De l’éthique dans les affaires (informatiques)

Dites à un fabriquant de Deep Packet Inspection qu’il vend des armes à des dictateurs et il vous répondra avec une gadgetophrase : le DPI a des utilisations parfaitement légitimes pour réguler les flux sur les réseaux informatiques. Quant à la présence de nos produits dans des dictatures, nous ne vendons pas en direct : voyez avec les intégrateurs.

Oui… Mais non.

Bien entendu, il existe des utilisations « légitimes » du DPI. Encore que cela puisse se discuter. Mais lorsque l’on développe des modules pour obtenir les informations des utilisateurs de Facebook, Google, Linkedin etc, on sait exactement qui veut ce genre de choses et à qui c’est destiné. Pas simplement à la justice des pays dits démocratiques. Le segment de clientèle est un peu petit. Non, lorsque l’on met des informaticiens pour plancher sur ce genre de modules, on sait qu’ils répondront aux besoins de dictatures.

 

Le business, c’est le business, là où il y a un marché, j’y vais… Oui, mais non… aussi.

Il y a bien des moyens de gagner de l’argent en faisant des « affaires ». Mais de la même façon que l’on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui, on ne peut pas faire des affaires avec n’importe qui. Ce qui définit la liste des partenaires en affaires, c’est l’éthique personnelle des vendeurs. Si l’on décide de ne pas vendre à des dictateurs, il est facile d’imposer cela à des « intégrateurs ». Don’t be evil, comme dit l’autre (tout en faisant du business en Chine).

En outre, lorsqu’un vendeur de DPI est approché par un intermédiaire qui va déployer ses solutions, il ne lui faut pas longtemps pour savoir si le projet concerne un vague service d’interceptions judiciaires qui fera des « écoutes » de 20 ou 50.000 personnes par an, ou s’il s’agit de moyens nécessaires pour « écouter » toute la population d’un pays vingt-quatre heures sur vingt-quatre…

Donc, lorsque BlueCoat livre des infrastructures dans le cadre du projet qui a équipé la Syrie, elle le fait en fonction de sa propre éthique. Et vous, votre éthique, est-ce la même ?

En outre, lorsque l’on lit le filing auprès de la SEC sur l’année dernière, on relève quelques perles.

Bien entendu, dans les filings, les sociétés américaines sont tenues de porter à la connaissance des investisseurs (y compris M. et Mme Michu) les risques éventuels. Du coup dans un pays comme les Etats-Unis, les entreprises ont tendance à se prémunir en évoquant des risques improbables. Toutefois, dans ce document, BlueCoat reconnait que des clients pourraient bien utiliser ses produits pour filtrer les contenus « d’une manière illégale » ou empêchant l’exercice des droits fondamentaux.

Bien vu…

Autre blague :

Our international operations expose us to risks.

We currently have operations in a number of foreign countries and make sales to customers throughout the world. In fiscal 2011, 54.7% of our total net revenue was derived from customers outside of the Americas; thus, our business is substantially dependent on economic conditions and IT spending in markets outside of the Americas. As well, we currently perform certain of our research and development and other operations offshore in lower cost geographies and we maintain data centers for our Cloud Service in geographically dispersed locations outside of the United States. Our international operations and sales into international markets require significant management attention and financial resources, and subject us to certain inherent risks including:

our limited experience in establishing a sales and marketing presence, and research and development operations, together with the appropriate internal systems, processes and controls, in certain geographic markets; political unrest or economic instability, regulatory changes, war or terrorism, and other unpredictable and potentially long-term events in the countries or regions where we or our customers do business, which could result in delayed or lost sales or interruption in our business operations; 

Avec le mauvais esprit qui nous caractérise, nous voyons là une sorte de reconnaissance du fait que BlueCoat est présent dans des pays peu ancrés dans la démocratie.

By the way, dans un document de l’armée américaine, on trouve ceci :

252.209-7001    DISCLOSURE OF OWNERSHIP OR CONTROL BY THE GOVERNMENT OF A  TERRORIST COUNTRY (JAN 2009)

(a) « Definitions. »

 As used in this provision —

(a) « Government of a terrorist country » includes the state and the government of a terrorist country, as well as any political subdivision, agency, or instrumentality thereof.

 (2) « Terrorist country » means a country determined by the Secretary of State, under section 6(j)(1)(A) of the Export Administration Act of 1979 (50 U.S.C. App. 2405(j)(i)(A)), to be a country the government of which has repeatedly provided support for such acts of international terrorism. As of the date of this provision, terrorist countries subject to this provision include: Cuba, Iran, Sudan, and Syria.

Ah, les américains considéraient en 2009 la Syrie comme un soutien du terrorisme international ? Mince…

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

4 thoughts on “De l’éthique dans les affaires (informatiques)”

    1. Ah ben tiens, ça me rappelle ça :

      « 5 millions d’emails concernant la préparation de la guerre en Irak auraient été « accidentellement » supprimés par le personnel de la Maison Blanche. » 2008

      Irak, 11 septembre, armes de destruction massives… grand ménage, opération « vide grenier ».

      Dites-moi : Dieu existe, au moins ? Il y aura un jour une justice pour tout cela ?

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