#EELV : avoir raison sur tout n’est pas politiquement payant (reportage #Tuppervert)

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La pratique de la politique en France — et potentiellement un peu partout ailleurs dans les grandes démocraties — est basée sur un concept simple à résumer : chaque parti politique fait une analyse des problèmes de sa société, une sorte d’inventaire, et procède ensuite à une liste de solutions, avec des priorités dans leur application. Puis chacun d’entre eux explique que si ces solutions étaient appliquées, elles règleraient les problèmes pointés, ou tout du moins, les amoindriraient. Problèmes dans une société : solutions politiques. Améliorer. Réduire les aspects négatifs. Progresser.

Etrangement, un parti politique un peu à part dans le panorama français n’arrive absolument pas à convaincre les électeurs : Europe Ecologie Les Verts. Pourquoi — alors que les problèmes écologiques sont centraux — le seul parti politique à les analyser, amener des solutions sur ce sujet qui touche tous les pans de la société, ne trouve-t-il quasiment aucun écho auprès des citoyens ?

Réunion Tuppervert : introduction

EELV n’est pas un parti comme les autres, et il n’est pas composé, en « région » tout du moins, de candidats classiques. Ce ne sont pas des « politiques », ce sont des gens militants, qui ne pratiquent pas la langue de bois. Cette soirée intitulée « Tuppervert » et organisée chez un membre d’une association en est la preuve.

Le concept est simple : des candidats EELV aux régionales proposent d’aller manger chez ceux qui veulent bien les recevoir pour discuter. L’hôte s’engage seulement à inviter des personnes pour ne pas se retrouver entre quatre yeux, et que le débat puisse exister. La réunion Tuppervert de mardi soir était composée du candidat tête de liste EELV, de la deuxième tête de liste des prochaines élections d’une région française, et deux autres membres d’EELV. Six citoyens non militants, non-élus, étaient présents.

Synthèse de la soirée, et un peu plus…

La définition de l’écologie (demandée par l’un des participants)  que la seconde tête de liste donne, fait mal au crâne, devient une sorte de longue litanie de problèmes : elle finit par avouer que « c’est compliqué » (de définir l’écologie, ndlr). Le candidat tête de liste est un maire-paysan, en (agriculture bio depuis plus de 30 ans). Les trois autres ne se définissent pas par leur métier ou leur poste. La discussion va bon train, autour de leur vision politique, de ce qu’ils veulent, de pourquoi ils se présentent, militent, etc…

Du côté du maire-paysan, les choses sont très claires : les problèmes et solutions qu’il souligne se situent essentiellement au niveau de l’agriculture, de l’alimentation, des modes de production agro-alimentaires. Pour lui, la société va mal parce que les filières courtes, anciennes, ont été abolies par les industriels : perte de qualité, problèmes de santé, coûts, emplois détruits, consommateurs piégés, etc…

Mais si le « dada » politique du maire-paysan écologiste est très parlant, concret (et parfaitement écologiste) celui des autres membres d’EELV l’est nettement moins, et est bien plus représentatif du « problème » que ce parti traîne avec lui.

Refuser les priorités et globaliser les problèmes : tout pour faire fuir

Le discours central — sincère — des écologistes présents à cette soirée (et que l’on retrouve en permanence à EELV) peut se résumer de la manière suivante : nous vivons dans un monde en totale déliquescence, qui se meurt, puisque la nature est pourrie par l’homme. Il faut donc changer de modèle pour empêcher le pire. Les activités humaines sont donc néfastes et vont précipiter la perte de l’humanité. Suivent des listes de problèmes : les pollutions et leurs conséquences, l’énergie nucléaire, l’agriculture intensive, les transports, la surconsommation, la malbouffe, la rareté énergétique…

Il est difficile de retenir tous les problèmes soulevés tellement ils sont nombreux, et chaque membre présent autour de la table de hocher la tête puisqu’il est (heureusement) difficile de trouver un individu qui verrait un côté positif à la pollution, à la dégradation de la santé ou à la dangerosité de l’énergie nucléaire…

Cette liste à la Prévert des problèmes à résoudre, donne le tournis. Il est donc demandé par un citoyen présent autour de la table si des priorités ne seraient pas utiles, pour tenter d’envisager une faisabilité concrète ? La réponse vient avec le prospectus national d’EELV et son slogan : « sauvons le climat ». Ce serait donc la priorité numéro 1 et l’objectif du parti écologiste français. Sauver le climat.

Peut-on sauver le climat d’une planète ? Les Français équipés au tout-nucléaire sont des acteurs de rejets de gaz à effet de serre infimes au niveau mondial, pourquoi donc les appeler à quelque chose qui n’est pas directement de leur ressort ? Au delà de l’absurdité de ce slogan très marketing (on ne sauve pas un climat (!) et puis si l’on réfléchit bien, les Français passeraient de 0,8% d’émissions actuelles planétaire de GES à 0,5%, que le climat n’en serait pas modifié positivement pour autant), pourquoi ne pas parler en priorité des problèmes directs, locaux, qui concernent les gens au quotidien ?

Qui est le communiquant qui a bien pu inventer ce slogan du climat qui ne vote pas ?

La disparition des abeilles, et autres insectes pollinisateurs n’est pas mise en avant, ainsi que l’accélération de la destruction de la biodiversité, ou de la pollution de l’air et l’explosion des cancers. La réponse des membres d’EELV, face à ce constat, est certainement l’essence même de la problématique de ce parti : « C’est vrai, mais tout est important, tout est lié, on en parle aussi, il faut s’attaquer à tous les problèmes, mais le problème principal de l’humanité qu’on met en avant qui relie tout, c’est le changement climatique« .

Dichotomie sincère et paradoxe sociétal

« Penser local, agir global » pourrait être le résumé de la pensée écologiste renvoyée par les membres d’EELV de cette soirée. A l’exception du maire-paysan, mais il a peu parlé… Ce « penser local, agir global » est une dichotomie étonnante puisque le slogan revendiqué de l’une des militantes est le slogan écologiste bien connu (et inverse) : « Penser global, agir local ».

EELV demande aux gens de voter pour eux afin que le parti se préoccupe d’enjeux planétaires, qui ne concernent pas de façon directe la vie quotidienne des citoyens. Sur leur bonne foi et sur une hypothèse cataclysmique, celle du changement climatique de plus de 2 degrés qui devrait survenir. Mais EELV, dans le même temps, explique aux gens que tous les autres problèmes sont aussi très importants et doivent être réglés. Dont celui de l’énergie, des transports, et de la responsabilité des citoyens, qui doivent « faire quelque chose pour abaisser leur pollution ». Le diesel est abordé : il faut que les gens arrêtent de rouler en diesel. Il faut arrêter les énergies fossiles.

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Ce paradoxe sociétal renvoyé par EELV est le suivant : expliquer aux gens qu’ils sont une partie du problème et que la société dans laquelle ils vivent doit changer, en leur faisant perdre de leur autonomie (économique ou de mouvement), en premier lieu, tout en expliquant qu’ils sont en train de mourir à petit feu à cause de choix politiques qui leur échappent, mais qu’ils devraient juste accepter de changer de mode de vie et de modèle de société en votant pour des équipes qui s’attellent avant tout à… sauver le climat d’une planète (sic), planète qui devrait devenir invivable dans 50 ans, parce que la température pourrait augmenter de plus de 2 degrés. Ouf.

Courir après plusieurs lièvres… c’est revenir bredouille

Que les membres d’EELV aient « raison sur tout » est certainement vrai. Il faut sortir du nucléaire. Il faut sortir des énergies fossiles, il faut empêcher la destruction de la biodiversité, il faut être sobre en énergie, il faut protéger la santé de tous, il faut arrêter le modèle de société d’hyperconsommation, de surproduction, il faut arrêter les filières longues agro-industrielles pour basculer dans les filières courtes et majoritairement agro-écologiques, changer de modèle de production agricole, de mode de travail.

Cette utopie de « tout changer », parce qu' »un autre monde est possible » ne peut pas survenir en courant tous les lièvres à la fois. Il n’est pas possible de convaincre des gens que ce nouveau monde est possible en s’attaquant à tous les pans de l’existence. Parce qu’il n’est pas possible de s’attaquer à tous les pans d’une société en même temps.

Ne serait-il pas plus pertinent « écologiquement parlant » d’aider financièrement les gens qui achètent et mettent en terre chez eux des plantes mellifères ou des haies champêtres ?

C’est pour quoi, pour les politiques — qui ne veulent pas changer grand chose, mais démontrer qu’ils sont conscients des problèmes d’environnement et d’écologie — la solution a été toute trouvée : « sauver le climat » (en organisant la COP21 entre autres) et tout miser sur une unique cause-facteur négatif environnemental/écologique : le CO2.

Il n’y a pas besoin de changer de modèle de société, pas besoin de commencer à faire de l’écologie si toute l’action politique à vocation écologique est centrée sur les seules énergies fossiles et le CO2 au premier rang. Ce qui se profile est un changement de modèle, mais avant tout de modèle énergétique et économique. La pollution des eaux, des terres, la destruction de la biodiversité ne seront pas stoppées dans un monde décarbonné, puisque toujours assis sur la croissance économique, les marchés financiers, et la productivité industrielle maximale.

La bataille de l’énergie sera gagnée, c’est certain, et celle de l’écologie ?

Si tous les grands partis politiques de gouvernement des pays industriels ont décidé de faire de la lutte contre les gaz à effet de serre leur priorité écologique depuis des années, ce n’est pas anodin. Les modèles économiques ont déjà basculé (pas changé fondamentalement, juste basculé) par ce biais, mais l’environnement n’est pas mieux protégé. Au contraire : les pollutions ne cessent de progresser, avec leurs lots de maladies et de destructions. La biodiversité s’écroule toujours dans un monde ultra-industriel, même s’il est en cours d’être décarbonné avec des énergies renouvelables installées en masse dans les grands pays émetteurs de CO2.

Pourquoi ne pas mettre en priorité comme action écologique centrale la protection des ressources naturelles, comme l’eau et la terre ? Commencer par expliquer aux citoyens que leur santé, leur bien-être est entièrement dépendant des modes de productions agricoles, industrielles, et que participer à faire changer ces modèle — en premier lieu — est indispensable ? S’attaquer à réduire les pollutions des terres et de l’eau est le seul moyen de préserver la biodiversité. La biodiversité n’est pas détruite par les GES dont le CO2 au premier chef. Les gens le savent.

Pourquoi EELV brandit-il « l’écologie financière » de lutte contre les émissions carbone, tout en appelant à modifier tous les autres aspects de la vie quotidienne, au lieu de proposer une lutte concrète, un changement possible, qui touche les gens de façon concrète, et dont les effets se ressentiront sur la santé de tous ?

Pourquoi le combat de l’écologie, qui est en réalité de protéger la biodiversité, de participer à « jardiner » la nature en la préservant plutôt qu’en la détruisant, est-il devenu une sorte de combat holistique contre les activités humaines dans leur ensemble, et l’émission de CO2 en particulier ?

Une politique écologique à recentrer ?

La réunion Tuppervert de mardi soir représente bien le problème actuel, mondial, de l’écologie politique. L’écologie politique n’a plus d’espace d’écoute populaire parce qu’elle parle de tout, sans parler de quelque chose en particulier. Qu’elle veut « changer la vie » des gens d’un pays, tout en voulant sauver l’humanité toute entière. Qu’elle veut faire disparaître des habitudes, des conforts chèrement acquis par les populations, pour le bien de tous, sans compensations ni même incitations particulières, sur la peur seulement d’un lendemain apocalyptique climatique. Les discussions autour des transports symbolisent bien ces contradictions.

EELV peut tout faire, le café chez vous, pédaler gratuitement pour votre électricité, promener votre chien : c’est une énergie nouvelle !

Le discours autour des véhicules diesel « qui doivent disparaître » est effarant. 70% des Français ont des diesel, 50% des foyers fiscaux sont trop faibles économiquement pour payer des impôts sur le revenu et il faudrait pourtant qu’ils changent leur véhicule et s’équipent de voitures neuves propres ?

Dans le même temps, à aucun moment de la discussion, le ferroutage n’a été abordé. Alors que l’on sait que la pollution diesel est massivement causée par les transports routiers de poids-lourds. Cette pollution n’est pas le fait principal des véhicules des particuliers, et c’est la qualité de l’air qui est en jeu avant tout, une pollution très concrète et directe, pas hypothétique dans un futur plus ou moins lointain. Cette volonté de ne plus pointer les choix (et solutions) politiques des transports par poids-lourds, pour parler avant tout des pollutions des particuliers-électeurs qui ne peuvent pas changer leur mode de transport, est étonnante.

EELV est un parti certainement composé de gens honnêtes et engagés, humanistes, et très conscients des problèmes écologiques, sociaux, qui touchent la société. Il semble par contre, que si les discours — faits de multi-objectifs — ainsi que la vocation politique concrète d ‘EELV, ne sont pas recentrés, il restera un parti d’altermondialistes-utopistes qui ont raison sur tout, mais avec très peu de citoyens qui veulent les voir arriver aux responsabilités.

A la fin de la soirée, les membres d’EELV sont repartis avec leurs véhicules diesel et véhicules essence.

Edit du 9/10 : « et véhicules essence ».

Le seul autour de la table à avoir accompli une transition énergétique complète en produisant intégralement son électricité au solaire dans une maison bioclimatique écologique, (et possesseur d’un véhicule hybride) … était l’auteur de ces lignes.

Ce n’est pas très sympathique de le dire, mais ça ne s’invente quand même pas.

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Auteur: drapher

Journaliste (atypique mais encarté) web et radio — @_Reflets_ et d'autres médias. Ni "désengagé" ni objectif ou neutre, mais attaché à décrire et analyser la réalité, même la plus déplaisante. On the net since 1994. Gopher is power ;-)

26 thoughts on “#EELV : avoir raison sur tout n’est pas politiquement payant (reportage #Tuppervert)”

  1. Stop le melon les gens.
    Non EELV, n’a pas raison sur tout, ou au moins on peut encore en discuter. En particulier sur la sortie du nucléaire, ou encore les OGM qui seraient fondamentalement mauvais (je parle bien de la technique, et non des grosses firmes qui les contrôlent d’autant plus facilement que la tabou associé limite toute autre forme de développement, voir même de discussion).
    EELV, comme les autres partis sait aussi bien surfer sur les peurs et les paranoïas, les « c’était mieux avant ». Comme les autres partis, c’est le combat des chefs, les disputes, les départs spectacles. C’est aussi ça, pas seulement des « altermondialistes-utopistes qui ont raison sur tout ».
    Si je vote EELV, c’est pour les innovations économiques type revenu de base, ou encore parce que c’est à peu près le seul parti qui est pas complétement à coté de la plaque quand il s’agit du numérique, du flicage, etc. Pas pour l’écologie, paradoxalement (et oui je fais confiance au consensus scientifique sur le réchauffement climatique).

  2. Certains membres d’EELV sont sans doutes pétris de bonnes intentions, malheureusement ce parti est un des grands responsables du massacre de l’écologie politique.

    Centrer l’écologie sur les rejets de CO2 est en effet stupide. Et acheter une nouvelle voiture « plus propre », c’est pas le bon plan écologiquement parlant non plus (voir l’Effet rebond https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_rebond_(économie)).

    L’encensement de la croissance verte et autre développement durable est, plus encore que la « mauvaise priorité » du climat, ce qui nuit le plus à l’écologie…

    Elle est encore loin des mœurs, la décroissance…

  3. Si vous pointez l’absence de politiciens, capables de conquérir le pouvoir, il manque, dans votre analyse, la question de l’origine sociale (la classe) des candidats EELV. Or, pour comprendre les préoccupations, et notamment les raisons de celles-ci, d’un individu ou d’une communauté, il parait essentiel de savoir d’où il/elle parle. Dans le but, non pas de condamner telle ou tel parce qu’elle/il est un-e (petit-e) bourgeois-e ou un paysan-ne, mais pour que, d’une part, l’analyse soit complète, et, d’autre part, pour qu’elle/lui-même prenne conscience de ses a priori sociologiques.

    1. Je ne pointe pas l’absence de politiciens capables de conquérir le pouvoir dans mon analyse. Je ne fais qu’analyser les propositions, le message, les programmes d’EELV. Les discours aussi. Je ne porte aucun jugement sur les personnes, ni leur origine, ni d’ailleurs sur les problèmes internes du parti. Ce n’est pas l’objet de cet article, si vous l’avez lu entièrement.

      1. Et pourtant gous dites: « Ce ne sont pas des « politiques », ce sont des gens militants, qui ne pratiquent pas la langue de bois »,d’où ma remarque sur les politiciens. Et l’une des manières de définir la politique, c’est l’art de conquérir le pouvoir.

        Et vous terminez par « EELV est un parti certainement composé de gens honnêtes et engagés, humanistes, et très conscients des problèmes écologiques, sociaux, qui touchent la société. Il semble par contre, que si les discours — faits de multi-objectifs — ainsi que la vocation politique concrète d ‘EELV, ne sont pas recentrés, il restera un parti d’altermondialistes-utopistes qui ont raison sur tout, mais avec très peu de citoyens qui veulent les voir arriver aux responsabilités. », vous parlez donc bien des militants. Mon commentaire n’avait pour but que de préciser qu’il y a des conditions objectives d’énonciations des propositions, des messages, des programmes et des discours, notamment la classe sociale de celui qui énonce.

        Je n’ai pas dit que vous jugiez qui que ce soit (quoique votre remarque sur les voitures des candidats pourrait s’y rapprocher), mais que définir d’où parlaient les individus et les groupes ne devez pas être un jugement sur ceux-ci.

        Ne vous sentez donc pas attaqué (comme le montre votre remarque sur le fait que je n’aurais pas lu l’article jusqu’au bout) par des commentaires qui cherchent à approfondir le débat. Je n’ai, au contraire, répondu à votre article que dans la mesure où je considérais quevous souleviez des points pertinents.

        Cordialement

        1. Merci pour votre réponse. Je ne me suis en aucune manière senti attaqué :-) Je disais juste que les profils des ces politiques n’est pas celui classique des politiques que l’on connaît. Sur les véhicules diesel avec lesques ils repartent, c’est juste un constat, pas un jugement (je ne dis rien à ce sujet, chacun est libre d’en tirer les conclusions qu’il veut) et le commentaire de Robert Ravoalavoson ci dessous répond à pas mal de questions, à mon sens. Dans cette difficulté terrible avec l’écologie politique. J’ai aussi un diesel en plus de mon hybride. Je vis à la campagne, en couple, nous avons besoin de deux voitures… Mon diesel est « eco2 (2010).

          1. D’ailleurs ce point sur la campagne est intéressant. Pour avoir une maison bioclimatique, il faut habiter à la campagne. Et habiter à la campagne, ça veut dire s’éloigner des centres où l’on travaille(*1), faut aussi forcément une voiture(*2). Sans compter qu’au niveau de l’occupation des sols, je me demande ce que ça donnerait si tout le monde habitait la campagne (des lotissements partout miam miam).

            (1*) ben ouais le télé-travail n’est pas la norme. Je ne sais même pas si ça le sera un jour.
            (*2) déjà parce que les transports en commun sont soit absents, soit rares. Et qu’il faut souvent choisir entre passer du temps dans les transports et oublier sa vie perso, ou bien faire de la bagnole et réussir à grapiller un peu de temps.

  4. Le principal problème est que pour changer le monde dans lequel nous vivons, il sera nécessaire de nous changer, nous. Et ça, c’est beaucoup moins confortable, spas ?

    Combien sont capable de changer leurs habitudes ? C’est comme de décider de s’arrêter de fumer (pour ceux qui ont ce vice) : cela parait simple comme énoncé du problème, à présent demandez-leur si c’est aussi facile dans les faits. Et dans le cas présent, il ne s’agit pas seulement d’arrêter de fumer : imaginez tout ce faisceau de vieilles habitudes inculquées depuis la prime enfance, sur lesquelles sont venues de greffer d’autres notions sociales tout aussi arbitraires.

    Quant à la paresse qui consiste à aller au supermarché acheter des produits industriels bien polluant parce qu’on n’a pas de temps à perdre, que ceux qui n’ont pas ce travers lèvent le doigt.

    Qui par exemple est disposé à recommencer à partir de zéro, abandonnant le fric qu’il a investi dans sa pension vieillesse que paieront les enfants et petits-enfants (et pourquoi pas en direct si c’est de cela qu’il s’agit), la protection hypothétique et coûteuse de la Sécurité Sociale (la vocation des médecins n’est-elle pas écrite dans le serment d’Hippocrate ?).

    Tous ces éléments, il sera nécessaire de les remplacer par autre chose, ou plutôt d’autres choses au pluriel, car enlever le choix, c’est retomber dans la même dictature diffuse. Faire croire à tout le monde que ce sont des promesses d’un futur radieux est un mensonge : c’est un long chemin dont quasiment personne n’a fait ni le premier pas.

    Qu’est ce qui est important ? Un confort mensonger ou la certitude d’un combat continuel à mener (qui n’a jamais cessé d’être).

    Bon, maintenant si tout le monde se battait ne serait-ce qu’un peu, ce combat de tous serait nettement plus facile. Et puis soyons cyniques : la richesse est déjà concentrée entre très peu de mains (de moins en moins de mains en fait), nous n’avons donc déjà plus grand-chose à perdre et beaucoup à y gagner.

    1. Justement, en votant pour eux on peut enclencher le changement par le haut, en tentant de changer le système lui-même.

      Après, quand on a des enfants, si l’on ne fait pas l’effort de penser à la planète et de changer ses habitudes, on n’est plus paresseux, on devient criminel.

  5. Le vrai problème d’EELV est qu’il est gangrené par certains égos démesurés (Duflot, Placé qui lui est parti) et d’autres « pastèque » (verts dehors, rouges dedans).

    Le premier problème entraîne une manipulation bien trop facile de la part du président de la république actuel, le deuxième certains combats qui semblent à des années-lumière de l’écologie.

    Et c’est bien dommage, car certains membres, comme Eva Joly, André Gattolin ou Noël Mamère, sont des personnes honnêtes et maîtrisant parfaitement leurs sujets.

    Il est à noter que les défections récentes semblent relever d’une énième manipulation du pouvoir en place pour diviser un peu plus le mouvement écologiste, comme Mitterrand l’avait fait en poussant à la création de Génération Écologie afin de faire exploser « Les verts » d’Antoine Waechter.

  6. Le vrai problème, c’est que vous voulez que ça change, mais vous ne voulez rien changer dans vos habitudes.

    EELV est un peu pareil, alors les autres partis politiques, n’en parlons même pas…

    « Faites ce que je dis mais faites pas ce que je fais » ou « faut que y a qu’a ».

    C’est comme l’histoire du colibri qui apporte 2 ou 3 gouttes d’eau dans son bec pour éteindre un feu de forêt.

    Un Tatou lui demande s’il est pas un peu cintré en lui demandant si c’est avec 2 ou 3 gouttes d’eau qu’il va éteindre le feu.

    Le colibri lui répond qu’il sais mais qu’au moins il a fait sa part.

    Alors, je pose la question, vous, vous faites quoi ?

    #GoVegan!

    1. Pas d’accord avec cela : le nombre de personnes qui changent leurs habitudes est de plus en plus important, car la prise de conscience est désormais amorcée.

      Mais le problème est que ce sont rarement les gens ayant du pouvoir (politique, économique, social) qui se remettent en question, ce pouvoir ayant tendance à renforcer l’ego et tous les travers que cela entraîne, dont le fait de vouloir changer les autres mais pas soi-même.

      Le changement ne pourra donc venir que de la « base ».

    2. Bonjour r00tme,
      Justement, Drapher fait !!! Il habite dans une maison autonome en électricité grâce à des panneaux solaires, sa maison est aussi bioclimatique, j’ai eu la chance de la visiter pour voir de mes yeux que cela est possible. Pour son accès Internet, il utilise en Fournisseur d’Accès Associatif et participe activement à développer celui-ci. Je ne veux pas le défendre mais il agit et ça on ne peut pas lui reprocher. Le colibri, c’est lui et le tatou, c’est nous !
      Pour la petite histoire, lors de coupure de courant, oui oui cela existe en ruralité, c’est le seul à ne pas être impacté dans son hameau.

    3. J’ai du mal en général avec l’autoflagellation…

      Quand on regarde l’impact des foyers sur les problèmes écologiques, il est souvent négligeable dans les pays dits développés et carrément inexistant dans les pays en voie de développement. Par exemple, pour l’eau, les foyers français consomment directement moins d’un quart de l’eau distribuée (qui arrive à destination) le reste étant pour les agriculteurs et les industriels – sans compter que sur l’ensemble du réseau, un bon quart est perdue en fuite avant d’arriver à bon port. On pourrait faire le même constant pour l’énergie, pour les déchets, pour la perte de biodiversité, etc.
      Alors certes, si les agriculteurs arrosent leurs champs, c’est pour nourrir les pov’ citoyens (quoique vu la surproduction et les productions annexes – biocarburants et cie, on peut se poser la question des proportions…).

      Bref, de mon petit point de vue de simple citoyen, le seul impact concret que je peux avoir sur l’écologie c’est mon vote, en espérant que mes représentants fassent le boulot. Et là, on passe d’un problème d’écologie à un problème de représentativité démocratique, d’éducation civique et plus simplement de politique, la merde quoi…

      Mais bon, ça fait toujours du bien de culpabiliser le quidam.

      1. non, le principal impact que nous pouvons avoir c est pa sen votant pour un arriviste qui va s empresser de s assoir sur ses promesses.
        C est tous les jours en choisissant d acheter ou de ne pas acheter quelque chose. SI tu achetes pas de bouffe industrielle, eh bien a terme plus personne en produira car ca ne se vend pas. et c est pareil pour le reste.

        1. Ok pour la grande distri. Par contre, tu m’excuseras mais j’ai besoin de flotte et d’électricité et j’ai pas les moyens de me payer une maison autonome et un forage dans la région où je vis.

          Et j’ajouterais que si tu crois que les marketteux de la grande distribution trouverons pas un moyen de nous la faire en l’envers sur des produits qui auront le goût, l’aspect, le réseau de distribution et même l’estampille du produit du coin écolo/bio/ethico/équitable, c’est mal connaître les moyens mis en oeuvre pour vendre et faire de la marge…
          Je suis d’accord qu’on a des politiques de chiottes mais malheureusement c’est pas les habitudes d’achats des particuliers qui changeront la façon dont le monde tourne, surtout quand les règles de productions et d’étiquetage sont définit dans un parlement européen à la botte des lobby et qui se bat pour conserver le maximum d’opacité sur la traçabilité des produits (alimentaires ou pas).

          C’est pas parce que j’achète à mon producteur local de légumes bio que je suis assuré que son système d’arrosage fuit pas, qu’il utilise pas un tracteur au diesel et que ses semences ne viennent pas d’un groupe agro qui les fait produire au Bengladesh.

    4. Cette fameuse légende du colibri est d’ailleurs tout à fait critiquable.

      Plutôt que de trimbaler ses gouttes avec la satisfaction individuelle d’être le seul a bien faire, le colibri aurait pu rassembler les autres animaux de la forêt pour agir collectivement. C’est le principe de l’association des forces qui est plus grande que leur simple somme.

      Mais même dans ce cas, ils auraient été impuissants pour arrêter un feu de forêt. Donc plutôt que de trouver des fausses solutions qui ne marchent pas, peut-être s’arrêter, et réfléchir avec tous les habitants sur la prévention, les mesures a prendre, etc.

      Bref, ce n’est pas pour trouver des failles hypothétiques sur une légende avec des animaux qui parlent, mais pour pointer que la morale de l’histoire ne fait qu’individualiser un problème qui est surtout collectif.

      1. Tout à fait d’accord.

        On peut détourner l’exemple de Proudhon : « les 200 grenadiers qui ont érigé en un jour l’Obélisque sur la place de la Concorde ont accompli un travail que n’aurait pu accomplir un seul grenadier en 200 jours ». Et ici ce serait 200 grenadiers, avec chacun son jour, et ils auront donc fait leurs parts, en pure perte.

        On assiste quand même à une grosse mode éco-individualiste, avec le changement par le bas qui tourne à l’idéologie, où « la solution est en soi » et P.Rabhi est son prophète.

        C’est quand même pas compliqué de comprendre que « accomplir une transition énergétique complète en produisant intégralement son électricité au solaire dans une maison bioclimatique écologique, (et possesseur d’un véhicule hybride) », c’est pas à la portée de tout le monde, et ce pour un nombre infini de raisons.

        Pour le redire, le simple fait de dire « avoir raison sur tout », est déjà totalement disqualifiant. Le comble de la pensée fermée. C’est fou tous ces gens qui pense « avoir raison sur tout » et qui sont d’accord sur rien. On n’est pas rendu.

        1. J’aimerais quand même préciser que je n’ai pas, moi non plus, les moyens de « me payer » une maison bioclimatique et autonome au solaire. Ca coûte 200 à 250 mille euros…

          C’est pourquoi, précisément, nous l’avons entièrement construite, à deux personnes (moi et la femme avec qui je vis), cette maison, ce qui fut un travail physiquement et parfois psychologiquement difficile. Bientôt 3 ans de travail acharné. Je sais bien que ça n’a pas de valeur pour un internaute standard qui se fout royalement de l’effort physique, mais quand même.

          Nous n’avons donc pas « acheté une maison et fait installer un système solaire » : nous les avons conçus et construits à la force de nos cerveaux et de nos bras. La nuance est importante. Avec un prix final qui n’a rien à voir avec une maison et son système achetés clés en main. Cette maison et est accessible à 80 ou 90% de la population française.

          Pour les moyens, justement, nous ne sommes pas au dessus du revenu médian français. Et nous avons galéré pour trouver une banque qui nous prête.

          Pour finir, j’aimerais aussi rappeler que notre démarche n’est pas « une voie généralisable, globale » à l’échelle du pays ou de la planète. C’est simplement une possibilité, et je la renvoie parce que nous l’avons rendue concrète. Quant au véhicule hybride, c’est parce que nous dépensons très peu (par notre mode de vie…) que la banque accepte de nous prêter de quoi l’acheter. Pas parce que nous avons plein de thunes, loin de là. Ce véhicule coûte 380€ par mois. Avec deux salaires moyens, et vues les économies qu’il procure, c’est tout à fait « Français très moyen » compatible.

          Pour finir, fermer les discussions sur les actions concrètes de ceux qui font, en estimant à la louche que la majorité ne peut pas se le permettre, est devenu une manière d’écarter toute possibilité de partager des expériences et de montrer des voies, certes individuelles, mais réelles.

          Pour des nouvelles voies collectives, en France, on sait faire, mais avant tout sur des forums Internet ou dans des grands discours politiques. Dans les actes, en tout cas, ça ne vient pas. Et pour cause…

          Il semble plus pratique (et moins fatiguant) de ternir les actions individuelles (déclarées égoïstes, non généralisables), prédéterminer l’avenir (ça va être récupéré, c’est de la merde, c’est bobo, c’est éco-individualiste (sic) c’est pas pour tout le monde, de toute manière « ils » ne permettront pas que, etc) et pleurer sur son sort plutôt que de se retrousser les manches…

          Si de plus en plus de personnes se mettent à pratiquer le DiY, à s’autonomiser, pour l’énergie, l’habitat, et wathever, cela pourrait être intéressant en terme de changements.

          Mais ça n’arrivera pas avec une majorité de gens qui passent le plus clair de son temps à avoir entre ses doigts, une souris, un clavier et un écran ou un smartphone et une tablette, le cul posé sur un fauteuil de bureau ou affalée sur son divan.

          Bien à vous.

          Drapher.

          1. Réponse à l’arrache et bâclée, cause que je suis étalé sur mon sopha, avec une tablette peu pratique pour la rédaction.
            Quand je dis « pas à la portée de tout le monde », je ne parle pas que de moyen économique, loin de là. J’y reviendrai si j’ai le courage et l’envie de prendre du temps à répondre.

  7. Le premier probleme de EELV, c est EELV. Car qui a envie de voter pour des arrivistes de type Duflot ou Placé. Votre candidat etait peut etre honnete et désintéresse mais au final voter EELV c est assurer un ministere ou un siege de depute a un apparatchik. Et je parle meme pas de la consanguinite au sein d EELV ou vous avez souvent monsieur et madame a un poste de dirigeant
    Ca serait acceptable si au moins ils faisaient quelque chose pour l ecologie. mais c est meme pas le cas ! Duflot ministre a meme fait passer une loi pour limiter les recours face aux betonneurs

    le 2eme probleme de EELV c est que c est pas un parti ecologiste mais un parti d extreme gauche qui se teinte d ecologie (le cote pasteque : vert dehors rouge dedans). D ou par exemple les sorties de EELV sur Leonarda. Et la majorite des electeurs n ont aucune envie de vivre dans une nouvelle coree du nord. D ailleurs le meilleur score de EELV c est quand ils ont remise leurs vieilles lunes avec cohn bendit. Helas ca n a pas duré

    3 probleme de EELV souligne par cet article, c est que leurs dirigeants meme ne croient pas a ce qu ils prechent (l auteur etant le seul a ne pas venir en voiture diesel/essence est quand meme symptomatique). C est pas nouveau. Rappelez vous de Mamere affirmant etre venu en velo alors qu il avait ete filme enrrivant en Mercedes …

  8. Si vous ne faites pas le lien entre alimentation et changement climatique c’est que vous n’y connaissez pas grand chose en écologie.

    Il ne suffit pas de mettre un panneau solaire sur le toit et d’avoir une hybride pour tout régler, loin de là, même si c’est mieux que rien bien sûr.

  9. « il restera un parti d’altermondialistes-utopistes qui ont raison sur tout, mais avec très peu de citoyens qui veulent les voir arriver aux responsabilités. »

    Cette phrase est creuse, c’est du langage de masse.

    « altermondialistes-utopistes » : anathème qui ne vise personne et en même temps n’importe qui au tout venant. Ce genre d’expressions est généralement utilisé pour frapper des personnes d’ost-racisme afin que rien ne change ou pour justifier une répression illégitime et/ou disproportionnée (ie : « anarcho-autonomes »).

    « arriver aux responsabilités » : Expression creuse pour ne pas avoir à dire que l’on souhaite accéder à la gérance institutionnelle afin de pouvoir proposer des aménagements pour que certaines choses changent dans le but que le changement n’aille pas trop loin (ou qu’il recule).

    Sinon le reste de l’article est intéressant. :)

  10. La France quelle belle exemple de non rejet de CO2 ! 0,8% cool c’est pas de notre faute alors ! Autant rien faire c’est vrai, pardon mais c’est pas terrible comme raisonnement. Et si tout le monde se dit ça, parce que les autres c’est au pire 1, 2 ou 5%, on avance bien, je le vois venir le changement là.

    Et là tu le vois venir le changement :
    http://www.slate.com/blogs/future_tense/2016/03/01/february_2016_s_shocking_global_warming_temperature_record.html ?

    On a bien de la chance de pas être sur le passage d’EL Niño. Mais c’est pas le cas de tout le monde. Quand même ça serait bien qu’on prenne le reflex de penser aux autres.

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