Violences policières : faut-il abolir la police ?
Partie 3 - sortir du statu quo
Violences policières systémiques, militarisation des forces de l’ordre, octroi de pouvoirs exceptionnels et défaillances des mécanismes de contrôle : ces réalités politiques témoignent d’une véritable « sacralisation » de l’institution policière. La légitimité, la proportionnalité, la redevabilité semblent devenir des principes abstraits, vidés de leur substance. Dès lors, une question s’impose : que faire de la police ?
Les sciences politiques s’attachent à proposer une analyse approfondie du rôle de la police dans l’État de droit, la démocratie et la gestion des rapports de force qui structurent la société. La police y est souvent pensée comme l’instrument par lequel l’État détient et exerce le monopole de la violence légitime, pour reprendre la formulation de Max Weber. Toutefois, ces analyses aboutissent fréquemment à un constat de complexité tel, qu’il tend, de facto, à être mobilisé comme un argument en faveur du statu quo : la situation est présentée comme tellement multifactorielle que la théorisation même d’un changement profond des rapports entre police et population en devient presque inconcevable.
Dans cette perspective, la police apparaît comme un instrument central du maintien d’un ordre social et politique pyramidal. Elle participe à la reproduction d’un système étroitement articulé au capitalisme contemporain et à la suprématie blanche, dont la stabilité serait présentée comme menacée si, au lieu d’accroître les pouvoirs policiers, on renforçait réellement leur redevabilité. Loin d’être un simple organe technique, une partie de la chaîne judiciaire, l’institution policière est un acteur politique à part entière, impliqué dans la gestion différentielle des populations et dans la régulation coercitive des inégalités sociales.
Héritière d’une histoire coloniale et d’un « contrat racial » toujours opérant, cette...