Attention la Banque Centrale Européenne va nous relancer l’économie en deux coups de cuillère à pot

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Ce n’est pas aussi vendeur que Roland-Garros ou la coupe du monde de fouteballe, mais il s’est passé un truc intéressant ces derniers jours. La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé quelques petites choses pour nous relancer une économie atone et éviter une trop faible inflation. Super Mario Draghi, le président de la BCE a par exemple annoncé une nouvelle baisse des taux :

In pursuing our price stability mandate, today we decided on a combination of measures to provide additional monetary policy accommodation and to support lending to the real economy. This package includes further reductions in the key ECB interest rates, targeted longer-term refinancing operations, preparatory work related to outright purchases of asset-backed securities and a prolongation of fixed rate, full allotment tender procedures. In addition, we have decided to suspend the weekly fine-tuning operation sterilising the liquidity injected under the Securities Markets Programme.

Sur le papier, et c’est ce que vous avez pu lire ici ou là, c’est très intéressant. Les taux n’ont jamais été aussi bas, donc l’argent va couler à flots, notamment vers « l’économie réelle », les entreprises. Bref, de la relance à tout va. Et si relance il y a, le chômage devrait baisser. De plus, pas fou, Mario Draghi a pris ses précautions. Pas question de laisser les institutions financières profiter à nouveau de cette manne d’argent quasi gratuit. Cela aussi, vous l’avez sans doute lu, les banques devront prêter à l’économie réelle au moins 30% de ce qu’elles emprunteront à taux bas auprès de la banque centrale.

Sur le papier, tout est parfait. Dans la réalité, en revanche…

Première annonce, le taux directeur passe à 0,15% :

First, we decided to lower the interest rate on the main refinancing operations of the Eurosystem by 10 basis points to 0.15%

Quant aux fonds que les banques voudraient laisser en dépôt auprès de la BCE, on passe à des taux négatifs :

The rate on the deposit facility was lowered by 10 basis points to -0.10%.

Une bonne idée, sur le papier, pour éviter que les banques ne laissent dormir leurs liquidités et se sentent obligées de le prêter pour obtenir, cette fois, des taux positifs.

Pour cela, il faudrait que la demande de crédit soit forte dans l’UE. Ce qui n’est pas certain. Les entreprises ayant tendance à puiser dans leurs réserves par prudence eu égard au contexte économique et à leurs perspectives de chiffre d’affaires (en chute libre).

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Il faudrait aussi que les entités économiques voulant emprunter soient solides, dans l’esprit des banques. Plus solides que la BCE ou d’autres produits financiers. Or, comme nous l’avons écrit, les taux négatifs et leur attrait, parfois, de la part des institutions financières en disent long sur l’état d’esprit des acteurs de la finance vis-à-vis du reste de l’économie.

L’expérience menée au Danemark des taux négatifs est peu concluante. Dans la réalité, les institutions financières peuvent penser que leurs fonds sont plus en « sécurité » à la BCE qu’ailleurs. En outre, les revenus générés par des placements ailleurs (dette souveraine par exemple, mais pas seulement) peuvent « compenser » les taux négatifs sans pour autant que l’argent soit investi dans « l’économie réelle ».

Siouuuuplaît, pour rester propre…

Les institutions financières sont d’une inventivité sans égal pour créer des bulles (sinon, comment faire de gros bénéfices ?) et venir pleurer misère quand la bulle éclate.

Seul secteur économique qui échappe aux règles du capitalisme, le secteur financier gagne quand il gagne et … gagne quand il perd. Il lui suffit pour cela d’invoquer son mantra magique :

« Risque systémique« .

En d’autres termes, après avoir fait plonger dans une crise noire toute la planète et surtout « l’économie réelle », avec son cortège de chômeurs et d’expulsés, la finance se tourne vers les politiques et évoque le risque d’écoulement complet du secteur. Donnez-nous de l’argent où nous entraînons tout le monde dans notre chute. Et ça marche…

Après 2008 et les subprimes, après la crise de la dette souveraine,  le secteur de la finance a obtenu de l’argent quasi gratuit de la part des banques centrales, qu’il a réinvesti dans le High Frequency trading et dans la dette souveraine, générant de confortables bénéfices.

Parmi le lot de décisions de la BCE, il y a la même blague…

Un nouveau LTRO (Long term refinancing operations) permettra aux banques de s’abreuver à la fontaine désormais habituelle (initiée par la Réserve fédérale) de l’argent facile. Avec les risques évidents, déjà connus de crise à venir, de marchés actions à des niveaux improbables…

Dans les jours qui ont suivi, les décisions de la BCE ont fait un flop en termes d’objectifs. Toutefois, on note deux événements comiques. Le rendement de la dette souveraine de l’Irlande et de l’Espagne est passé sous celui des Etats-Unis. Sur le papier, on pourrait en conclure que les économies de ces deux pays sont tout à coup en meilleur état (ce papier serait moins anxiogène) que celle des Etats-Unis. Dans la réalité, en revanche…

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Auteur: Antoine Champagne - kitetoa

Dinosaure du Net, journaliste à ses heures. A commis deux trois trucs (Kitetoa.com, Aporismes.com et Reflets.info).


14 thoughts on “Attention la Banque Centrale Européenne va nous relancer l’économie en deux coups de cuillère à pot”

  1. J’ai rien compris !!
    Déjà, comment on peu prêter du fric à un taux négatif ?
    Si je prête 100 avec un taux de 5%, on me devra 105, ça c’est bon ?
    Mais si je prête avec un taux de -5% on me devra 95 ?
    C’est juste ?
    C’est complétement con ! Celui qui prête sait déjà qu’il ne rentrera jamais dans ses frais !

    1. :D
      oui, vous calculez bien.

      l’idée est que si les banques perdent de l’argent en plaçant ces fonds à des taux négatifs, elles prêteront au lieu de « sécuriser » ces fonds auprès de la BCE, histoire d’obtenir un rendement positif.

      Mais si vous avez suivi le lien que j’ai mis dans l’article, il arrive que tout autre investissement paraissant très incertain à un banquier, celui-ci préfère investir dans un placement non rentable, mais sûr.

      Etonnant, non ?

      1. Dit autrement:

        Pour un banquier, il est peut-être plus « sur » de prêter 100 à -5% en étant sur de toucher 95 à la fin du prêt, que de prêter à 10% en courant le risque, même minime, de perdre 100.

        Ce qui me gêne dans cette histoire, c’est que le métier de banquier, justement, c’est de prendre ce risque: C’est même pour ça qu’on verse des intérêts aux banques, c’est pour les « payer » de prendre ce risque (et dans certains pays le taux est directement proportionnel au risque d’impayé, alors que c’est pas trop le cas chez nous: En France les taux d’emprunt sont assez stable, simplement la banque prête pas du tout si elle détecte un risque – c’est ce qui nous fait dire « les banques ne prêtent qu’aux riches » , et ce qui complique fortement la vie des primo-accédant à la propriété.

        Donc là, les banques veulent les intérêts sans le risque de perte associé. C’est ça qui ne vas pas, en fait.

        1. J’analyse les commentaires et surtout les ‘Likes’. Vous affirmez avec aplomb, chiffre à l’appui et c’est apparemment vendeur.

          Pourtant votre réponse est biaisée car la banque ne fonctionne pas de cette manière. En très gros résumé, aussi hallucinant qu’il soit, la banque n’a quasi pas d’argent et elle prête jamais le sien, elle emprunte a un taux plus bas que celui qu’elle vous propose et n’encaisse que la différence a plus ou moins long terme.

          Et tout ce mécanisme lui ‘octroie’ le droit de créer d’autre prêt. Je simplifie à l’extrême mais tout ça pour dire que votre hypothèse de base est subjective car la banque ne prête pas plus aux riches par volonté d’embêter les moins riches.

          Elle prête aux gens qui sont les mieux placés pour rembourser une dette. Souvent ils sont riches, certes, mais c’est très différent.

          Si vous avez un projet rentable ‘bancairement’ parlant, même sans un centime d’apport vous pourriez obtenir un prêt de plusieurs centaines de milliers ou million d’euros ! (Faudra être très bon !)

          Enfin, vous dites que la banque devrait prendre plus de risque. Mais prenons l’hypothèse où vous êtes proprio d’un appartement dont le crédit vous coute 1500€/mois. Vous louez à 1900€/mois. Vous avez de nombreuses demandes, en toute sincérité, choisissez-vous celui qui va galérer pour payer votre dette ?

          Admettons que vous êtes un véritable altruiste (mais vous n’auriez pas un appartement a louer !?) et vous prenez le moins riche et au bout de quelques temps il est en cessation de paiement… Que faites vous ? La banque continue de vous prélever… Et bien, tôt ou tard vous vous comporterez comme la banque que vous méprisez ou vous perdrez petit a petit votre bien !

          Et imaginez que votre locataire vous dises, mais monsieur, je paye cher votre loyer, cela inclue le risque que je ne paye pas !? Trouvez-vous cela toujours aussi logique si on parle de votre argent bien à vous ? Vous mourrez d’envie de me dire que c’est pas pareil ! Dans la forme peut-être mais dans le fond c’est la même chose. Prenons alors votre ‘partenariat’ avec la banque. Elle vous a octroyé un prêt pour votre appart, altruiste mais prudent vous avez insisté pour un taux fixe. Comment imaginez-vous que la banque puisse vous garantir cela ? Et bien en ‘exigeant’ ce taux fixe, vous dites indirectement à la banque, n’ayez aucun état d’âmes avec les entreprises dont vous possédez des actions (je simplifie aussi). Et oui vous êtes un actionnaire indirect ! Un pas gentil prêt à tout pour protéger son taux fixe… Comme la banque et finalement comme tout le monde !

          Et bien pourtant, votre commentaire était vendeur, car ils donnent au lecteur sa ration de lynchage, et partout où je traine sur les forums je vois la même chose. Des Likes de ‘passion’ et je tente de corréler tout cela sur le comportement de vote lors d’élections. Et bien j’arrive a des courbes très similaires. Et c’est flippant de voir comment il est facile de manipuler les masses !

          Et pour finir j’adore le commentaire de ’emma Indoril’ qui trouve que c’est ‘con’ comme investissement. Pourtant elle juge un système qu’elle ne comprend pas a priori. Quelle est sa perception des placements ? Croit-elle que si elle met 100€ sous l’oreiller le lendemain elle trouvera un billet de 100€ et qu’il aura toujours la même valeur… ? Et non ! Et justement dans certains contexte un placement ‘négatif’ peut s’avérer moins pire qu’un rendement nulle risqué. Pour fixer les idées, j’ai 100K€ placés en négatif, chaque mois je perd par exemple environ 500€. Si je veux un rendement nulle ou à peine supérieur on me propose de prendre le risque de perdre beaucoup (insolvabilité) pour un gain de quelques centaines d’euros par an. Si mes prédictions m’amènent à penser que d’ici deux ans la reprise me permettra de couvrir mes 500€x24mois de perte en placement négatif, ce sera une très bonne opération. Et si il n’y a pas de reprise, ce sera un moindre mal aussi comparé a faire face aux insolvables. Donc c’est loin d’être con, les banquier ont tous les défauts du monde mais ils n’investissent jamais en ‘con’. (y a des fous certes, c’est autres choses)

          J’arrête ici et je continue mes stats sur le prochain blog.
          Bonne continuation

          Note: j’ai un ton parfois ‘jugeur’ c’est fait exprès^^, je respecte l’avis de chacun même si concrètement je suis souvent le seul a être d’accord avec moi-même^^. C’est justement l’objet de ma nouvelle thèse. ‘Avoir ‘mathématiquement’ raison est le meilleur moyen pour ne pas être suivi/écouté par la masse, pourquoi ?’ Tout simplement parce que votre cerveau pré-modélise une réalité et il n’aime pas que votre conscience arrogante vienne lui dire qu’il se trompe peut-être. Je développe les outils pour mesurer cela très précisément afin de pouvoir vérifier le degré d’objectivité en milieu potentiellement ‘manipulé’…

          1. BOnjour,

            « J’analyse les commentaires et surtout les ‘Likes’. Vous affirmez avec aplomb, chiffre à l’appui et c’est apparemment vendeur »

            Oui enfin il y a 9 « likes », hein, c’est pas l’apothéose non plus.
            Ensuite, je n’avait pas la prétention d’affirmer, mais tout au plus de donner un exemple. C’est à ça que servent les commentaires, à induire la discussion. La preuve que ça a marché !

            « En très gros résumé, aussi hallucinant qu’il soit, la banque n’a quasi pas d’argent et elle prête jamais le sien, elle emprunte a un taux plus bas que celui qu’elle vous propose et n’encaisse que la différence a plus ou moins long terme »

            Ca , c’est effectivement très intéressant. Ca rejoint en partie le « problème » posé par le système des réserves fractionnaires, qui détache (à mon sens) la monnaie de la réalité économique, notamment par des comportements extrêmes.

            Ca démontre aussi la complexité du système bancaire: On ne peux gérer ce que l’on ne comprends pas.

            « Elle prête aux gens qui sont les mieux placés pour rembourser une dette. Souvent ils sont riches, certes, mais c’est très différent.

            Si vous avez un projet rentable ‘bancairement’ parlant, même sans un centime d’apport vous pourriez obtenir un prêt de plusieurs centaines de milliers ou million d’euros ! »

            Bon alors, dit autrement, il manque un mécanisme alternatif et efficace pour « remplacer » les banques auprès des moins riches ou (dans mon exemple) des primo-accédants.

            Sinon, ça abouti exactement à ce qu’on constate aujourd’hui (que ce soit la « faute » des banques ou pas): La concentration de tout le pouvoir d’achat dans les mains d’une poignée, et le ralentissement économique qui s’en suis (Car même les plus riches n’achètent pas les 1000 véhicules qui auraient été vendu à 1000 personnes sinon)

            « Mais prenons l’hypothèse où vous êtes proprio d’un appartement dont le crédit vous coute 1500€/mois. Vous louez à 1900€/mois. Vous avez de nombreuses demandes, en toute sincérité, choisissez-vous celui qui va galérer pour payer votre dette ?  »

            Votre comparaison est biaisé: Déjà, incluont en plus de ces 1500€/mois de crédit les charges fixes de l’appart (taxes, entretien, …): 1600€ devient ainsi la somme *totale* mensuelle que coûte l’appart.

            La question devient alors: Est-ce qu’il est préférable d’accepter un loyer à 1601€ à un fonctionnaire, ou bien un loyer de 1900€ à un CDD chez un sous-traitant de Bouygues Télécom.

            Ca, c’est la rémunération du risque: Est-ce que vous choisissez le profit de 300€/mois, ou le placement sur ?

            En pratique, si vous tombez sur un fonctionnaire qui accepte à 1900€/mois, bah vous êtes rémunéré « gratuitement ».

            « Et imaginez que votre locataire vous dises, mais monsieur, je paye cher votre loyer, cela inclue le risque que je ne paye pas !?  »

            Heu….. mais justement, c’est le cas !!! :
            Il y a des règles, justement, et les histoires sont légions à ce sujet: Il y a la trève hivernale, il existe des assurances (qui , elles, moyennant une rémunération supportent le risque à votre place), …
            Donc, oui: Quand on loue il y a un risque, et quelqu’un le prends, si c’est pas vous, c’est un tiers rémunéré pour ça.

            Pour terminer, placer à un taux négatif on le fait tous: Ça s’appelle un compte courant. (Puisqu’on accepte de payer les frais bancaires annuels en échange de la garantie de retrouver son argent à la fin de l’année).

            « Note: j’ai un ton parfois ‘jugeur’ c’est fait exprès^^, je respecte l’avis de chacun même si concrètement je suis souvent le seul a être d’accord avec moi-même^^. C’est justement l’objet de ma nouvelle thèse. ‘Avoir ‘mathématiquement’ raison est le meilleur moyen pour ne pas être suivi/écouté par la masse, pourquoi ?’ Tout simplement parce que votre cerveau pré-modélise une réalité et il n’aime pas que votre conscience arrogante vienne lui dire qu’il se trompe peut-être. Je développe les outils pour mesurer cela très précisément afin de pouvoir vérifier le degré d’objectivité en milieu potentiellement ‘manipulé’… »

            Alors que vous, avec votre ton condescendant, vous êtes tellement supérieur à la populace qui se traîne à vos pieds, c’est ça ?
            Bel esprit, cher monsieur, n’hésitez pas à revenir nous abreuver de votre connaissance, nous la masse grouillante.
            N’oubliez pas d’appliquer à vous même les outils que vous développez: Si ils donnent un degré d’objectivité de 100% nous sauront ce qu’il en est….

      2. Sauf erreur de ma part, le principal émetteur de titres obligataires (dette souveraine) à taux négatif en Europe est l’Allemagne. Elle ne semble pourtant pas avoir de gros problèmes pour écouler ses titres et attirer les investisseurs.

        Est-ce que la BCE aurait quelque raison de favoriser un état en particulier ? Ou peut-être un « modèle » économique ?

        1. Sauf erreur, l’Allemagne est le pays européen qui a le plus de réserve en or et est donc très « solvable ». D’où le succès des titres du trésor Allemand.

          Après, la finance est loin d’être ma spécialité…

    1. Nop pas trop, l’argent dette est celui crée ex-nihilo quand tu vas faire un pret à ta banque. Mais l’argent qui constitue les reserves fractionnaires que les banques ont l’obligation de mettre à la BCE est du fiduciaire.

      (qu’on me corrige si je me trompe svp :) )

  2. Ces mesures font quand même très désespérées … j’ai de plus en plus l’impression que le systemee financier arrive en bout de souffle, on lui fait des piqueres d’adré acev des mesures comme celles-ci mais bon ca va empecher pendant combiezn de temps de tomber dans le coma?
    –> Une petite estimation messieurs?

    Ca ma fait penser à la mesure our rouler sur les bande d’arret d’urgence, quand on a pas les fonds pour renouveller les infrastructures, on pousse les murs.

  3. Si j’ai bien compris, le risque systémique existe et la décision de sauver les banques capables d’entraîner la totalité de la finance interconnectée (et donc de l’économie) dans leur chute n’est remise en question par aucun analyste sérieux.

    Par contre il n’y a strictement aucune justification autre qu’idéologique (« on ne va quand même pas laisser les gueux acquérir un pouvoir financier, qui sait ce qu’ils pourraient en faire ») pour que les banques ainsi sauvées par l’argent public ne soient pas en même temps nationalisées…

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