De l’individu et du groupe…

C’est étrange… Depuis George Bush, « les islamistes » sont un groupe à la fois vague et parfaitement défini. Vague parce que personne ne sait exactement qui en fait partie et parfaitement défini parce que l’on sait que ce sont « les méchants » qui veulent détruire notre « way of life » et la démocratie. Du coup, dès qu’un attentat a lieu qu’il est attribué aux « islamistes », on sait que l’auteur fait partie de ce groupe de méchants contre lequel les Etats-Unis et ses alliés luttent avec ardeur, y compris en maniant la torture, les arrestations extrajudiciaires, les enlèvements, les enfermements sans perspective de procès ni de date de sortie, on en passe.

Un type qui commet un attentat au nom de l’Islam est immédiatement rattaché à un groupe et l’on martèle que la lutte contre ce « groupe » sera poursuivie. Les Etats-Unis et leurs alliés ont dressé des listes de groupes « terroristes » variés, parfois même farfelus et qui ont un très, très lointain lien avec le terrorisme. Mais peu importe, ces groupes seront détruits, dissouts, interdits.

Etrangement, lorsqu’un individu faisant partie d’un groupe d’extrême droite ou commettant un attentat au nom du Christianisme (pour prendre un exemple récent, mais on aurait pu parler d’une autre religion), on le présente comme un désaxé, un fou, un individu, un cas isolé. Pas de rattachement à un groupe dans ce cas. Donc, pas de dissolution de son « groupe », pas d’interdiction, pas d’inscription sur une liste infernale.

Dans le cas de Maxime Brunerie, le groupe Unité Radicale sera bien dissout (mais vite reformé sous un autre nom). Mais quid du FN (le parti père) ? Quid des multiples groupes identitaires ?

Pour ce qui est de Anders Behring Breivik, il parait que les groupes d’extrême droite européens craignent un « amalgame ».

Du Front national (FN) français à la formation flamande Vlaams Belang, en passant par le Parti pour la liberté (PVV) néerlandais de Geert Wilders, tous ont ostensiblement pris leurs distances avec celui qu’ils ont décrit comme un « malade » ou un « psychopathe ».

Tiens, un « malade », un psychopathe »… Un type pas du tout inspiré par une phraséologie, des idées, une façon de vivre sa religion. Non, juste un malade isolé. Pas de quoi lancer une « guerre globale contre le terrorisme (d’extrême droite) ».

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

19 thoughts on “De l’individu et du groupe…”

  1. C’est étrange, les groupes d’extrêmes (de gauche comme de droite) brillent traditionnellement par leur anticléricalisme… Un Chrétien qui adhérerait à l’extrême droite serait par nature un cas isolé du point de vue du Christianisme (de par l’idéal d’amour de tolérance et d’aide du prochain) et un cas isolé du point de vue de l’extrême droite, voulant péter la gueule des opposants avec amour.

    Je suis curieux de savoir comment un tel cas ne relèverait pas de la maladie.

    1. euh …
      les anales du terrorisme chez les Yankees sont gavées de tarés se revendiquants chrétiens …

      Faut pas confondre une partie de la tradition catholique ( qui a jamais craché sur l’intelligence, la culture, et même des fois la tolérance et le progressisme ) avec l’auberge espagnole qu’on trouve du coté des chrétiens crétins créationistes d’outre atlantique …

      Eux, historiquement et culturellement, ils se revendiquent des crameurs de sorciéres , dont il faut rappeler qu’ils étaient bien plus performants dans les régions protestantes de l’europe …

      En même temps faut pas exonérer les cathos , suffit d’aller faire une virée du coté des intégristes de St Nicolas et autres …

      Fin bref, …

    2. Je t’invite à t’intéresser au sens et à l’utilisation du mot « extrême », tout comme à des mots comme « populisme », « démagogie », « utopie », « réalisme »….

      Aujourd’hui en France, tout parti politique situé à gauche du PS ou à droite de l’UMP est qualifié d’extrême ou de populiste à tout bout de chant ( sans distinction entre droite et gauche bien entendu, en en incluant des partis « de gouvernement » )

      Faire de l’anticléricalisme une condition nécessaire à l’entrée dans la catégorie « extrême » est un non sens, car il disqualifierait des groupes comme celui (bien constitué pour le coup! ) des Talibans.

      Mais le mot extrême est en soi un non sens de toute façon… pour moi la seule distinction utilisable est celle stricto-sensu de « violent » et « non-violent ».

  2. Bien vu. Vous avez vraiment le talent de repérer les étrangetés. Celle-là n’est peut-être pas si fine, mais ça fait tellement longtemps qu’on nous conditionne que je crois bien que peu l’auraient vue. J’ai beau avoir lâché France télévision…

  3. … alors que pour l’instant aucun diagnostic n’a été établi par le psychiatre de la police, sauf de dire qu’il a des Troubles de personnalité limite. Seuls les avocats et des des policiers se sont prononcés. Et excuse-moi du peu, mais ni l’un ni l’autre n’a de connaissance pointue pour établir un diagnostic. À mon sens, et selon la nomenclature encore en vigueur des maladies mentales, ce type n’est pas fou dans le sens « irrationnel » du terme, dans le sens d’être en disruption avec la réalité, mais au contraire est un tueur réfléchi, machiavélique, donc plutôt ayant des psychoses maniaco-dépressives. C’est un peu le syndrôme Adolf Eichman, qui fait que c’est sa fonction/rôle socialE lui dit de faire. Ce qui vient renforcer l’idée de Kiteoa, qui réintègre Anders Beivrik dans un groupuscule d’extrême droite européen.

  4. « Du Front national (FN) français à la formation flamande Vlaams Belang, en passant par le Parti pour la liberté (PVV) néerlandais de Geert Wilders, tous ont ostensiblement pris leurs distances avec celui qu’ils ont décrit comme un « malade » ou un « psychopathe ». »

    Ce coup-ci ils n’ont pas dit : « il y a parfois des incidents… », trop gros, ça n’aurait pas passé.

    1. Ah, autant (au temps) pour moi, il n’a pas pu résister.

      Le président d’honneur du FN poursuit : « Mais la situation me paraît grave non pas par cet accident d’un individu qui, sous l’effet d’une folie, fut-elle passagère, se met à massacrer ses concitoyens. »

      source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/07/30/jean-marie-le-pen-juge-la-naivete-de-la-norvege-plus-grave-que-la-tuerie-d-oslo_1554429_823448.html

  5. On se fait du mal, là….

    – les « islamistes » ont remplacé dans l’imaginaire collectif américain les « bolcheviks » d’autrefois. Faut dire que Bush, Rumsfeld, Cheney et Condoleezza ont tout fait pour : ils ont même fait sauter 3 tours du world trade center.

    – pour ce qui est des attentats de Norvège… que dire ? Ce « superman » aurait tout fait tout seul ? Eventuellement encouragé par son usage immodéré d’internet et des jeux en ligne ?
    http://www.numerama.com/magazine/19413-le-tueur-d-oslo-jouait-aux-jeux-video-oh-et-il-piratait-aussi.html

    Ou bien faut-il chercher une explication un peu plus compliquée, à base d’engagements politique et militaire, et de trahison d’alliés, façon Decap’actu ?
    http://www.decapactu.com/spip/article.php3?id_article=596

    Des attentats « sous fausse bannière », l’histoire en regorge.
    Tiens, au fait, quelqu’un a des news de Lee Harvey Oswald ?

  6. La position des partis d’extrême-droite est un peu ambigue… Anders Breivik se réclamait, et se réclame anti-islamisation, comme le FN, mais disait des néo-nazis qu’ils étaient dépassés et font plus de mal à un mouvement comme le sien qu’autre chose…

  7. Qu’est-ce que c’est qu’un fou qui raisonne correctement, est capable d’agir efficacement et de faire réagir les médias efficacement pour que tout le monde soit bientôt en mesure de voir, de commenter et de lire son « oeuvre »?

    On appelle ça un illuminé, un intégriste, un idéologue éventuellement, en faire un « fou » alors qu’il est totalement connecté avec les thématiques « de la société » c’est clairement une manoeuvre médiatique de marginalisation d’un vrai problème.

    La question « comment devient on illuminé », comment se met-on à croire au delà du « raisonnable », à s’attribuer le pouvoir et la force de changer le monde tout seul ou à quelques uns, et (surtout) à s’imaginer qu’on peut, qu’on doit, éliminer des individus pour faire avancer son monde, ces questions sont à se poser pour construire une vraie démocratie… car tous nos présidents, ministres, et autres marchands d’armes sont finalement des « fous » du même type…

    On a toujours pas compris pourquoi le nazisme avait si bien marché, comment on fait surveiller un camp de concentration par un agrégé de philo etc… ce genre de questions méritent d’être posées, et mènent assez loin… psychologie, ésotérisme, occultisme, hypnose, auto-hypnose, spiritualité, symbolique… de passionnants sujets bien « marginalisés »…

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