Bull, tout gai de filer une nouvelle identité visuelle à Amesys

Bull, Architect of a Red Open World

Le 14 octobre, Amesys révélait au monde ébahi son nouveau site Internet. Le site avait été fermé précipitamment après quelques révélations dérangeantes, dont les nôtres et un sacré ménage avait été opéré. D’une part des vidéos avaient été retirées de Youtube, d’autre part, tout le matériel marketing d’Amesys avait été effacé. Histoire que les journalistes ne puissent pas s’appuyer sur les beaux descriptifs de GLINT/Eagle pour démontrer qu’il ne s’agissait pas d’un petit machin visant à pourchasser deux terroristes planqués dans une grotte en Libye, mais bien d’un vaste système d’écoute global. Patatras, Reflets donnait l’URL du site en préparation avant même la réouverture. Il faut dire que Amesys, côté sécurité, et pour des gens dont les employés doivent pouvoir recevoir toutes les habilitation de type secret défense sous peine de ne pas être embauchés, est totalement à côté de la plaque.

Bull, qui est une vieille connaissance de Kitetoa.com a également eu ses heures de gloire sur le plan de la sécurité (1er article, 2ème article, 3ème article, 4ème article, 5ème article, 6ème article, 7ème article) mais c’est une autre histoire.

Revenons à Bull et sa filiale, la galaxie Amesys. Ce matin, un vaste publireportage était présenté sur BFMBusiness, aucune question sur Amesys, bien entendu, mais une tripotée de compliments (et de superlatifs) à Bull qui fête ses 80 ans. Du coup, on s’est dit qu’on ne pouvait pas ne pas leur faire un cadeau. Raconter de belles histoires sur Bull, rappeler le passé, parler des derniers événements. Leur offrir un petit papier sympa et humoristique pour égayer les salariés de Bull et d’Amesys qui sont encore aujourd’hui et demain sur le salon Milipol, pour chercher un nouveau terrain de jeux au GLINT…

Personne chez Bull ou chez Amesys n’ignore que le contrat Libyen va devenir un énorme boulet. Des articles de journaux ont rapporté le fait de de nombreux salariés, au sein même d’Amesys étaient scandalisés de ce contrat avec le colonel Kadhafi. Une plainte pour complicité de torture a été déposée par la FIDH et la LDH. Elle fait suite à une plainte de Sherpa.Il y a un parfum de Takieddine dans l’affaire. Bref, tous les ingrédients pour qu »un juge d’instruction curieux se plonge dans les affaires de la galaxie Amesys. Espérons pour Bull qu’il n’ira pas, en plus, regarder de trop près la comptabilité. Reste aussi les députés et sénateurs, qui se réveilleront peut-être un jour ? Pourquoi pas une petite commission d’enquête pour comprendre dans quelles conditions le gouvernement français met des gens de la Direction du renseignement militaire au service d’une entreprise privée qui vend un vaste système d’écoute de la population à un dictateur notoire?

Sur un plan éthique, on peut mieux faire…

Et justement, la communication de Bull pense qu’Amesys va choper des « valeurs ».

Dans son communiqué interne du 14 octobre, Bull explique ainsi:

« nous révélons aujourd’hui sur notre site la nouvelle identité visuelle d’Amesys et d’Amesys Conseil ». Nos clients découvriront également ce nouvel univers le 18 octobre prochain à l’occasion du salon Milipol. Nous avons souhaité vous le faire découvrir en avant-première. »

Rappelons à la comm de Bull que Reflets avait fait découvrir aux salariés de Bull et à ses followers le nouveau site d’Amesys en avant-avant-première. Elle aurait pu faire l’économie d’un communiqué interne.

« Bull est, notamment en France, une marque connue et reconnue. Adosser plus fortement la marque Amesys à Bull c’est faire bénéficier de la notoriété et des valeurs qui sont associées à cette dernière ».

La comm de Bull espère aussi, en fondant l’identité visuelle d’Amesys dans celle de la maison-mère, « optimiser nos budgets en communication et en améliorer leur efficacité ».

C’est une évidence. Donner à Amesys un habillage Bull, cela va aider, parce que l’on ne peut ignorer que dans les mois à venir, il va y avoir une grosse activité journalistique autour d’Amesys.Et donc, du boulot pour redorer l’image de Bull et d’Amesys. Spin doctors en approche… (cf publireportage sur BFM Business)

Béatrice, Tiphaine et Matthew, les signataire de cette bafouille interne ont l’esprit groupe. Et ils le disent haut et fort :

« Soyons fiers de cette nouvelle image, qui participe à l’amélioration de la notoriété du Groupe et de ses filiales ».

Mais pas autant, il faut le souligner, qu’un beau contrat avec un dictateur notoire. Parce que ça, ça fait des articles dans la presse, bref, de la pub gratuite pour une PME inconnue jusqu’ici. Bien plus qu’une nouvelle identité visuelle…

 

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


25 thoughts on “Bull, tout gai de filer une nouvelle identité visuelle à Amesys”

  1. Bonjour,

    Je suis Bullien, et fier de l’être. Indigné ? Non. Ou alors il fallait réfléchir avant de s’engager dans une entreprise faisant (notamment) de l’armement IT.

    Par ailleurs, la vente de produits d’écoute du réseau a été faite dans un cadre maîtrisé, surveillé et sous l’accord des autorités (cf http://www.i2e.fr/addons/shared_addons/themes/amesys/doc/COMMUNIQUE_Amesys_01-09-11.doc.pdf ).

    Dès lors, facile de jeter la pierre après coup. Et les MIRAGE F1 de la flotte aérienne Libyenne alors ?

    Bref, certains Bulliens sont indignés, d’autres non.

    Selon votre page d’A Propos, « Notre ambition [de Relfets.info] est de rendre sa valeur à l’information. Nous voulons l’analyser, la mettre en perspective, la remettre dans un contexte et pouvoir faire de la prospective. »

    Quelle analyse faite vous à part dénoncer et commenter bassement le dépôt de plainte ? Voilà un article qui ne sert à pas à grand chose.

    Cependant, lecteur régulier de votre site, je ne peux qu’être heureux de votre éclairage sur certaines affaires. Mais parfois, c’est inutile, voir confusant. Je pense que c’est le cas. A moins que peut-être que vous n’avez rien de mieux à écrire ces temps-ci et qu’il est plus facile de calomnier qu’informer.

    Bonne journée.

    1. Bonjour Bullien,

      Notez la différence entre des armes et des armes électroniques comme celles vendues par Amesys à Kadhafi:

      Les premières sont destinées à des militaires qui vont s’entretuer entre eux. C’est leur métier.

      Les secondes vont servir à un dictateur pour arrêter et torturer la population civile.

      Vous voyez la différence ? Moi oui.

      Il n’y a pas de calomnie dans ce que nous écrivons. Où alors, il faut me le démontrer.

      Dites, France2, le WSJ, le Canard Enchaîné, le Figaro, tous ces anarcho-gauchistes, ils calomnient aussi ?

      Ce n’est pas un peu étonnant qu’il y ait une sorte de consensus sur la problématique éthique liée à la vente de telles armes à Kadhafi ?

      Puisque vous êtes bullien (OMG quelle drôle d’appellation) vous avez peut-être (excepté l’idiot communiqué déjà commenté sur Reflets) des informations sur le point suivant :

      le gouvernement dément avoir donné une autorisation pour l’exportation de ces armes électroniques.

      Il faut une autorisation pour vendre ces armes.

      Il s’est passé quoi exactement ?

      1. Bullien en hommage aux voitures Bull nommées « Bullettes ». Bref ! =)

        Malheureusement, je ne possède pas ces informations en interne (je suis de Bull même, pas d’Amesys qui reste assez « séparé » du reste du groupe).

        D’après la définition (http://fr.wikipedia.org/wiki/Calomnie), vos propos (mais pas que les vôtres) se rapproche des calomnies dans le sens où vos critiques ne sont pas justifiées dans un sens journalistique.

        Autant je suis plus qu’intéressé d’avoir vos faits historiques critiquables envers Bull, alors que les commentaires subjectifs (bien que relativement collectivement admis, d’où le point dont vous parlez à propos de FR2 etc…) que vous faites des activités commerciales d’Amesys (et de Bull par extension) n’ont pas de réels intérêts journalistique. Dans un blog personnel, certes je n’aurais rien dit car chacun expose ce qu’il pense s’il le souhaite, c’est normal.

        Commenter un dépôt de plainte exposant que la vente de ces solutions matérielles IT est coupable de tortures sur la population civile, je trouve ça très raccourcis et non fondé réellement. Comme dit d’après le communiqué officiel, cette vente s’est fait dans un cadre restreint d’écoute partielle entrant « dans les clous de la législation et de l’éthique ».

        Après, nous ne sommes pas nés de la dernière pluie. Moi aussi j’aimerai bien de la transparence sur ce dossier (et quelques autres…), mais personnellement, je pense que ce cas préçis n’est pas pire (voir même moindre) que d’autres dans des affaires similaires (le débat France-Afrique ou bien la Tunisie suffiraient déjà à faire couler beaucoup de pixels). EADS avec Cassidian ou Thalès sont peut-être plus malins (et discrets), mais d’autres solutions d’armement IT peuvent être critiquables dans ce sens.

        D’ailleurs pour finir, oui je suis d’accord avec vous concernant l’écart « armement/militaire » et « armement/civile ». Mais je pense que Amesys ou Dassault ne sont pas les seuls à avoir fournis des équipements à des gouvernements totalitaires.

        Mon premier commentaire était simplement : « y en a marre d’entendre polémiquer sur Amesys et Bull ». « La justice fera ses comptes si besoin est, en attendant, commenter les ventes d’Amesys en s’insurgeant sur le fait que oui, les régimes totalitaires sont des bon clients en sécurité, ne servent à rien ». Quoique, dans un sens, cela nuit peut-être à l’image pour l’opinion publique, mais c’est peut-être l’inverse pour les décideurs et « futurs clients ».

        1. Voyons vOAr,

          En fait vous attendez des journalistes qu’ils ne soient qu’une caisse de résonance. Au mieux (ou au pire, je vous laisse le choix), qu’il ne soient que factuels ou qu’ils republient les communiqués de presse des entreprises, des autorités, des partis politiques.

          La critique et le commentaire ne sont pas admis pour les journalistes. Seuls les blogueurs ont ce droit.

          Désolé, ce n’est pas ma conception du journalisme.

          Pour tout vous dire, a ma première lecture de la plainte de la FIDH, j’ai considéré qu’elle était mal anglée. Mais en consultant la personne du WSJ qui a visité le centre Amesys à Tripoli, j’ai revu mon jugement. Il y avait bien des dossiers d’opposants dans lesquels figuraient des mail et des chats. Vous suivez ?

          Le communiqué d’Amesys que vous citez ne peut pas dire autre chose que ce qu’il dit. Et il dit du caca de taureau. Une gadgetophrase habituelle.

          Mais je suis heureux d’apprendre que selon l’éthique d’Amesys/Bull, vendre un centre d’écoute global à un dictateur sanglant, connu pour cela depuis 40 ans, est éthique.

          Oui, d’autres fournisseurs d’armes électroniques vendues à des dictatures sont aussi coupables. Nous avons abordé plusieurs cas. Suivez OpSyria par exemple.

          Et nous allons continuer. Le Maroc peut-être. Ou d’autres contrats Amesys ?

          1. Petit oubli. La plainte de Sherpa est pour sa part anglée sur la base du raisonnement juridique que nous avions fait sur Reflets. C’est une autre approche. Pas idiote non plus.

          2. Rapidement, non je ne souhaite pas rentrer dans un débat de journalisme « objectif/subjectif ». Juste que souvent le web est truffé de reprise avec commentaire sans réel ajout à l’information de base. Habituelle, vos informations sont intéressantes voir utile et militante pour la liberté. Mais là, je n’ai pas trouvé.

            Attention mon intervention dans cet article ne me concerne que personnellement. Ce n’est en aucun cas celui de Bull/Amesys. ;)

            Au delà de jeter la pierre à Bull/Amesys, un débat pourrait s’ouvrir sur le contrôle des échanges avec des régimes non démocratiques (ou douteux). Ce genre de point de vue serait plus constructif il me semble et si Bull/Amesys peuvent servir de support à cette reflexion, alors tant mieux.

            En tout cas j’ai hâte de lire votre cadeau pour Bull ;)

          3. Le débat sur la vente de ces technologies a déjà été ouvert dans nos pages. Très tôt.

            Vous pouvez aussi consulter l’interview du patron de Qosmos en vidéo, qui pose ces questions.

            Notamment celle de classer ces technologies dans la même catégorie que les armes classiques.

            Nous avons aussi, très largement abordé le problème de la vente des armes classiques (à propos de la Libye).

            Nos articles partent souvent d’un fait d’actualité pour élargir sur un débat plus général. Même si nous ne le formulons pas toujours de manière très claire ou détaillée, nous le sous-entendons si fort, qu’il est impossible de le rater.

            Avez vous vraiment suivi nos articles, hors Bull/Amesys ?

          4. Non je le confesse, je lis régulièrement mais pas forcément dans les détails toujours. Et du haut de mon jeune âge, je ne vous lis pas depuis « des années ».

            Que ce sujet soit débattu par ailleurs, certes. Alors que cet exemple avec Amesys soit à nouveau un prétexte pour réouvrir le débat autour de ce thème. On ne peut pas que jeter la pierre à Amesys, enfin je pense.

          1. Une autre solution, pour « gagner des marchés à l’international » : vendre du DPI pour spotter les opposants ET fournir le centre de torture. Avec les tortionnaires bien entendu.

    2. Hum… quelle belle logique. Est-ce parce que « la vente de produits d’écoute du réseau a été faite dans un cadre maîtrisé, surveillé et sous l’accord des autorités » que vous pensez ce choix légitime ? N’y’at-il selon vous aucun acte amoral dans la vente de ces outils ? Je vous crois quand vous dites que vous êtes fier d’être bullien, si l’être revient à accepter les décisions de votre direction (si je lis bien entre les lignes)et à s’y assujétir. Votre soumission entraine-t-elle la disparition de votre libre arbitre ?
      Pour le reste, je vous mets au défi de trouver dans les nombreux articles de ce blog une seule trace de difamation.
      Bonne journée.

        1. J’espère bien ne pas en faire partie =)

          Ici c’est mon point de vue. Je ne défends pas corps et âme Bull/Amesys. Peut-être que de réels tords peuvent leur être imputés (et les erreurs d’un service d’une partie d’un grand groupe ne remet pas en cause l’intégrité de ce même groupe).

          Ce que je revendique ici, c’est qu’il est légitime de vendre ses produits, tout autant que les développer. S’une part pour la défense de son pays, et ailleurs vu la mondialisation des échanges.

          Maintenant comme dit dans le précédent commentaire, je pense que le véritable sujet est le contrôle de échanges militaires mondiaux. Finalement, la France permet-elle de fournir des moyens militaires aux forces étrangères ? Selon le contexte de la vente, le régime Libyen se rapprochait des gouvernements occidentaux.

          La question éthique est donc, je pense, plus à centrer sur l’armement en général plutôt que d’essayer d’enfoncer une boite en particulier. Mais ce n’est que mon avis, même s’il vous semble réducteur.

          1. Voir mon commentaire sur les articles de Reflets depuis sa création. Je pense que vous avez raté beaucoup d’épisodes.

            En outre, un groupe est responsable de ce que font ses filiales. Et doit l’assumer.

            Dans le cas Amesys, j’ai peine à croire qu’elle ait oeuvré dans son coin sans en parler à personne.

          2. Je débarque peut-être, mais dans le cas de la vente à la Libye, elle a eu lieu en 2009 et Bull a acheté Amesys (ou l’inverse d’ailleurs) en 2010.

          3. Kikoulol…

            Saviez-vous que dans le complexe installé par Amesys, il y avait un numéro de téléphone a appeler en France en cas de problème insoluble sur place ?

            Je crois que j’ai perdu assez de temps a argumenter. Bonne soirées, l’espace des commentaires vous appartient.

  2. @AlexB : je vais finir par croire que vous êtes ici en service commandé. Vous dites lire reflets régulièrement et vous sortez ceci :

    « Que ce sujet soit débattu par ailleurs, certes. Alors que cet exemple avec Amesys soit à nouveau un prétexte pour réouvrir le débat autour de ce thème. On ne peut pas que jeter la pierre à Amesys, enfin je pense »

    Vous êtes ridicule en disant cela. Est-ce que vous vous en rendez compte ?

    Il y a 596 articles sur Reflets. Imaginez le nombre d’entreprises dont nous avons parlé ici…

  3. Mais bon sang mais c’est bien sûr! C’est pour défendre la Patrie (mon Maréchal) qu’il fallait vendre de quoi mieux surveiller tout une population (et lutter contre elle) au dictateur lybien qui « se rapprochait des gouvernements occidentaux ».
    Ben oui. Des gouvernements. Pas des populations. Faut choisir son camp. La patrie et les dictateurs rapprochés, très peu pour moi.

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