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par Jacques Duplessy

Varian Omicron : bientôt tous positifs ?

La barre des 100.000 cas par jours de Covid 19 pourrait être franchie après Noël

L'explosion du nombre de cas pourrait provoquer une désorganisation du pays. Et la question de la virulence du virus qui entraînerait une nouvelle vague d'hospitalisations reste en suspens. Les épidémiologistes Catherine Hill et Antoine Flahaut livrent leur analyse.

Le coronavirus - © Reflets

Une chose est certaine, le nouveau variant Omicron est beaucoup plus transmissible, selon les épidémiologistes que Reflets a interrogé. Le R0, le taux de reproduction du virus initial, est « supérieur à 10 », selon le Pr Antoine Flahaut, épidémiologiste et professeur de santé publique à l'université de Genève, contre 6 pour le variant Delta. L’explosion des contaminations est telle qu’il n’est « pas impossible » que nous soyons tous positifs dans les semaines qui viennent, selon lui.

« La France reçoit la vague Omicron avec quinze jours de décalage par rapport au Royaume-Uni et au Danemark, avec une force qui semble tout à fait similaire », analyse Antoine Flahaut. Les 100.000 cas sur une journée devraient être atteint la semaine prochaine et en cas moyennés sur la semaine juste après le nouvel an, selon ses projections.

Un avis partagé par sa consœur Catherine Hill qui reproche une mauvaise évaluation de la circulation du virus. « Le taux d’incidence qu’on nous annonce ne veut pas dire grand chose, car il dépend de qui vient se faire dépister, ce qui n'est pas un échantillon représentatif de la population. Je ne comprends pas pourquoi on ne fait pas comme les Anglais qui réalisent régulièrement des sondages pour mesurer la proportion de positifs à l'instant t. C’est un mystère... »

Le résultat de la dernière étude React-1 en Angleterre sur la période 23 novembre – 13 décembre publiée ce 24 décembre montre un taux de prévalence dans la population générale de 1,41 %, avec un taux de reproduction à l’instant t de 1,13. Mais le R atteindrait 1,62 à Londres ! La proportion de variant Omicron par rapport au variant Delta augmenterait de 66 % par jour.

Un chiffre révèle que la France est loin de dépister tous les cas. Catherine Hill a regardé le rapport entre le nombre de morts et le nombre de cas de Covid 19 trouvés au Danemark et en France. « Ce rapport vaut 0,5 % au Danemark et 1,4 % en France. Pour 100 cas trouvés, il y aurait 2,9 fois plus de morts en France. Comme on soigne a priori aussi bien le Covid en France qu'au Danemark, le plus probable est qu'on ne trouve qu’un cas de Covid sur 2,9. »

La virulence du virus toujours en question

La question de la dangerosité du nouveau variant est cruciale, car cette vague d’Omicron qui démarre s’ajoute à la fin de la vague de Delta. Les hôpitaux pourraient être submergés.

« Il faudra encore quelques semaines pour que l’estimation de la virulence d’Omicron soit mieux consolidée, estime le Pr Flahaut. Les données sud-africaines et britanniques proviennent d’observations recueillies dans les premières phases de l’émergence du variant, or ce sont plutôt des personnes jeunes, actives, qui voyagent qui ont été atteintes au début. Elles présentaient peu de risques d’avoir des formes graves pouvant les conduire à l’hôpital. Les formes sévères n’apparaissent pas précocement au cours de l’infection. Il semble cependant que les observations convergent pour évaluer ce nouveau variant Omicron comme étant plutôt moins virulent que les souches précédentes. Il reste à voir si cette moindre virulence sera ou non compensée par l’augmentation de transmissibilité. »

« Même moins dangereux, Omicron est tellement plus contagieux qu’il y aura mathématiquement plus de cas, donc plus de cas hospitalisés », alerte toutefois Catherine Hill.

Le pays bientôt à l'arrêt ?

Pour tenter de freiner la déferlante, l’Assurance Maladie a édicté de nouvelles règles pour les cas contacts au variant Omicron : la personne doit s’isoler 7 jours et 17 jours si le malade est au sein de son domicile. «Farfelu, estime Catherine Hill. Au rythme où ça va, tout le monde est cas contact et on bloque le pays. »

La démonstration du Pr Flahaut est implacable :« Avec 100.000 nouvelles contaminations par jour, si vous mettez en quarantaine tous les contacts des cas en plus de l’isolement de ces cas, et qu’il y a dix contacts par cas qui restent 10 jours en quarantaines (certains resteront 7 jours, d’autres, du même foyer 17 jours), alors vous avez chaque jour plus de dix millions de journées-personnes immobilisées chez elles. En deux ou trois jours à ce rythme, le tiers ou la moitié du pays est à l’arrêt, ses services essentiels hors d’état de fonctionner. Proposer de telles dispositions aurait un résultat pire que le confinement généralisé du pays, cela conduirait à la paralysie générale. Il faut donc redevenir raisonnable et pragmatique ici, en raison de la transmission exceptionnelle du variant Omicron. Il faut ne mettre à l’isolement que les personnes positives pendant 5 jours et ne pas mettre en quarantaine les contacts tant qu’elles restent asymptomatiques, en leur demandant de réaliser un test à 7 jours. » Sinon autant que le gouvernement décide d’un confinement général : au moins la désorganisation de la société sera… organisée. D’ailleurs le gouvernement a pris conscience du problème et a annoncé que de nouvelles règles plus souples seront édictée la semaine prochaine.

Le masque FFP2 recommandé dans certaines situations

Devant la contagiosité très forte du variant omicron, comment se protéger ? Il faut se vacciner et faire un rappel. Mais faut-il envisager la généralisation du masque FFP2 ? « Les gestes barrières ne suffisent pas, c’est très clair, estime Catherine Hill. Cela réduit la transmission, mais la protection n’est pas à 100 %. C’est clair que les transports en commun par exemple sont des bouillons de culture pour le virus. »

« Il faut faire preuve de pragmatisme et peut-être engager un dialogue entre la population et les pouvoirs publics, estime de son côté Antoine Flahaut. Le port du masque, de quel type qu’il soit, en tissu (double face), chirurgical ou FFP2 réduit le risque de transmission du coronavirus lorsqu’il est bien porté. Le masque FFP2 a des propriétés filtrantes plus élevées que les deux autres vis-à-vis des particules fines, dont font partie les microgouttelettes de notre respiration qui peuvent être contaminées par le coronavirus. Maintenant, ce masque est plus cher. Il est aussi plus inconfortable. Il vaut mieux voir quelqu’un porter un masque chirurgical ou en tissu correctement ajusté plutôt qu’un masque FFP2 qui baille aux corneilles. S’il est bien porté, il peut réduire plus efficacement le risque de transmission. Il pourrait donc être favorisé dans certaines circonstances où l’on contrôle difficilement le risque, comme le transport en train, autocar ou avion sur de longues distances. »

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