De la société des hackers : interview

Cette longue interview publiée sur http://www.f.0x2501.org d’un membre de l’équipe de Reflets nous a semblé intéressante : non pas que ce soit le fait que l’interviewé travaille ici, mais la pertinence des questions et les développements que l’interview amène fait écho et prolonge des articles déjà publiés sur Reflets. Nous la publions dans dans une version raccourcie mais vous pouvez aller la consulter dans son intégralité sur le site qui l’a publiée originellement. Effectuée avant l’interview de Frédéric Bardeau, elle est une réponse très différente aux problèmes posés sur la communication, l’investissement politique des hackers, des mouvements du Do It Yourself, hacking, et hacktivisme.

 

Drapher, la société des hackers

Journaliste, animateur, écrivain, musicien, polémiste, débatteur, observateur, bidouilleur et, même s’il ne le revendique pas, surtout et avant tout, hacker.
Un discret, connu par ses projets, ses créations et ses articles.

Engagé, il présente avec un style clair et direct ses constats pour mieux ébaucher des solutions et des alternatives.
Drapher fait partie des personnes qui défendent le hack comme activité, philosophie, éthique et politique.
Dans ces périodes de crises et de chocs, il y voit un chemin, un potentiel très concret pour notre société verticale et consumériste.

Je hacke, tu hackes, nous hackons …

Bonjour Drapher et merci d’avoir accepté de participer à cette discussion.
Peux tu te présenter et nous parler de tes activités ?

Drapher : Se présenter est une gageure : je suis comme beaucoup de gens, multiple. Je ne sais pas vraiment faire ça, c’est compliqué pour moi. Disons que je suis écrivain, musicien, journaliste et informaticien. Mais comme tous les gens un peu « enfantins », je me passionne pour beaucoup de choses humaines, ou en lien avec le monde qui nous entoure : philosophie, littérature, astrophysique, agriculture, architecture, sociologie, politique, économie, cuisine, œnologie, histoire des religions, histoire tout court, géopolitique : une vie ne suffit pas pour découvrir tout ce qui nous entoure…

Peux-tu évoquer quelques repères biographiques et éléments de ton parcours qui, rétrospectivement, t’ont amené à cette philosophie, cette façon de voir la société ?

Drapher : Je crois que c’est mon père qui m’a très tôt fait découvrir cette manière de penser et de faire : c’était un type assez extraordinaire, qui touchait à tout, mais faisait lui-même, en se débrouillant pour que « ça fonctionne ».

Il est passé de la réalisation cinématographique, à la projection de dessins-animés dans des écoles, à la guitare jazz, la contrebasse, la basse, aux métiers à tisser jacquards (à cartes perforées), parce qu’il avait décidé de faire du tissage artisanal avec ma mère. Il s’est mis à composer ses motifs de vêtements, en binaire (carte perforées) et quand ils se sont séparés, vers 1978, il a échoué à Lyon, sans un rond mais a trouvé une boite d’intérim qui l’a envoyé en mission dans une chaîne de boucherie industrielle.

Il devait plier les feuilles d’imprimantes à aiguilles qui dégueulaient toute la journée. Il a regardé par dessus l’épaule de l’analyste programmeur à côté de lui, a sympathisé : mais comme les cartes perforées, il connaissait, et qu’un poste se libérait, il a postulé et est devenu analyste programmeur, comme ça. Un pur délire : j’ai passé des années à le voir inventer des trucs en programmation, jour et nuit : il avait trouvé le « machin ultime », où toutes les idées pouvaient s’écrire, devenir concrètes.

Pour ma part, à cette époque, j’avais autour de 8 ans et je bidouillais sans cesse, parce que l’époque était à la créativité, mon école primaire était de type [Freinet] : on avait des « ateliers » tous les après midi. De menuiserie, théâtre, électricité, imprimerie, couture, enfin vraiment de tout. Je me suis amusé à fabriquer une machine à répondre aux question (un truc en bois avec des piles, qui répondait oui avec une lumière verte ou non avec une lumière rouge, un flipper analogique (avec des élastiques, bouchons de liège, ressorts, etc).

Donc, la bidouille, c’était mon univers quotidien. Quand j’ai découvert l’Apple II que mon père avait réussi à s’acheter avec ses premiers salaires, j’ai cru que je rêvais. A ce moment là, il n’y avait aucun autre micro-ordinateur personnel sur le marché. C’était en 1979… J’ai cru que je vivais dans un film de science-fiction. Cette machine a fait mon bonheur quelques années.

Le jazz, pour finir, qui est un hack musical collectif, une production improvisée mais structurée : j’ai commencé la batterie à 12 ans, avec un prof un peu savant fou, il avait des batteries en cercle, en haut d’une tour d’un manoir à moitié en ruine : l’aventure musicale a commencé à ce moment là. Un truc un peu délirant, une construction étonnante : l’informatique n’est pas loin de la création musicale.

Tu as connu les hippies numériques quasi mystiques des débuts de la micro-informatique.

Drapher : Mon père en était un. Tous ses potes aussi. De longs cheveux (graisseux souvent), des grosses barbes, souvent musiciens en même temps qu’informaticiens, ils carburaient aux idées pures : ces mecs passaient leur temps à créer. Quand ils n’étaient pas derrière leurs machines, ils buvaient des bières au bar-restaurant du coin en pondant leurs futurs programmes avec des organigrammes sur les nappes des tables. Les tenanciers savaient leur ramener de nouvelles nappes en papier quand ils arrivaient en bas… j’ai appris à programmer avec ces furieux.

Mais j’étais loin de leurs capacités analytiques. Si j’arrivais à pondre des trucs en basic qui tenaient la route, ils étaient eux, sur de l’assembleur. C’est un peu comme le code de Matrix, l’assembleur pour un gosse de 9 ans : ça décoiffe…

Pour l’aspect mystique, mon père a passé plusieurs années à programmer aidé de son meilleur ami qui était philosophe (et aussi chrétien, étrangement). Ce programme était basé sur une théorie de l’ami philosophe en question, la théorie des anneaux. Mon père cherchait à coder une sorte de programme pour parler à Dieu, ou comprendre l’univers ? Je ne sais pas. Il m’en a parlé plusieurs fois, c’était fascinant, bien entendu. Bon, je sais en tout cas qu’ils étaient bien barrés, mais que rien ne les arrêtait, parce qu’ils savaient que l’ordinateur était la machine ultime qui pouvait briser toutes les barrières de la connaissance.

Quelle est ton usage et ton approche de la technologie ?

Drapher : J’utilise les machines pour réaliser mes projets. Ce sont des objets qui doivent m’obéir, dont je dois avoir la maîtrise et qui ne doivent pas se mettre à faire des trucs non désirés. J’utilise la technologie pour l’écriture, la programmation (de moins en moins), l’acquisition d’information, l’enregistrement de musique, la communication. Un peu de domotique, il faut que je me remette à Arduino pour mes projets agricoles.

[Je suis en train de me séparer de certains outils technologiques comme le smartphone : je viens de découvrir que c’est un truc inutile, qui me gonfle, me prend trop d’argent, engraisse des opérateurs sans foi ni loi. Et puis surtout, je n’ai pas besoin de consulter mes mails ou je ne sais quoi d’autres quand je suis en train de me balader, ou que je suis affairé à un truc. Il vaut mieux faire une seule chose bien, que plein de choses mal. Le smartphone me gonfle, c’est un jouet pour business man surbooké. J’aime bien les jouets, mais là, c’est un jouet coûteux. Et je ne suis pas un business man surbooké.]

C’est dans cet esprit que tu as composé, interprété, mixé ta musique. Quel est ton retour sur cette expérience ?

Drapher : Je rêvais depuis longtemps de pouvoir entièrement composer, interpréter, enregistrer chez moi. J’ai eu des expériences studio diverses et variées : certaines en studio pro, d’autres en montant moi-même le truc mais avec un ingé son. C’était compliqué, pas toujours ce que je voulais, trop de contraintes.

Là, le principe c’est de pouvoir bosser autant que je veux, comme je veux : jour et nuit si j’en ai envie, effacer, reprendre, remixer etc… Le but était de faire des maquettes pour les proposer à des musiciens et jouer ensuite les morceaux en concert.

Au final, j’ai arrêté des morceaux à un stade qui me semblait correct, les ai mis en ligne sur myspace au départ, puis sur Noomiz. Les retours sont souvent positifs, donc je suis content. Je reprendrai de nouvelles compositions dans quelques temps, j’en ai besoin.

Tout a été enregistré avec le matériel minimum : un ordi portable, une carte son externe firewire à 200 euros, un clavier maître usb à 150 euros, un micro chant au même prix, et le plus cher, mais c’est normal, parce que c’est mon instrument : une batterie électronique Roland V-Drums TD-9. J’aurais pu sûrement m’en passer de la batterie, parce que joue comme un pied avec, mais bon, le plaisir reste quand même là. C’est un modèle avec des futs pleins et des peaux, tu peux même tendre les peaux, les sons sont incroyables. Mais mon problème réside dans le fait que je suis un batteur de jazz au départ, et que jouer avec des séquences, sans humains synchrones, est très difficile pour moi. J’ai joué avec un métronome, ou bien au contraire en me laissant faire par les séquences. Mais je ne suis pas satisfait du résultat des batteries. Pour un batteur, ce que j’ai fait est assez naze, il faut bien le dire. Mais bon, le but était d’avoir des chansons « propres ».

What the hack !

TF01, M9, W6 … Les médias mainstreams parlent d’un type de hacker, dans un domaine et dans un aspect réducteur et caricatural: la pénétration et le détournement de système à des fins présentées comme « criminelles ».

On est loin des autres aspects et des autres domaines où s’exprime le « hackerisme« , quelle est ta vision du hacking ?

Drapher : Ma vision est simple, elle est d’ailleurs celle des « pères fondateurs » de la démarche, plus ou moins théorisée par S.Levy au début des années 80 : le hacking est une pratique, reliée à une philosophie(la philosophie hacker).

C’est une manière de voir le monde et de s’en emparer. D’agir. D’échanger. De créer. On parle souvent de « bidouille » pour définir le hacking, mais c’est insuffisant, je pense. Le principe de départ est de couper en tranche (to hasch en américain, devient en argot to hack), découper quelque chose, l’ouvrir entièrement pour voir ses entrailles. Puis le remonter, souvent différemment, pour l’utiliser d’une autre manière, lui permettre de faire des choses pour lesquelles il n’était pas prévu.

Ce concept du hacking (ouvrir, regarder, modifier, bidouiller, créer de nouvelles fonctions) est relié à celui du DiY (Do it Yourself) : vous n’attendez pas que l’industrie le fasse pour vous, vous le faites vous-même. Avec d’autres aussi, en collaboration. Mais vous vous démerdez par vous-même.
D’où le partage du savoir qui devient rapidement crucial. Alors les pénétrations et détournements de systèmes informatiques, c’est un peu comme si parler des passionnés de serrurerie on ne mettait en avant que les passionnés qui ouvrent des serrures de coffres à des fins criminelles…

Es tu un idéaliste pragmatique ?

Drapher : Ca c’est marrant : je n’y avais jamais pensé ! Pas mal comme définition… Oui, idéaliste, c’est évident. Et pragmatique aussi, puisque je ne supporte plus les utopies irréalisables, tous ces trucs d’un monde meilleur basés sur des contingences irréalistes, avec des « si » qui ne surviendront pas. Donc, oui : idéaliste et pragmatique, absolument.

La question centrale du hacking peut-elle se réduire à la valeur que l’on accorde à son autonomie et plus largement à sa Liberté ?

Drapher :Se réduire, non, je ne pense pas. Mais les valeurs d’autonomie, de liberté individuelle sont centrales, oui.

La grande question du hacking, à mon avis, aujourd’hui, pas hier ni demain (parce que c’est là où j’en suis de ma réflexion sur le sujet), c’est peut-être celle de la mise en accord entre l’idée du hacking et le hacking concret. C’est-à-dire que vouloir hacker en ayant un mode de vie qui n’est pas du tout en accord avec la philosophie du hacking est un peu l’équivalent de pisser dans un violon. J’entends par là, qu’il faut aller vers l’essentiel dans nos modes de vie si nous sommes vraiment dans le hacking : fabriquer nous-mêmes un maximum de choses, en inventer de nouvelles, lancer des pistes, vivre en étant le plus indépendant de l’industrie de masse. S’informer et informer autrement, etc…

Le hacker ne se considère pas comme un travailleur mais un passionné qui agit.

Vous n’êtes pas votre travail. Vous n’êtes pas votre compte en banque. Vous n’êtes pas votre voiture. Vous n’êtes pas votre portefeuille, ni votre putain de treillis.
— Tyler Durden, Fight Club

Si le hacker ne compte pas ses heures, a ses propres rythmes horaires, travaille pour progresser et créer, est tenace et consciencieux dans ce qu’il fait …

Dans ces conditions l’éthique hacker est elle compatible avec l’organisation du travail actuelle?

Drapher : Heuuuu… non, mais elle ne l’a jamais été.

L’organisation du travail d’aujourd’hui est toujours celle du XIXème siècle, c’est ça qui est dingue ! Le nombre d’heures travaillées à baissé, mais pour le reste c’est du pareil au même.

La rigidité du cadre de l’entreprise, les hiérarchies absurdes, les techniques de management, le calcul du temps (et jamais de l’efficacité réelle), les rémunérations basées sur des critères abscons, sans lien avec la compétence concrète ou l’expérience efficiente : tout est antinomique dans l’organisation du travail avec une approche de hacking.

On en vient même à préférer, en informatique, embaucher des gus qui sortent d’écoles privées totalement bidons à bac +5, plutôt que des mecs hypers passionnés et très bons mais qui ont « seulement » le bac ou à peine… On marche sur la tête.

Suffit il au hacker de trouver un travail dans sa passion pour être en accord ?

Drapher : Non, je ne pense pas.

Être en accord avec cette philosophie demande plus qu’avoir un travail en lien avec sa passion. C’est un mode vie, comme je le disais, une approche vis à vis du monde, donc un travail ne suffit pas…

Pour être franc, je travaille tout le temps : quand je fais la cuisine chez moi, quand je marche dans la rue, prends des transports en commun, discute avec des amis. Je disais souvent à une époque : « bien vivre est un travail à plein temps« . Je continue à le croire.

Avoir une rémunération est autre chose, c’est une sorte d’échange entre gens qui ont besoin mutuellement l’un de l’autre, mais ça reste souvent beaucoup trop orienté, même quand le sujet du travail rémunéré est passionnant.

Est ce une opportunité pour les entreprises de connaître les motivations des hackers pour les embaucher ?

Drapher : Mouais. Moi, les entreprises, dans leur approche la plupart du temps orientée « profit », je pense que ce sont surtout des opportunistes.

Le jour où elles organisent leur mode de fonctionnement dans une vision hacking, là ce sera peut-être plus intéressant. J’en connais une ou deux comme ça. Mais c’est une vision de l’entreprise, de ce qu’elle fait réellement (pas de l’argent en soi) qui est en jeu (faire ensemble, le produit, la vie sociale), et pas seulement une « opportunité ».

Embaucher des hackers n’a pas beaucoup de sens si l’entreprise n’a pas le sens du hacking. Le hacker va vite se retrouver à l’étroit, mal à l’aise, il ne s’y retrouvera pas. L’entreprise non plus d’ailleurs.

Des hackers mondialement célèbres ont transformé la société en profondeur. Pour être binaire certains sont devenus des entrepreneurs, et des durs (Bill GatesSteve Jobs,Mark Zuckerberg …) d’autres sont restés fidèles à leur éthique (Richard M. Stallman,Ken ThompsonDonald KnuthTim Berners-Leeetc…)

On remarque que les hackers choisissant la voie de l’économie dominante perdent leurs attributs de hackers, et deviennent même des prescripteurs d’un système désignant les hackers comme un mal pour l’économie et leurs entreprises.

Drapher : Et oui… comme quoi l’éthique hacker n’est pas compatible avec l’idéal du profit économique permanent, de l’enrichissement perpétuel, de la croissance sans limite, toutes ces « valeurs » de l’entreprise capitaliste occidentale.

Mais c’est bien normal au fond : quand tu cherches l’autonomie, l’échange, l’amélioration, la créativité, l’expression du beau pour le beau, l’inutile aussi quand il est agréable, tu ne peux pas mettre ça en « boite » avec la perspective que ça croisse en termes de chiffre d’affaire et de bénéfices net. Heureusement d’ailleurs, cela signifie que certaines choses ne peuvent être achetées.

L’archipel des hackers

Je voudrais réagir et te faire réagir sur ta série d’articles:

http://reflets.info/changer-la-societe-le-hacking-pour-modele/
http://reflets.info/changer-la-societe-2-larchipel-des-hackers/
http://reflets.info/changer-la-societe-3-la-politique-du-code-source-ouvert/

Des choses les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous.
— Epictéte

Dans ton article sur la société du hacking tu avance une proposition:

A la manière des philosophies antiques qui étaient des pratiques de vie, cette éthique invite a travailler sur soi, à n’agir que sur ce qui dépend de nous. Et il dépend de nous de mettre en conformité nos actes quotidiens avec nos principes.

Mais cela peut demander un trop grand sacrifice pour une majorité.

Par exemple utiliser certaines technologies, celles qui savent se faire désirer mais en même temps se révèlent nocives pour la liberté individuelle et la société. Comment dépasser cet état ? Suffit-il d’acquérir une lucidité sur le « prix à payer » pour un usage ?

Drapher : C’est vraiment central, et c’est ce que je commençais à te dire juste avant : la lucidité c’est de savoir que le monde ne peut changer que si nous changeons nous-mêmes.

On ne peut pas gueuler contre l’industrie nucléaire et être tout-EDF. Enfin, si, on peut : mais rien ne changera au niveau du nucléaire. Comme pour l’industrie agro-alimentaire, l’industrie automobile, etc…

Si tu veux un monde plus juste, plus harmonieux, moins superficiel, moins dépendant des industries : crée -toi ce monde, à ton échelle !
Si de plus en plus de gens s’y mettent, ils deviennent une majorité, et la majorité décide par consensus.

Le hacking est une philosophie, et les philosophes antiques, particulièrement la bande à Socrate avaient une règle : ils mettaient en application leur philosophie. Diogène, dans son tonneau, est un exemple remarquable. Le hacker commence par hacker son mode de vie, se fabrique le maximum de choses lui-même, optimise ses accès aux ressources exactement comme avec un ordinateur, cherche à avoir le plus de maîtrise de son environnement. Etre rattaché à EDF c’est le top de la non-maîtrise : de bout en bout tu ne maîtrises rien.

Continuons avec la 2ème partie de ton article, l’archipel des hackers.

Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l’ordre du monde…
— Descartes

Le changement de société est possible par cette voie. Le choix ne se situe pas entre: se changer soi OU changer la société – comme Descartes le suggérait – mais entre: se changer pour changer la société OU laisser la société nous changer.

En filigrane, une (r)évolution horizontale, douce, se propageant par capillarité, décentralisée et venant du bas.

Postulons sur la modification des comportements individuels qui produirait une société où l’éthique hacker serait comprise et bien implantée. Dépassons les aspects techniques.
A quoi ressemblerait une politique et une organisation sociale forgées par des hackers?

Drapher : Oui, 100 fois oui : changer nos désirs, Descartes avait raison, c’est par là que cela passe. Nous vivons dans une société industrielle, voire post-industrielle, où l’essence même de cette société est la fabrication de désirs.

Sans le désir généré par l’industrie, l’économie post-capitaliste s’écroule ou doit muter : cette économie, pour perdurer telle qu’elle est, doit inventer sans cesse de nouveaux désirs d’objets ou objets de désir : savons, lessives, technologies, véhicules, lectures, idées, etc… Tous ces objets de désir sont fabriqués en masse pour ne pas durer longtemps afin que chacun soit dépendant de leur obsolescence. Quoi de pire que l’obsolescence programmée pour un hacker ?

Donc, si la société se modifiait d’un point de vue des comportements, avec une éthique hacker, il est évident que de nombreuses choses changeraient. Ce ne serait plus l’objet en tant que tel qui serait porteur de valeur, mais l’usage. Ce qui est déjà le cas dans le logiciel libre, l’open-source.

Une société basée sur la philosophie du hacking resterait pour autant une « société de marché », avec une monnaie, des échanges de valeurs, de la production privée, des libertés de faire, d’entreprendre, je pense. Ce n’est pas, comme on voudrait souvent nous le faire croire, une société « communiste » ou de « décroissance », ces terminologies ne sont en réalité que des oppositions au système actuel.

Une société du hacking n’est opposée à rien. Ni à l’argent, ni à la production, ni à la propriété privée, etc… Elle est simplement une société constituée de gens qui utilisent plus leur intelligence, leurs connaissances, compétences pour l’usage que pour la valeur. Qui cherchent plus à améliorer les idées, les objets, plutôt qu’à chercher à faire du profit (avec de la merde, le plus souvent). Ce qui n’empêche pas de faire des échanges marchands, mais limités à des usages clairs et efficaces.

D’un point de vue politique, il est évident qu’une société soutenue par une philosophie du hacking ne peut que s’orienter vers un système social horizontal, de décisionnel collectif, certainement régionalisé (j’entends par région des secteurs géographiques logiques) : des citoyens, proposent des règles, des idées, votent celles-ci, pour une ville, un coin de campagne où les habitants fonctionnent sur le même registre, etc… Il n’y a pas de dirigeants dans une société de hacking. Tout le monde l’est. Ou pas. Le consensus est la règle, au final.

Cette société pourrait émerger, par force, si le système économique actuel s’écroule, ce qui est peut-être en train de survenir. Bon, le problème, c’est qu’avant qu’elle émerge, ça peut être violent. Mais allons savoir…

Le mouvement du DIY, avec notamment la création des fablabs, pose implicitement la question de l’obsolescence programmée des biens de consommation. On se retrouve avec des valeurs inversées: rareté/abondance brièveté/longévité racheter/entretenir utiliser/maîtriser consommer/créer guider/comprendre …

En ces temps de de crise cela plaît mais attaque aussi de front l’économie basée sur la consommation. Sans consommation point de relance ?

Drapher : J’en parlais plus haut : bien entendu qu’avec cette économie à le DiY et les mouvements de hacking la plombent : elle est basé sur le désir de consommation et l’obsolescence programmée. Mais pour autant, sans un mouvement DiY fort, elle est en train quand même de couler cette économie : il va bien falloir qu’elle s’adapte, se modifie, cherche d’autres voies, et les gens avec. Le communisme a duré 70 ans, combien pour le capitalisme, et son avatar hypertrophié, le néo-libéralisme ? Mieux vaut en tout cas commencer à travailler sur les modes de hacking aujourd’hui qu’essayer de trouver des « issues standards » dans le système actuel.

Dans « la politique du code source ouvert », dernière partie de ton triptyque, tu évoque une société dans la société: des îlots communicant entre eux. On pourrait aussi invoquer le concept de citées Grecques (poleis). Chaque cité pouvant être autonome mais en relation avec les autres à l’image des hackerspaces, fablabs, LUGs …

Drapher : Très jolie ta comparaison avec les les cités grecques, je n’y avais pas pensé.

Oui, dans mon idéal pragmatique, comme tu l’as défini, je ne peux pas présenter une société basée sur un modèle de hacking qui se constituerait comme ça, sous la volonté du plus grand nombre. Ce serait absurde et irréaliste.

Par contre, ce que j’observe, c’est que des hackerspaces de toutes sortes se développent : électronique, informatique, mécanique, biologie, arts, agriculture (je mets les AMAP dans le cadre des hackerspaces). Ce sont pour moi des îlots, et ils communiquent, pas encore tous entre eux, mais un peu.

Si il y avait aussi des hackerpsaces sociaux, économiques, politiques (au sens originel, politis, pas l’actuelle politique), je pense que ces îlots pourraient à termes influencer la société. En proposant des réalisations, des études, offrir des documents de travail, des inventions, solutions efficientes etc… Il faut en tout cas les mettre en relation, faire qu’ils s’entraident, travaillent à des projets communs.

« Les réalisations, qu’elles soient d’ordre technique ou non se valent toutes, c’est leur qualité et leur intérêt qui priment. »

La deuxième partie de ta phrase n’est elle pas en contradiction avec la première ? La qualité et l’intérêt étant subjectif si je résous un problème ou que je créé pour mon plaisir.

Drapher : Je voulais dire par là qu’on oriente souvent le hacking autour de la technique seule, ou de la technologie. Dans l’éthique hacker, ce qui prime est la réalisation avec un état d’esprit. Quand je parle de qualité ou d’intérêt, c’est vis-à-vis de ceux qui créent et de ceux qui la partagent, veulent l’améliorer : un bon hack, si il est de qualité, intéresse du monde, aura du succès, sera repris, amélioré par d’autres. Si ce n’est pas le cas, il est en général oublié quelque part. Tout se vaut, parce que toute création a le droit d’exister, ce qui prime ensuite, dans le fait de perdurer, d’être partagé, c’est la qualité et/ou l’intérêt de la création.

l’archipel hacker ne participerait jamais à des élections pour avoir des « élus ».

Oui, dans l’état actuel de l’organisation politique.
On peut envisager des alternatives comme celle exposée par le hacker politique: Etienne Chouard.

Drapher : J’ai suivi les démonstrations de Chouard. C’est intéressant. Mais regarde comment il galère dans les débats à la télé, comment il est plus ou moins ridiculisé par les acteurs du monde des médias mainstream.

Ce type est génial, surement très honnête, très sincère, mais il n’a aucune chance. Parce qu’il ne fait que proposer, seul.

Quand je dis « l’archipel hacker ne participerait jamais à des élections pour avoir des élus », c’est bien entendu dans les années à venir, si un mouvement de type « archipel des hackers » se formalisait. Le hacking a tout à perdre dans la politique politicienne, avec des élections, des élus, etc… Par contre, dans un autre système que celui que nous connaissons, c’est différent.

Mais y aurait-il encore des élections avec des élus ? On peut en douter. Ou bien avec des élus non-rémunérés, révocables : là, oui, ce serait peut être intéressant.

Hacker la politique pour changer la société en revenant au vrai sens de la démocratie, le sens des fondateurs grecs. Restaurer les processus de tirage au sort en lieu et place des mécanismes d’élections. Ceci pourrait conduire à des prises de décisions participatives, populaires et égalitaires, qui ne seraient pas du fait de partis politiques monolithiques et oligarchiques.

Tu exclue dans la charte l’idéologie politique mais dans cette configuration la politique concernerait à nouveau la vie chaque citoyen au quotidien. Les hackers ne pourraient ils pas s’épanouir politiquement dans une démocratie directe ?

Drapher : Si, certainement, c’est ce que je formalisais juste auparavant : dans un cadre de réelle démocratie directe, non élective, participative, les hackers pourraient s’épanouir. Mais tout le monde en réalité pourrait s’épanouir… enfin tous ceux qui ont envie d’être maîtres de leur vie.

 

Do You Hack Me ?

Peux tu nous présenter l’émission de radio « Do You Hack Me ?« 

Drapher : Hum : une émission qui essaye de parler vraiment du hacking, avec des reportages, des invités, des chroniques, de la musique (libre pour la plupart) et une émission faite « à la main ».

Quelles sont les raisons de son arrêt ?

Drapher : C’est pas gentil de me demander ça. Je ne sais pas vraiment. Fatigue, trop de choses en même temps, je n’ai pas toujours été suivi par ceux qui devaient suivre (je ne leur en veux pas, c’était inclus dans le deal, mais j’ai dû compenser, c’était crevant), des problèmes techniques en radio (matériel en rade ou manquant), aucun retour ou presque sur l’émission, l’impression de faire une émission que personne ou presque n’écoute, un besoin de souffler et reprendre plus tard mais avec des gens motivés, qui suivent la chose. Peut-être plus d’audience, ou au moins un repère d’audience, avec des retours des auditeurs, pour savoir que tu fais un truc qui intéresse, avec des critiques, encouragements, que tu puisses améliorer, modifier, etc…

Vos émissions sont denses. La ligne éditoriale étant de ne pas survoler les sujets mais d’approfondir. Une chance d’avoir d’autres saisons ? Quelques sujets en avant-première ?

Drapher : Oui, j’ai envie de reprendre à l’automne, début de l’hiver. J’avais dans les tiroirs le hack agricole, avec un couple incroyable de « vieux » ingénieurs agronomes, les Bourguignons, mais aussi du hack artistique, hacker l’économie (les monnaies et systèmes économiques alternatifs) : enfin, les sujets ne manquent pas.

Info-hacking

Dans la 2ème émission de DYHM, vous évoquez l’info-hacking comme un autre mode de journalisme.

Peux tu définir le sens de « hacking » accolé à information ?

Drapher : Chercher à comprendre avant de raconter. Découper un sujet en autant de briques que nécessaire. Amener des contradictions, chercher de sources diverses, même des sources peu officielles, ne jamais se contenter de suivre la masse. Ecouter. Utiliser tous les outils possibles pour récupérer de l’information, mettre les logiciels au service de la recherche et du traitement de l’info.

Hacker l’info c’est aussi créer son propre sujet, y mettre de sa propre analyse, aller au bout de ce qu’on peut dire à propos du sujet : peu de journaux sont prêts à supporter pareil engagement de la part d’un journaliste…

D’un côté un chercheur analysant des données avec une méthode technique, quasi scientifique, qui cherche à présenter les faits pour comprendre le monde tel qui l’est. De l’autre un conteur d’histoires qui utilise les faits, ou pas, avec comme objectif de manipuler l’opinion au nom d’intérêts particuliers.

Je caricature ?

Drapher : Non, c’est un peu ça. Le chercheur qui tente de comprendre le monde, même quand ça ne va pas dans le sens qu’il attendait, publie quand même, et fait un hack de l’info. L’autre rapporte les faits, suit une ligne éditoriale, applique des recettes, raconte des histoires plus ou moins orientées.

Vous prônez un retour au source du métier ou une nouvelle déontologie ?

Drapher : Il y a des deux à mon avis. Le retour aux source, bien entendu, mais une nouvelle déontologie aussi : nous ne sommes arrêtés par rien dans ce cadre d’info-hacking. Tout est possible.

Nous appliquons le retour aux sources du métier de journaliste mais peut-être que nous y ajoutons des choses. Je pense à : du traitement de données, l’utilisation de méthodes informatiques pour récupérer des données non visibles mais accessibles sur le réseau, la liberté de ton, la longueur des documents sans limite établie, l’esprit de provocation, les échanges avec les lecteurs (même virulents), le traitement de sujets sur la durée, aucune orientation, idéologique ou politique particulière.

Parles nous de l’aventure de reflets.info, comment concrètement mettez vous en oeuvre ces méthodes ?

Drapher : Trop difficile d’en parler je crois. On est encore en cours de création de toute manière. Je peux seulement dire que la majorité des acteurs de Reflets sont issus de l’informatique ou ont une expérience en informatique assez longue: il y a des hackers informatiques pur jus, des journalistes devenus informaticiens, des informaticiens devenus aussi journalistes, des hacktivistes et bloggueurs : tout se fait de manière naturelle, sans règles, sans organisation particulière : pour le coup, Reflets applique l’éthique hacker dans son fonctionnement quotidien. La salle de rédaction est ouverte jour et nuit, et c’est un salon irc. La méthode Reflets, c’est : youhouuuu, on y va !

L’info-hacking est il dépendant des technologies de l’information et des mouvements comme les données ouvertes (open data) ou les lanceurs d’alertes?

Drapher : Il l’est en partie. Sans le net, on ne hackerait pas grand chose en termes d’info, il faut bien le dire. Mais il y a le net visible, et puis plein de recoins. Parfois des documents papiers récupérés aussi. Pour l’instant, il y a eu quelques articles basées sur des données ouvertes, mais bon, ce n’est pas renversant non plus, il n’y a pas encore grand chose de dispo. Et puis il faut du temps pour traiter ces données.

Les lanceurs d’alerte, un peu, on reçoit des choses. Il y aussi des données volées que des groupes disséminent plus ou moins élégamment, comme le fait Wikileaks. On en récupère.

Quels sont les rapports entre info-hacking et hacktivisme ?

Drapher : Il est assez lié par le fait que les gens qui pratiquent l’info-hacking sont tous des hacktivistes, à mon sens. Mais il y a hacktiviste et hacktiviste : je pense que l’info hacking ne doit pas devenir un simple relai des motivations des hacktivistes, il est plus que ça puisqu’il ne s’interdit rien. Le dénominateur commun est peut-être l’hacktivisme de la défense des libertés et de la neutralité du net. Sorti de ça…

Liberté, vie privée, sécurité™

Toujours dans DYHM, vous avez abordé le thème de la sécurité et de la vie privée. Souvent on oppose sécurité et liberté (perdre de l’un au profit de l’autre).

C’est un fait, l’individu est/devient de plus en plus transparent pour les états et les entreprises. Même à l’insu de son plein gré; la technologie aidant énormément.

Pense tu qu’il faille inverser des comportements et prôner un renforcement de la sécurité de l’espace privé, une plus grande transparence de la respublica et des règles qui la régissent ?

Drapher : Les confusions autour de ces concepts sont toujours terriblement énervantes.

Sur Reflets, il y a des types qui nous reprochent de demander la régulation de la finance (on dénonce souvent les abus de la finance mondialisée) mais la non-régulation du réseau mondial (neutralité du net). Pour eux, si tu veux réguler (en réalité désarmer) la finance, tu es pour toute forme de régulation donc tu dois vouloir aussi la régulation du net. C’est assez pénible ces raisonnements binaires : il n’y a aucun rapport entre le système financier et le réseau mondial Internet.

C’est un peu comme si tu demande à quelqu’un s’il est pour la régulation des couteaux de cuisine chez les gens, et ensuite, s’il est contre, alors tu lui dis qu’il doit être contre la régulation des opérateurs en électricité : pourtant, le citoyen n’a aucune prise sur l’électricité qu’on lui fournit. C’est quelque chose qui lui est fourni sans aucun contrôle possible. Si l’opérateur se met à faire des conneries, le citoyen subira les contrecoups, sans pouvoir rien faire.

La finance, c’est exactement comme l’opérateur en énergie : on en a besoin (sans banques, difficile aujourd’hui), mais ils font n’importe quoi et on ne peut rien y faire. Sa propre cuisine, sa voiture, ce sont des choses sur lesquelles nous (les citoyens) avons une dépendance mais sur lesquels nous agissons aussi, sans contrôle extérieur.

C’est l’équivalent d’Internet. Vouloir réguler la taille ou le nombre des couteaux de cuisine chez soi, c’est comme vouloir réguler l’utilisation que font les gens d’Internet. Notre ordinateur est l’équivalent de notre cuisine, les fichiers, des couteaux de cuisine. Ce qu’il y a dans notre cuisine ou notre ordinateur nous regarde.

La voiture dehors, c’est le FAI : quand on veut se déplacer, on prend la voiture. Mais le constructeur (équivalent du FAI), une fois qu’il nous l’a vendue la voiture, il ne peut plus venir voir ce qu’on met dans le coffre, heureusement. Et on peut y mettre des couteaux de cuisine, c’est vrai. Même des très gros. Et on peut tuer des gens avec ces couteaux planqués dans le coffre de notre voiture.

Pour autant, veut-on réglementer les couteaux de cuisine ou les coffres de voiture ? Ceux qui s’amusent à attaquer des gens avec leurs couteaux de cuisine, ça arrive, on n’y peut rien.

Et bien c’est pareil pour Internet. Donc pareil pour la vie privée et publique. Il faut à tout prix renforcer le droit à la vie privée qui est sacrée, centrale, politiquement indiscutable (l’histoire des totalitarismes nous l’apprend), et bien entendu réguler, contrôler les structures (puissantes) qui peuvent agir sur nos vies : les opérateurs, les entreprises privées qui conservent les données des internautes, les Etats qui veulent surveiller pour se prémunir contre toute forme d’agressions. La respublica a donc le devoir d’être transparente, pour bien montrer qu’elle n’est pas l’ennemi du citoyen, qu’elle est le consensus entre habitants du pays et dirigeants du pays, ceux que l’on élit.

Pour conclure

Je suis indiscret si je te demande tes oeuvres préférées ?

Drapher : Non, non, pas du tout.

En littérature, j’ai été scotché par Steinbeck (A l’est d’Eden), London (Radieuse Aurore), Jim Harrisson (toute son œuvre), John Fante (mon chien stupide), Brett Eston Ellis (moins que zéro). Un bouquin en particulier : le pendule de Foucault, d’Umberto Ecco, lu en 88, j’aimerais le relire, j’avais adoré.

En peinture : on m’aide à découvrir des choses, je ne suis pas très averti dans le domaine, mais j’aime beaucoup Dali depuis longtemps. Courbet : l’origine du monde. Pas mal d’impressionnistes, comme Camille PissaroMonet. Et puis la pipe de Magritte, pour le fun.

En cinéma : Brazill’armée des douze singesStar wars 4 et 5 (pas les nouveaux, à chier, le 6, bon…), Matrix (le 1 uniquement), BirdOrange Mécanique37,2 le matin (j’avais 16 ans, j’étais amoureux), Le pianiste (celui de Polanski), Tous les matins du monde (un chef d’œuvre), le Nom de la Rose. Il y en a tellement…

Tout ça fait partie de mes œuvres préférées aujourd’hui, mais la mémoire est tordue, un autre jour, je pense que j’en sortirais d’autres. Pour finir, je crois qu’il faut citer une œuvre qui restera sur terre, et pour laquelle j’ai une grande émotion, bien qu’elle soit plus technique : le GNU. Sans le GNU, pas de Linux, pas de logiciels libres et pas d’open-source. Merci à Richard Stallman et ses potes pour le boulot effectué, leur œuvre restera un monument.

En dehors de la saison 02 de DYHM ^_^
Parles nous de tes futurs projets

Drapher : Je suis en train de construire ma maison (bioclimatique), en 100% solaire d’ailleurs (sans raccordement au réseau), avec une phyto-épuration, des chèvres, poules et brebis sur le terrain.

Je vais créer une Amap dans le quartier, et tout est fait en DiY à peu de choses prêts pour la construction de la maison. Avec de la technologie un peu partout, planquée mais efficace. Entre autres pour les plantes et les animaux.

Je ne vais certainement pas aider l’économie de croissance à termes : tant pis pour elle, quant à moi, de toute manière, j’ai souvent essayé de fonctionner avec le minimum d’argent possible, ce sera définitivement le cas dans ce nouveau mode de vie. Le projet est un projet de vie de type hacking, avec le maximum d’autarcie possible.

Vivons heureux, vivons cachés, vivons sans le sou.
Vivons le hacking au jour le jour.

Drapher, le jeudi 2 août 2012 (interview de F. sur http://www.f.0x2501.org)

This is the end…

10 PRINT "Drapher, encore merci pour cet échange"; 20 FOR I = 1 TO 1000 30 PRINT "Je veux que DYHM revienne T_T "; 40 NEXT I RUN 

Plus d’info(-hacking):
Emission Radio Do You Hack Me: http://3000signes.tk
Pure player d’info-hacking: http://reflets.info

Publié sous licence libre Creative Commons CC BY-ND.

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20 thoughts on “De la société des hackers : interview”

  1. en lisant ce long interview,je pensais doucement que …
    les gars qui à Cuba bidouillent depuis les années 60 leurs almendrones , mon grand pêre plombier qui fabriquait, dans les années 60, un monte charge avec un moteur de machine à laver , ils étaient déjà, des « hackers » ?
    juste ils vivaient/vivent dans une société ou le rapport à la technique n’est pas bati sur la soumission ( au sens de ne pas ouvrir la machine pour voir ce qui y a dedans ) et l’obéissance ( aux CGU, aux usages admis etc ) …
    enfin bref, y aurait juste un poil de modernité techno derriére une aspiration vieille comme les lumières ? non, y a aussi une pensée « libertaire » plus avancée, une réflexion bien plus politique que dans pas mal de partis …

    1. Je pense comme toi. Avant on dirait du bidouilleur, touche-à-tout, un hack aurait été un truc parmi les « trucs-et-astuces », je trouve que parfois le mot hacker est dit parce que c’est la mode et qu’on l’emploie trop souvent à tort.
      Mais il y a en effet dans ce mot l’idée derrière d’échapper au système, d’améliorer les choses à sa façon, de se débrouiller par soi-même.

  2. C’est bon à lire. Ça fait du bien. Ça confirme les envies de joindre ce genre de personnes , les hackerspaces.

    Il n’ y a rien de naif je pense , au contraire. Changeons d’abord notre environnement et notre quotidien avant de penser faire changer les autres.

    L’archipel des hackers. Un rêve qui donne envie.

    1. Je me suis dit la même chose ! Et je me suis aussi trouvé un point commun avec lui : maison bioclimatique autoconstruite en partie. Mais bon chez moi le solaire c’est que de l’hydrolique. Ça évoluera sans doute !

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