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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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Édito
par Yovan Menkevick

Vous reprendrez bien un doigt d'agitateur français d'extrême droite ?

Comment être d'extrême droite ? Qu'est-ce qu'être un agitateur ? Est-il possible de participer à de nouvelles formes de fascismes sans même le savoir ? Toutes ces questions peuvent trouver une réponse adéquate en se penchant sur le berceau des deux agitateurs français d'extrême droite les plus médiatisés en 2014 : Dieudonné M'bala M'bala et Alain Soral. Ils ont signé au FN Ce premier élément est important : pour être d'extrême droite il faut aller dans un parti d'extrême droite.

Comment être d'extrême droite ? Qu'est-ce qu'être un agitateur ? Est-il possible de participer à de nouvelles formes de fascismes sans même le savoir ? Toutes ces questions peuvent trouver une réponse adéquate en se penchant sur le berceau des deux agitateurs français d'extrême droite les plus médiatisés en 2014 : Dieudonné M'bala M'bala et Alain Soral.

Ils ont signé au FN

Ce premier élément est important : pour être d'extrême droite il faut aller dans un parti d'extrême droite. Le FN est tout désigné, puisqu'il est le seul des partis d'extrême droite à participer aux élections (ou presque, comme nous le verrons plus loin). Le agitateur comique antisémite antisioniste, Dieudonné, compositeur de "Shoah Nanas", a soutenu Bruno Goldnish. Alain Soral a milité chez les Le Pen devenant membre du comité central du FN, puis a créé sa propre structure nationalo-populiste : Egalité et Réconciliation. Les deux agitateurs ont donc adhéré à un parti d'extrême droite, le FN, à ses valeurs, son programme, puis ont continué d'agiter les foules avec leur propre parti : le fameux parti antisioniste créé en 2005, pour les élections européennes.

"(…)Dès lors associés les deux hommes vont se rapprocher du Front national et développer ensemble leur « antisionisme », créer ensemble une liste « antisioniste » lors des élections européennes, allant jusqu'à soutenir l'Iran, le Hezbollah libanais, et Bachar el-Assad en Syrie, comme en témoigne nombre de documents sur le site de Soral (égalité et réconciliation) par exemple lorsqu'il se fait le relai du discours du Hezbollah dans cet article parmi de nombreux autres en soutien à ce courant.

Le 11 novembre 2006, Dieudonné se rend à la Fête des Bleu-blanc-rouge du FN au Bourget et y rencontre Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch. Cette visite, comprise comme un rapprochement avec l’extrême droite est largement répercutée par les médias qui évoquent l’entourage frontiste de Dieudonné. Dieudonné s’exprimera à plusieurs reprises sur cette visite, déclarant s’inscrire dans une démarche de dédiabolisation et être sensible à « la main tendue [par Jean-Marie Le Pen] aux Français d’origines étrangères et plus particulièrement aux Français d’origine africaine ». (wikipedia, Dieudonné)

Gollnish, habitué de la contestation de crime contre l'humanité est trainé en justice en 2004. Dieudonné le soutient alors. Dieudonné dévoile donc son adhésion aux thèses révisionnistes et sa proximité avec le premier parti d'extrême droite français à cette époque et fait un pas encore plus important vers la famille Le Pen, en 2008, en demandant à Jean-Marie Le Pen d'être le parrain de sa troisième fille.

L'extrême droite française : ces grands rebelles

Revenir sur le mouvement Occident, puis son successeur, le GUD, serait un peu long et fastidieux, mais rien n'empêche le lecteur d'aller se documenter sur leurs figures historiques, leurs "opérations coup de poing", leur jeunesse rebelle et leurs revendications politiques. L'intérêt de comprendre et d'étudier un peu l'historique de ces groupes est surtout "philosophique" : ces mouvements se veulent révolutionnaires. Ils luttent contre le système. Comme Dieudonné, aidé de sa quenelle ("qu'il aurait bien voulu enfiler dans le fion du sionisme"). La jeunesse qui soutient ces mouvements d'extrême droite est le plus souvent "rebelle" (tout du moins elle se revendique comme telle). A l'époque d'Occident, elle en voulait au Général, haïssait les trotskistes, voulait défendre la nation contre le judéo-bolchévisme. Aujourd'hui, elle en veut à Hollande comme à Sarkozy et voue une haine au "système judéo-maçonnique" de manière toute similaire. Sans même s'apercevoir qu'elle participe à un mouvement d'extrême droite, ou soutient un courant de pensée nationalo-populiste antisémite, ce qui est encore plus fort en termes politiques, mais bien plus pernicieux.

Les soraliens et la dieudosphère

Ces deux là font bien la paire : ils se présentent sous la même bannière politique antisionniste, organisent leur insolvabilité tout en affichant une très grande présence sur le web. Soral a été longtemps au RSA et s'en vantait en vidéo, et Dieudonné…n'a pas assez de revenus pour contribuer à l'effort national puisqu'il est insolvable. Pourtant, leur présence, leur pensée, leur parole, arrivent à s'infiltrer un peu partout.

Tout le machiavélisme de la démarche soralo-dieudonnienne est de mêler une analyse politique à gauche de la gauche, sur des sujets préoccupants, comme la construction européenne, la confiscation de l'espace démocratique, l'oligarchie capitaliste néo-libérale, l'impérialisme américain et européen, etc… Leurs dénonciations, constats, sont ceux de l'extrême gauche depuis longtemps. Mais à partir de ces constats, de ces revendications, les deux compères braquent leur guidon vers les théories et les valeurs des fascistes.

Oui, des fascistes : avec comme combat principal, l'antisionisme, terme fourre-tout (pour de nombreux citoyens) mais politiquement correct (vis-vis de la loi), pour accuser de complot, un peuple et sa religion, de tous les maux : les Juifs. Et c'est là où le piège est vaste et que chacun se doit d'être fortement concentré. Parce que les répercussions des engagements de chacun dans l'adhésion ou au contraire, dans l'opposition à ces idées, seront bien plus importantes que quelques ban d'ip. Vouloir se dédouaner d'antisémitisme sous couvert d'antisionisme n'est pas un exercice sans risques.

Antisémitisme fasciste et politique d'Israël

Les mots ont un sens. Se cacher derrière un mot qui voudrait tout résumer pour annuler ce qu'il peut sous-tendre, est dangereux. L'antisionisme est de ceux-là, particulièrement avec Soral et Dieudonné. Savoir que se revendiquer antisioniste est légal alors qu'être antisémite ne l'est pas, est jouer sur une limite. Surtout quand on a frayé dans le plus grand parti d'extrême droite français. Surtout quand on soutient un historien négationniste qui tente pitoyablement de prouver l'inexistence des chambres à gaz, et par là-même, l'innocence du régime nazi, pour invalider l'holocauste, c'est-à-dire la planification froide et méthodique de la destruction de millions d'innocents. S'en prendre au sionisme, qui est une idéologie politique, est légal, donc.

Attaquer une idéologie politique, le sionisme, pour basculer dans la xénophobie fasciste en est une autre. Critiquer la politique d'Israël est absolument normal. Vouloir démontrer que "les appareils politiques, économiques, médiatiques mondiaux sont aux mains des juifs" en est une autre. Surtout quand on en vient à humoriser en chanson sur l'extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale ou regretter, à propos d'un journaliste au nom juif, que "les fours ne soient plus en marche". Rien ne peut venir justifier de tels dérapages xénophobes fascistes. Rien. Ou alors si : la prison. Parce que le fascisme est interdit. Non ? Si ? Voyons voir ce qu'il peut se passer au cas où le fascisme deviendrait "acceptable"…

Accepter l'inacceptable, c'est la mort de la démocratie

Ce que nous a enseigné l'histoire c'est que dans les moments difficiles, de grande tension, de grande difficulté, il faut rester vigilants. Ne pas être faible, ne pas laisser la haine et la zizanie entre les citoyens prendre le dessus. Les démocraties des années 30 ont laissé les fascismes croitre, par faiblesse. Elles ont failli en mourir. La limite entre démocratie, liberté et autorité est souvent difficile à trouver, mais que faire, en réalité contre ceux qui veulent détruire la liberté ? La haine du juif de Dieudonné, Soral et autres fascistes modernes, pourrait être celle de l'Arabe, de l'Africain, du Rom. Leur message serait toujours inacceptable, leur volonté de détruire la cohésion sociale serait la même.

Parce que si la liberté d'expression doit tout garantir, même la possibilité de tenir des propos fascistes, il pourrait donc y avoir des spectacles qui regrettent les machettes pour certains Rwandais, on pourrait faire chanter une chanson "Rwanda-dada" au public pour se moquer du génocide rwandais ? Interdire ces spectacles par avance n'est pas acceptable, mais ne rien faire contre le fascisme xénophobe qu'ils contiennent ne l'est pas non plus. Les xénophobes doivent être condamnés, parce que leur idéologie n'est pas compatible avec celle du vivre ensemble de sociétés qui ont fait le choix de faire cohabiter les différences humaines. Et si rien n'est fait pour stopper les xénophobes dans leur quête frénétique pour attiser les haines, c'est la liberté de tous qui en pâtira, puisque le peu de démocratie qui reste n'aurait même plus la force de combattre ce qui tente de la détruire.

A moins que dans cette époque hyper-connectée de relativisme général et d'incompréhension politique frisant l'hystérie, les mots du fascisme soient plus respectables que la liberté qu'ils veulent écraser ?

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