume partagé. Mais Juan Branco ne cesse de pointer un petit défaut de l’industrie culturelle : elle refuse obstinément de mettre en place une offre légale qui soit une mise en commun des catalogues sur une plateforme unique. Du coup, nombreux sont ceux qui sont obligés d’aller chercher « illégalement » les perles rares que les majors refusent de mettre à disposition en ligne.

« Il faudra un jour admettre l’évidence. Si le partage s’est développé sans contrôle, ce n’est pas que les mesures répressives ont manqué. C’est qu’après s’être trop bien adaptée à celle de la télévision, l’industrie du cinéma s’est montrée incapable d’adapter son offre à l’émergence d’Internet. Elle s’est contentée de prolonger – trop longtemps- ses modèles de distribution. Elle n’a pas proposé de nouvelle offre. A-t-elle cherché à enrichir l’existante ? Même pas ».

Le livre de Juan Branco se termine par une incongrue interview de Jean-Luc Godard. Et si le cinéaste confesse son inculture en matière d’Internet, il a cette réflexion passionnante :

« comme la salle de cinéma, Internet n’est qu’un moyen de diffusion. Si quelqu’un veut l’œuvre, qu’il al copie. J’ai été payé pour mon travail, ou je me suis débrouillépour être payé pour mon travail. Si je n’ai pas été payé, c’est que je suis idiot, que j’ai travaillé pour rien. Pour le reste, ce n’est plus mon problème ».

Voilà qui rejoint la problématique des journaux en ligne comme Reflets. Si l’on est payé une fois, est-il normal d’être payé une seconde fois ? Non.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

10 thoughts on “Et si on prenait le temps d’un livre pour réfléchir à l’échec annoncé de la loi Hadopi ?”

  1. il dit aussi que les éditeurs de musique (etc…) considèrent que leur(s) domaine(s) respectif(s) n’ont pas à être touché(s) par la crise ?
    que finalement, mine de rien, c’est possible que les gens aient moins d’argent à dépenser ?

  2. Cool, continuez à chroniquer des livres de temps en temps !

    du coup vous pourriez mettre des liens de bonnes éditions dans vos « Liens ».
    et d’autres journaux autre que le Canard … perso j’ai plein d’idées :D

  3. Le livre a l’air intéressant !
    Après le problème n’est pas de payer « une deuxième fois » une œuvre. Le véritable problème, c’est la répartition des gains. Avec internet, l’existence des maisons de disques n’a plus vraiment lieu d’être, puisque les artistes peuvent vendre directement leurs œuvres.
    Donner de l’argent à Universal, ça me fait mal ; pour les artistes, no problèmo.

  4. Le petit hic,c ‘est qu’on risque de voir émerger des marchés parallèles. Du genre http://www.pottermore.com/.

    Donc au lieu d’avoir un seul et unique catalogue où toute entreprise pourra se servir pour revendre. On risque de se retrouver avec une multitude de source.

    De plus, il faut se souvenir des contrats des maisons de disques qui avaient fuité. On y trouvé les conditions dans les quels les artistes signaient leur contrat. Ils perdaient tous leurs droits sur internet. (Nom de domaine, vente de musique numérique, …) Je sais qu’il y avait un graphique qui représentait les différentes parts qu’un artiste touché en fonction du type de vente ou service lié à sa musique (streaming, téléchargement, CD, concert, …)

  5. Merci Kitetoa pour cet article.

    Voila ce que j’en pense de toutes leurs conneries répugnantes :

    Le téléchargement illégal va tuer l’industrie de la musique pas les artistes. La campagne PUR (digne de Joseph Goebbels), souhaite nous détourner malicieusement de la réalité.

    Les artistes, grâce à internet peuvent avoir un lien direct sans intermédiaire avec le public, c’est ça qui fait peur aux méchants capitalistes que sont ces pourritures de majors qui aimeraient bien continuer à bouffer sur les Champs, boire du rouge à 100€ la bouteille, et remplir d’essence leurs Yachts pollueurs en Corse. Les majors volent l’argent aux artistes, ils ne contribuent à aucune création artistique.

    Aujourd’hui, les bénéfices des artistes sont fait grâce aux:
    -Concerts, festivals
    -Ventes de produits dérivés
    -Royalties
    -Droit d’image

    Le téléchargement « illégal » n’engendre pas une perte de salaire pour les artistes puisque le grand public continue/ra à aller voir en live lors de concert ou de festival, et les beaufs continueront à acheter des tee-shirts à l’effigie de Johnny.

    Un artiste gagne ~9% sur la vente d’un CD, le reste c’est pour la maison de disque et la Fnac.

    On arrive dans une nouvelle époque où l’utilité des majors et à remettre en cause grâce à internet, on nous traite de voleur en pratiquant le téléchargement « illégal », non non, le téléchargement contribue à la popularité des artistes. Lady Gaga, David Guetta, Les Black Eyed Peys en sont d’illustres exemples.

    Pour le cinéma c’est pareil… Que l’on arrête de nous la mettre à l’envers.
    2010–> Avatar et Bienvenue chez les Ch’tis.

    Le nain cocaïnomane a fait perdre à la France toutes les valeurs qui ont fait de nous ce que nous sommes. Allez aux Etats-Unis, en Afrique, en Australie, on vous dira « Liberté, égalité, fraternité ». on s’en éloigne de plus en plus au profit d’un monde de sur-consommation qui nous mènera dans un beau platane.

    Quand nos petits enfants nous regarderons droit dans les yeux et nous dirons « Mais pourquoi vous vous êtes laisser faire? « , nous ne saurons quoi répondre.

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