BHL chef de gang ?

Etonnante déclaration lue sur le site d’Europe 1 :

« Mon site, La Règle du jeu , diffuse le message suivant : « Hackers de tous les pays, unissez-vous, continuez à hacker et bloquer les sites officiels de Ben Ali », le président tunisien, a lancé, jeudi dans Europe 1 Soir, Bernard Henri-Lévy ajoutant : « L’attitude de la France vis-à-vis de la situation en Tunisie est indigne ».

Si cet appel est réel (pas vu sur le site de Bernard Henri-Levy), il est assez intéressant. Le philosophe lancerait ainsi un appel public pour que des petites mains réalisent une action durement réprimée par le code pénal Français :

Article 323-1

Le fait d’accéder ou de se maintenir, frauduleusement, dans tout ou partie d’un système de traitement automatisé de données est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30000 euros d’amende.

Lorsqu’il en est résulté soit la suppression ou la modification de données contenues dans le système, soit une altération du fonctionnement de ce système, la peine est de trois ans d’emprisonnement et de 45000 euros d’amende.

Article 323-2
Le fait d’entraver ou de fausser le fonctionnement d’un système de traitement automatisé de données est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende.

Article 323-3

Le fait d’introduire frauduleusement des données dans un système de traitement automatisé ou de supprimer ou de modifier frauduleusement les données qu’il contient est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende.

Article 323-4
La participation à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’une ou de plusieurs des infractions prévues par les articles 323-1 à 323-3-1 est punie des peines prévues pour l’infraction elle-même ou pour l’infraction la plus sévèrement réprimée.

Article 323-5

Les personnes physiques coupables des délits prévus au présent chapitre encourent également les peines complémentaires suivantes :

1° L’interdiction, pour une durée de cinq ans au plus, des droits civiques, civils et de famille, suivant les modalités de l’article 131-26 ;

2° L’interdiction, pour une durée de cinq ans au plus, d’exercer une fonction publique ou d’exercer l’activité professionnelle ou sociale dans l’exercice de laquelle ou à l’occasion de laquelle l’infraction a été commise ;

3° La confiscation de la chose qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le produit, à l’exception des objets susceptibles de restitution;

4° La fermeture, pour une durée de cinq ans au plus, des établissements ou de l’un ou de plusieurs des établissements de l’entreprise ayant servi à commettre les faits incriminés ;

5° L’exclusion, pour une durée de cinq ans au plus, des marchés publics ;

6° L’interdiction, pour une durée de cinq ans au plus, d’émettre des chèques autres que ceux qui permettent le retrait de fonds par le tireur auprès du tiré ou ceux qui sont certifiés ;

7° L’affichage ou la diffusion de la décision prononcée dans les conditions prévues par l’article 131-35.

Indignons-nous, disait Stéphane Hessel. Fort bien. Les événements en Tunisie sont un vrai bon sujet d’indignation. On peut même peut-être imaginer que dans de tels cas, la désobéissance civile est justifiée, un piratage des serveurs Tunisiens pouvant être envisagé.

Toutefois, dans ce cas, si c’est l’opinion du Philosophe, qu’il n’hésite pas à assumer lui-même les risques juridiques au lieu d’appeler des script kiddiots à se mettre dans une situation dont ils ne mesurent pas les répercussions possibles. N’oublions pas que notre ministre des affaires étrangères, MAM, est prête à envoyer la police anti-émeutes française en Tunisie. C’est dire si l’attaque des serveurs Tunisiens pourrait être mal perçue par les autorités françaises…

En outre, BHL, qui a une parfaite maîtrise des nouvelles technologies, n’est pas sans savoir que lorsque l’on génère un DDoS sur une partie du réseau d’un pays, on a toutes les chances de pénaliser du même coup les utilisateurs légitimes, en l’espèce, les démocrates tunisiens qui tentent tant bien que mal de faire sortir l’information sur ce qui se passe en Tunisie, en utilisant Internet.

Moralité de cette histoire ?  Avoir une chemise ouverte et les cheveux dans le vent ne rend pas plus intelligent.

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


7 thoughts on “BHL chef de gang ?”

  1. De la même façon quand on manifeste on bloque la circulation dans un ville…

    Pas si sur que BHL ait « une parfaite maîtrise des nouvelles technologies », et, quand bien même, je trouve son point de vue pas si idiot.

    Les Ddos ne sont pas la meilleure méthode, nous sommes d’accord. Cela ne sert peut être même a rien. Mais, il n’empêche que c’est un moyen d’attirer l’attention, de gener, de montrer son désaccord.
    Une manif’ virtuelle en somme, ni plus ni moins. Non ?

    1. C’est une façon de manifester. Mais peut-être pas la plus maligne. Notamment parce qu’elle pénalise tout le monde et qu’en plus, une fois terminée, il n’en reste… Rien.

      Prendre la plume, argumenter, donner des clefs de lecture, c’est mieux. A mon sens. Parce qu’une fois en ligne, ça reste.

      Généralement, les dictateurs n’aiment pas les mots. Encore moins quand ils sont affiché là où ils ne peuvent pas les enlever.

      1. le ddos n’est pas un solution pdt un période de révolution.cf : coupure totale de l’Égypte.

        « hacker et bloquer les sites officiels de Ben Ali” » ne veut pourtant pas dire obligatoirement ddos.
        On peut très bien mettre a mal un site web officiel qui sert juste de propagande ;ca ne fait pas de mal.
        On peut le cracker pour diffuser un autre message.

        « Hackers de tous les pays, unissez-vous »
        C’est pas de sa faute si des script kiddies se croivent Hackers .tout le monde est responsable de ses actes(+/-),les script kiddies n’en sont pas exclus.

        Moi ,je dirai ,gg BHL.
        Gouvernement Francais ,pas gg…

  2. C’est bien de citer la loi, mais il faut pas en oublier.
    Il y en a une encore plus importante, qui s’appelle la Constitution, dans laquelle la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 dit :

    Article II
    Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.

    http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/constitution.asp#declaration

    « résistance à l’oppression »…

    cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Désobéissance_civile

    Bien sûr nous ne sommes pas oppressés directement, mais on pourrait aussi arguer que c’est de la non assistance à personne en danger que de laisser faire ce qui se passe en Egypte.

  3. BHL ne prend aucun risque en demandant de hacker les sites de Ben Ali. Qu’il fasse la même chose avec des dictateurs en place, ce n’est pas le choix qui manque …

    La révolution Tunisienne c’est déjà du passé, la révolution Tunisienne n’a pas eu besoin de BHL (Dieu merci ils ont échappé à ça). Qu’il parle plutôt des exactions d’Israël vis à vis des palestiniens, et de Moubarak, l’ami qu’Israël soutiendra jusqu’au bout (ce matin encore), ce serait déjà plus en phase avec l’actualité et nettement plus courageux.

    Ce BHL … J’ai honte quand j’observe les honneurs et la place médiatique que la France lui réserve, quand je vois son manque de courage et de dignité. D’autres « intellectuels » officiels du même acabit me donnent souvent cette sensation pénible, mais lui les surpasse tous, avec lui ce n’est plus de la honte mais de la pitié que j’éprouve pour nos lettres, et une envie de vomir tant l’esprit des lumières est loin, loin, loin.

    Quand BHL s’est-il indigné la dernière fois, lors d’une visite en France de Ben Ali ?

    Indignez-vous oui, mais pas à la façon d’un BHL.

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