Ca coûte très cher le temps, mon bon monsieur Sarkozy…

Reflets vous recommande la lecture de l’article en page 3 du Canard Enchaîné de cette semaine. Un joli résumé de la réalité concernant la crise financière actuelle. Vous vous êtes tous réveillés ce matin avec les titres sur le sauvetage de l’Euro cette nuit par Super Sarko et Super Angela. La joie des commentateurs sur BFMBusiness n’était pas feinte. Victoire ! Le CAC gagne près de 4% ! Enfin, on est sauvés. Business as usual… Tout reprend comme cela doit être.

Mais pour combien de temps ? Avec l’accord trouvé hier, Nicolas Sarkozy a acheté du temps. Assez pour tenir jusqu’à l’élection présidentielle ?

En fait, rien n’est réglé. On ajoute de la dette à la dette pour résoudre une crise… de la dette. Dans quelques mois, le problème actuel va se poser à nouveau. Mais de manière plus violente.

Dans son article, le Canard rapporte quelques discussion de Nicolas Sarkozy avec ses proches : « Si les solutions sont trouvées pour sortir de la crise, j’apparaîtrai lors comme celui qui a sauvé la situation et ma réélection sera bien partie ». A l’inverse, « Si nous perdons le triple A, je suis mort. C’est là-dessus que se jouera le différentiel de compétence avec Hollande. Il n’y a pas d’alternative, nous ferons tout pour le garder ».

Nul doute, Nicolas Sarkozy va exploiter jusqu’à plus soif l’accord d’hier dans les semaines à venir. A commencer par ce soir, où il sera interrogé par des experts économiques et financiers de renom, Jean-Pierre Pernaut et Yves Calvi.

Il y a un certain nombre de points sur lesquels il ne s’étendra pas au cours de cette interview sans concessions.

En voici quelques uns :

  • La France devra participer à l’augmentation de la force de frappe du FESF. Cela pèsera sur ses finances et la perspective de conserver le triple A s’éloigne.
  • Les marchés ne sont toujours pas désarmés et il vont se lâcher à nouveau dans un avenir très proche
  • Les marchés vont rapidement s’attaquer aux points faibles du plan qui ne seront pas mis en avant par leurs concepteurs. Par exemple : le haircut de 50 % ne s’applique qu’à une faible partie de la dette grecque (le FMI estimait à 60% le haircut nécessaire, sur tout l’encours) et les banques s’en sortent très bien sur ce coup là (elles en profiteront). Notez que les actifs grecs détenus par la BCE ne sont pas concernés par ce haircut (hahaha, ah bon ?). Par ailleurs, le pouvoir du FESF qui n’est peut-être pas celui annoncé. A-t-on pris en compte le fait que dans les garanties que peut apporter le FESF, il y a des montants correspondant à des pays en mauvaise position ? Par exemple l’Espagne, l’Italie, le Portugal, l’Irlande, … La Grèce ?
  • Le fait de nier que le haircut sur la dette grecque équivaut à événement de crédit va poser un petit souci sur le front des CDS.
  • Le renforcement du FESF est un simple déplacement du risque. Les marchés vont vite le comprendre.
  • Les européens tablent sur l’aide de la Chine et de quelques autres pays pour les aider à sortir du trou. Oups, la Chine est dans une situation pre-crise. Quelqu’un le leur à dit ?

 

 

 

  • Les chiffres annoncés pour le refinancement des banques sont une blague, comme toujours. Souvenez-vous, lors des derniers stress tests, les banques européennes avaient besoin, selon l’Autorité Bancaire Européenne (ABE), de 2,5 milliards pour passer le cap de la crise. Aujourd’hui, trois mois plus tard, le montant annoncé est de 106 milliards… Si l’on prenait le même pourcentage d’erreur (4140%), il faudrait en réalité aujourd’hui (ou dans trois mois, une fois les chiffres à nouveau révisés) quelque 4494.40 milliards ?…
  • Les banques ont à nouveau recapitalisées. Elles vont donc pouvoir continuer à faire des conneries. Comme celles décrites dans l’article du Canard. Ainsi, les banques françaises qui sont les plus exposée à la dette grecque, italienne, irlandaise, espagnole ou portugaise, n’ont eu de cesse que de distribuer des dividendes confortables et des bonus au lieu de renforcer leurs fonds propres. Pas grave, l’Etat est de nouveau là pour les sortir du trou.

 

Image : williambanzai7

 

Jusqu’ici, tous les beaux plans de sauvetage de l’euro (en gros, quatre plans) ont échoué. Ils ont « rassuré » les marchés pendant un temps plus ou moins long. quel sera le « temps de vie » de celui-ci ? 5 jours ? Plus ? Les paris sont ouverts.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).

24 thoughts on “Ca coûte très cher le temps, mon bon monsieur Sarkozy…”

  1. Mais ! Reflets est vraiment un sale repaire de conspirationistes paranoïaques, entre ça et la théorie du complot sur les moyens de surveillance électronique…Vraiment, qu’est-ce qu’on invente pas pour faire peur à tout le monde.

    En vrai, tout va bien et tous nos dirigeants sont à la fois responsables, intelligents et ne penses qu’au bieu de leur populasse :)

    Qui pour un apéro champagne/coke/prostituées avec moi pour fêter ça ?

  2. Je ne suis pas convaincu sur le sujet des CDS : à partir du moment où les banques ont accepté la décote, le mécanisme de CDS n’entrera pas en compte.
    Il semble faire consensus qu’à partir du moment où le défaut (puisqu’une décote est un défaut) est accepté « volontairement » par les banques, l’IIF n’active pas les mécanismes de CDS.
    A priori, activer le mécanisme de CDS reviendrait à sauter dans l’inconnu : j’imagine que comme les subprimes, il y en a un peu partout et les conséquences d’une activation sont imprévisibles…

    1. Ce que je voulais dire c’est : à partir du moment où on décide que 50% n’est pas un événement de crédit… Ou se situe ledit événement ? 80%, 99% ?

      PArtant, je me met à la place des investisseurs : à quoi me sert un CDS sur la dette d’un pays si les événements n’en sont pas ? ie : si je ne peux jamais actionner l’outil. Bref, les effets de cette décision sont **aussi** un saut dans l’inconnu.

      :)

  3. Le plan repose sur 3 points :
    1) Des pays hors europe vont participer au plan de sauvetage.
    Or les Allemands (les seuls qui en avaient les moyens) ne veulent pas mettre un euro de plus dans le plan de sauvetage. Tel est le mandat de la chancelière.
    redisons le : ceux qui en profitent le plus ne mettront rien de plus dans la cagnotte.
    2)L’abandon de créance est volontaire. Aucuns hedge fund ou autre banque privée hors europe ne va déclencher un « credit event » (un appel aux assurances) qui ferait assurément écrouler le système bancaire grecque puis par extension italien/portugais/irlandais puis français. (l’espagne tombera au premier semestre pour d’autres raisons)
    3)un certain nombre de gouvernements feront passer l’intérêt européen avant leur réélection, de la même manière que le gouvernement slovaque ou espagnol.

    Est ce que tout cela va marcher ? Disons que cela n’a pas encore échoué.
    (inutile de me répondre, je suis allé acheter des sacs de patates)

    1. >>)L’abandon de créance est volontaire.

      Anéfé©!

      En même temps, entre 50% de décote et 100%, vous choisiriez quoi vous ? A mon humble avis, les banques se frottent les mains de n’avoir à assumer que 50 %

      1. Au niveau bancaire, le FMI parle depuis le dernier rapport sur la grèce de 65 à 75% d’abandon de créances.

        Il faudra à nouveau sauver la grèce/l’euro/l’europe d’ici la fin de l’année (avant sans doutes).
        Et j’ai plus de chances de faire l’aller retour terre lune en vélo que la France de conserver son AAA.

      2. Pour le 2) Tu fais preuve de naïveté à mon avis, au premier bilan bien dégradé y’en a UN qui va le faire alors il le feront tous, les réassureurs n’ont pas put gérer la crise des subprimes alors celle là…

        1. Non non je ne fais pas preuve de naiveté, car je ne crois pas une seconde à ce qu’un seul des points du plan fonctionne. Mais c’est quand même sur tout ça que l’accord d’hier a été conclus.

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