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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Yovan Menkevick

Un homme comme les autres (3/7)

S: — “ C’est ce que combattent les musulmans. Une peur qui, je crois, est justifiée de leur point de vue. Une peur de voir leur réalité fondre, de voir la “folie matérialiste occidentale” s’emparer des membres de leur civilisation, et dans le même temps le désir de maintenir un pouvoir par la religion. Pouvoir de l’homme sur la femme en premier lieu, puis pouvoir de chaque croyant qui pense profiter un peu de la puissance de la divinité.

S: — “ C’est ce que combattent les musulmans. Une peur qui, je crois, est justifiée de leur point de vue. Une peur de voir leur réalité fondre, de voir la “folie matérialiste occidentale” s’emparer des membres de leur civilisation, et dans le même temps le désir de maintenir un pouvoir par la religion. Pouvoir de l’homme sur la femme en premier lieu, puis pouvoir de chaque croyant qui pense profiter un peu de la puissance de la divinité. Un croyant à l’ego démesuré, bien sûr, puisque invoquant la puissance du Dieu pour lui-même la plupart du temps, puissance qui permet de combattre ceux qui voudraient se libérer des chaînes forgées par la culture humaine, culture inégalitaire qui sert et profite au croyant, le fidèle.”

I: — “ La crise est donc plus large que celle de deux civilisations aux croyances divergentes ?”

S: — “Bien sûr. C’est une crise totale, à l’échelle de l’humanité toute entière. Nous sommes arrivés à une étape fondamentale de la connaissance par le biais de la science et des techniques. Une puissance individuelle et globale de destruction, de création inimaginable, qui arrive d’ailleurs peut être à son terme puisque chacun sur terre redoute que la Créature détruise la Création, ce qui est possible. Une puissance qui prouve —ou du moins tente de prouver —qu’elle a la capacité à comprendre la Création, ou tout du moins la capacité à la mimétiser, et que l’homme, la Créature, puisse créer lui même la vie à l’instar de la Divinité. D’où cette nouvelle réalité qui ne peut que nous mener à une folie à la fois collective et individuelle. Une folie d’ailleurs aux pôles opposés si je fais une anticipation de l’après-11 septembre : une partie occidentale dans une “folie de réalité égotique subjective”, enlisée dans une non-culture technocratique totalitaire ; et de l’autre, une partie orientale, musulmane et sûrement juive-israélienne, emportée dans la folie de Dieu, folie religieuse, égotique et totalitaire, elle aussi.”

I: — “Des mouvements de contestations sont nés depuis quelques années pour dénoncer la dérive du tout libéral, d’une pression des puissances financières sur les populations, d’une mise en coupe de la richesse collective par un petit nombre sur le plus grand nombre. Qu’en pensez-vous?”

S: — “C’est encore une fois, à mon sens, un leurre. Cette pression, mise en coupe réglée, mafia financière, ce désarroi des démocraties sont réels, mais pourquoi ces phénomènes sont-ils là ? Dans quelle mesure le “monde meilleur possible” que José Bové appelle de ses voeux est-il vraiment différent de celui-ci ? En ce que la richesse sera un peu mieux répartie ? Que les pauvres seront moins pauvres et les riches moins riches ? Les bases de notre fonctionnement collectif resteront les mêmes, et l’individu n’y trouvera qu’une moindre insatisfaction. En tout cas, pas la plénitude, l’équilibre auquel nous avions aspiré il y a des milliers d’années.

L’utopie n’est pas un arrangement avec les puissants ou alors c’est un aveu d’impuissance, un compromis, pas une utopie. Nous fabriquons notre réalité tous ensemble, et c’est par chaque acte journalier, chaque pensée que nous redéfinissons ce réel : les alter-mondialistes sont avant tout des matérialistes, exactement comme les ultra-capitalistes qu’ils entendent combattre. Leur croyance est avant tout matérielle, donc sociale, politique, scientifique, économique. Ces concepts ne font que se percuter dans le même élan, élan qui détruit le lien essentiel de l’homme à son existence, et ce lien essentiel, je le répète, c’est le lien à la Divinité. Ce lien implique un grand nombre de contraintes, entre autres, pour qu’il soit juste, un travail important sur l’ego de chaque individu. Une acceptation “autre” de nous mêmes. Un rapport à sa propre souffrance différent, une arrogance, un orgueil intérieur bien moins grands. Une acceptation de notre statut de Créature. Pas comme marionnette, mais bien comme Créature engendrée et reliée, libre, avec une conscience individuelle et des obligations —obligations donc devoir à se rapprocher de ce qui nous a engendrés —tout en acceptant de sonder les méandres de notre esprit à la recherche d’une forme d’équilibre humble et parfois naïf. La psychanalyse est certainement l’une des plus grandes découvertes qui soit et qui pourrait nous permettre de changer cette réalité. Pour retrouver une cohésion collective. Un équilibre respectueux. Un religieux dirait : “faire tomber l’esprit saint sur terre”.

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