Journal d'investigation en ligne
par Jacques Duplessy

Ukraine : la mobilisation occidentale continue

Etats-Unis et Europe s'organisent pour aider le pays à tenir dans la durée

Une guerre se gagne sur le temps long. Alors que Vladimir Poutine espère un épuisement du soutien occidental, les alliés de l'Ukraine tentent de trouver des ressources pour aider militairement et économiquement le pays. Sans compter le volet humanitaire, toujours aussi essentiel alors que l'hiver est utilisé par la Russie comme arme de guerre.

Départ d'un bateau pour l'Ukraine - MAE
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Les grandes manœuvres continuent pour soutenir l’Ukraine dans la durée. Les présidents Macron et Zelensky ont présidé le 13 décembre dernier une « une conférence bilatérale pour la résilience et la reconstruction de l’Ukraine ». L’évènement a réuni 46 États et 24 organisations internationales. La journée s’est soldée avec un milliard d’euros récolté pour aider le peuple ukrainien à passer l’hiver. Les dons sont partagés selon les besoins les plus urgents : 415 millions d’euros pour le secteur de l'énergie, 25 millions pour l'eau, 38 millions pour l'alimentation, 22 millions pour les transports et enfin 17 millions pour la santé, le reste étant encore à répartir. Pour acheminer cette aide le plus rapidement possible sur le terrain, un nouveau mécanisme européen de coordination de l’aide d’urgence va être mis en place, appelé « mécanisme de Paris » par le président Zelensky. L’après-midi était plus business : près de 700 entreprises réunies ont promis de participer à la reconstruction du pays, selon l’Elysée. L’objectif était de mettre en lien les besoins critiques des Ukrainiens et les savoir-faire des acteurs français.

« On ne peut pas exclure un black out dans tout le pays »

La semaine précédente, c’est le ministère des Affaires étrangères qui réunissait les acteurs de la société civile. Une trentaine d’ONG et de fondations d’entreprises ont exprimé leurs visions de la situation et de ce qu’elle attendait pour continuer l’aide humanitaire dont dépendent plus de 7 millions d’Ukrainiens. La ministre Catherine Colonna est venue conclure les travaux. Elle a insisté sur la situation inquiétante. « On ne peut pas exclure un black out dans tout le pays, a-t-elle déclaré. La capacité de réparation des infrastructures électriques diminue. La campagne de bombardement russe a malheureusement un certain succès. Ce n’est pas le moment de relâcher nos efforts. » La ministre a dit souhaité que l’aide humanitaire soit portée par toute la population : « La Russie compte sur notre lassitude. L’aide humanitaire doit être un effort de nos peuples, c’est la France avec un grand F qui se mobilise. Nous sommes au début d’une grande épreuve en Ukraine et sur notre continent. Ce qui est en jeu, ce n’est pas le sort de l’Ukraine, ce sont les principes mêmes de l’ordre international. »

Depuis cette grande conférence, Sébastien Lecornu, le ministre des Armées s’est rendu à Kyiv le 28 décembre pour concrétiser la suite de l’aide militaire française, notamment la maintenance des matériels déjà envoyés et la formation en France et en Pologne de soldats ukrainiens. Dans la foulée Emmanuel Macron a annoncé, mercredi 4 janvier, la prochaine livraison de chars légers AMX-10 RC aux troupes de Kiev. Ni le nombre d’engins ni la version n’ont été précisés. Ce coup de com de la France (avec des engins datant pour leur conception des années 70 et qui en train d’être retiré du service) pourrait être le prélude à l’envoi de chars de la part d’autres pays européen. Le Royaume-Uni, la Pologne et la Finlande réfléchissent à l’envoi d’un nombre symbolique de chars non soviétiques. La Pologne a déjà transféré plusieurs centaines de char T72. Mais cette fois, la Finlande et la Pologne s’interroge ouvertement sur l’envoi de chars Léopard 2. Mais les deux pays devront vaincre les réticences de l’Allemagne, dont l’autorisation est nécessaire pour livrer ces blindés en question à l’armée ukrainienne, puisqu’il s’agit de matériel allemand.

Les États-Unis promettent une nouvelle enveloppe de 45 milliards

La visite du président Zelensky aux États-Unis le 21 décembre, le premier déplacement à l’étranger du président ukrainien depuis l’invasion du 24 février, marque aussi une continuité du soutien américain. Le chef d’État ukrainien n’est pas revenu les mains vides : une nouvelle enveloppe de 45 milliards a été promise pour soutenir son effort de guerre. Elle a été formellement votée deux jours plus tard par la Chambre des Représentants. Dans le détail, 14,5 milliards de dollars seront consacrés au transfert d'équipement militaire américain vers l'Ukraine (dont des missiles Patriot qui renforceront sa défense anti-aérienne contre les missiles russes), et 9 milliards serviront à l'achat d'armes et de matériel militaire. La somme restante, 13,37 milliards de dollars, sera versée sous forme d'assistance financière. « Votre argent n’est pas de la charité, c’est un investissement dans la sécurité mondiale et la démocratie, que nous gérons de la façon la plus responsable », a assuré M. Zelensky devant les élus américains.

Sur le terrain, la situation s’est un peu figée. La boue toujours très présente (le froid commence seulement à geler les sols) a ralenti le rythme des offensives des deux camps. Mais les combats se poursuivent sur la ligne de front. La ville de Bakhmut, que les soldats russes cherchent à occuper, est le lieu de très violents affrontements depuis plusieurs semaines. Après les revers enregistrés ces derniers mois, les Russes ont choisi de concentrer leurs attaques pour détruire les infrastructures critiques du pays.

Les bombardements aveugles sur plusieurs villes du pays, dont la capitale, se poursuivent à leur rythme habituel. Le chef de la police de Kiev, Andriï Nebitov, a publié le 1er janvier une photographie sur Facebook montrant ce qui semble être les restes d’un drone kamikaze iranien avec les mots « Bonne année » en russe.

L’aide humanitaire et financière de la France

Aide humanitaire

  • 240 millions d’euros au profit de l’Ukraine et des pays limitrophes
  • 2 600 tonnes d’aide acheminées, via près de 40 opérations, par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (dont « un bateau pour l’Ukraine »)
  • des ponts de secours, sauvetage de victimes, sécurité électrique des hôpitaux, abris d’urgence et biens de première nécessité pour les déplacés et réfugiés, mobilité des populations, déminage, matériels de santé et médicaments
  • 100 générateurs envoyés en novembre ;
  • 140 millions d’euros en 2022 et 2023 via les Nations unies et le Mouvement international de la Croix-Rouge (HCR, OIM, PAM, BCAH, UNICEF, UNOPS, PNUD, CICR, FICR) ;
  • 31,6 millions d’euros pour soutenir l’action des ONG humanitaires ;
  • 12 évacuations sanitaires pour des militaires (32 blessés) et des enfants (40 enfants).

Aide financière

  • 400 millions d’euros de prêts garantis par l’État via l’AFD.
  • 1,2 milliard d’euros de garanties à l’export pour que les entreprises françaises participent à la reconstruction.
  • 100 millions d’euros à la BERD (la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, qui a pu mobiliser 200 millions d’euros grâce à des garanties.

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