CSA et Minitelisation de l'Internet : Attention Michel, on va pas être copains

En 2008, un expert du Net, qui installait des serveurs dans les caves du 18e avant la naissance de Wanadoo (sortez vos bouquins d’histoire), entre deux éructations, émettait une idée de génie : placer l’Internet français sous l’oeil bienveillant du CSA, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Vous l’avez peut être reconnu, l’auteur de cette riche idée, l’inénarrable Fréderic Lefèbvre… qui avait en même temps glissé le coup du G20 du Net, une petite sauterie qui réunirait les grandes puissances mondiales de l’Internet « civilisé » : l’Arabie saoudite, la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord, Cuba, l’Égypte, l’Iran, l’Ouzbékistan, la Syrie, le Turkménistan, le Viêt-Nam … on me souffle dans l’oreillette que la Tunise se désiste… ça tombe bien, il y a donc une place à prendre pour la France.

Là, vous vous dites que cette idée saugrenue de CSA, en plus de 2 ans, est partie aux oubliettes… Quelle touchante naiveté !

Ça commence comme toujours par une ânerie lâchée dans l’hémicycle, un amendement ils appellent ça… Il faut dire que ça stimule 576 copains qui rigolent même quand ils ne comprennent pas les vannes. En plus ce qu’il y a de bien, dans l’hémicycle, c’est que si t’es du bon côté, y’a toujours assez de monde pour lever le bras et approuver tes énormités … toujours sans rien comprendre. Coup de chance, évaluer l’impact d’un vote ou comprendre la signification profonde du texte que l’on vote n’est pas dans le descriptif du job… « on fait des lois nous monsieur, pas de la technique« …

Dernier épisode, c’est Michel Boyon, président du CSA, qui remet le couvert. Ça se passe ici sur le Figaro. Dans sa petite sortie, Michel Boyon nous annonce à demi mot qu’il est tout à fait compétent techniquement et juridiquement pour poser des labels sur les contenus d’Internet. D’ailleurs, c’est même écrit en toutes lettres sur son site web, dans le bandeau flash ici, comme dans la FAQ où il déplore «  »Il n’existe pas à l’heure actuelle d’instance qui régule efficacement l’activité de ce réseau mondial« … Hein Michel ? « Pourquoi pas nous ? »…

Et bien je vais vous expliquer pourquoi :

  • Le CSA peut fonctionner sur l’audiovisuel car jusque là, avec ta TV et ta radio, tout était centralisé, avec l’architecture du Net, ça risque d’être une autre paire de manche et un gouffre financier pour le contribuable. Comme pour HADOPI, on injectera des millions dans des panneaux « interdiction de marcher sur la pelouse »… Ridicule.
  • Réguler les contenus d’Internet voudrait dire que chaque internaute fait l’objet de la même attention qu’un TF1…. j’ai entendu dire qu’il y avait au moins 1800 tunisiens qualifiés et à la recherche d’un job. On sous-traite ?
  • Sur chaque contenu posté par un internaute, le CSA va vouloir nous attribuer un label de moralité, c’est inacceptable, c’est ouvrir une porte de plus sur la censure.
  • L’indépendance du CSA me fait bien rigoler… Monsieur Boyon, vous pouvez nous expliquer qui vous a nommé à votre poste ? Et les autres membres du collège c’est qui ? « Le Collège des conseillers dirige le CSA. Il est composé de neuf conseillers. Bien qu’ils soient nommés par décret du président de la République, seuls trois d’entre eux sont désignés par lui. Trois autres sont désignés par le président de l’Assemblée nationale et les trois derniers par le président du Sénat. Le collège est renouvelé au tiers tous les deux ans et le mandat de conseiller n’est pas renouvelable.« … merci de ne pas nous la faire à l’envers avec ton indépendance …

Comme l’explique le Michel Boyon, le CSA, c’est un « régulateur de contenu ». Un régulateur de contenu, c’est une personne qui met des étiquettes sur ce que vous produisez. Pourquoi le CSA ? Que vient faire machin poussiéreux, expert d’un média du 20e, dans notre média à nous, tout neuf, du 21e siècle ? Donc le monsieur est en train de nous expliquer avec un grand détachement qu’il va taguer tous les contenus de l’Internet… il est mignon.

Ne vous y trompez pas, c’est avant tout une histoire de pognon et de petites luttes de pouvoir. Le CSA doit être jaloux du budget HADOPI et du coup il aimerait bien en croquer un peu. Les revenus publicitaires des médias traditionnels se font un peu trop grignotter par ceux du Net (d’où l’importance de taxer Google). Sentant surement une petite érosion, Michel Boyon se tourne naturellement vers le Net. Au passage, Monsieur Boyon rejette tout idée de fusion avec l’ARCEP.

On va évidemment nous resservir le couplet de la protection de l’enfance, du besoin de nettoyer le Net de contenus pédophiles qui inondent les surfs de chaque internaute, c’est bien connu on tombe toujours sur ces contenus « par hasard ». Le CSA va donc nous proposer des outils de contrôle parental… et si ces derniers contrôlent aussi les parents, tant mieux. Sauf que ta morale là et tes magouilles entre bien pensants…merci mais … non merci.

Monsieur CSA, tu vas rester bien tranquillement dans ton coin à réguler du film érotique italien sur les chaines câblées. De grâce, reste loin, très loin d’Internet. D’ailleurs, tu devrais commencer par t’essuyer les pieds à l’entrée… par exemple en te dotant d’un site moins ridicule, sans flashouilles immondes et iframes débiles.

Twitter Facebook Google Plus email

5 thoughts on “CSA et Minitelisation de l'Internet : Attention Michel, on va pas être copains”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *