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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

Startup-Nation : vendre du vent pour espérer des électeurs

Un pari risqué de La République en marche

Si les startups sont passées maîtres dans l'art d'enfumer les investisseurs à base de concepts aussi opaques que creux, les politiques peuvent-ils appliquer ces méthodes à la gestion d'un État pour attirer les électeurs ?

LREM en pitch permanent

Il n'y a plus un sujet qui ne déclenche la mise en place d'un numéro vert : comprenez « le support client ». Dernier en date, le ministre de l'agriculture, Julien Denormandie vient de mettre en place un numéro gratuit pour les propriétaire de chevaux mutilés. Le « care »... C'est essentiel pour une startup politique qui allait « disrupter son écosystème » comme jamais aucun parti ne l'avait fait. C'était bien parti, avec un beau crowdfunding à Londres auprès de personnes fortunées. L'Elysée devait être un incubateur de première bourre. Mais les choses se sont compliquées. De Benalla aux gilets jaunes, en passant par la covid, les écueils se sont succédé. Pas faute d'avoir pitché comme un dératé dans tous les supports de presse possibles.

Interview d'Emmanuel Macron au journal d'extrême-droite Valeurs actuelles et quelques-unes de ses couvertures - D.R.
Interview d'Emmanuel Macron au journal d'extrême-droite Valeurs actuelles et quelques-unes de ses couvertures - D.R.

La startup, par principe, vend une promesse qui peut s'avérer du vent. Le produit, comme l'entreprise, est en construction permanente, peut, et doit, évoluer au fil des besoins des utilisateurs, des demandes des investisseurs. Dans la startup LREM, on est « agiles », « scalables ». Exemple, quand on sort à peine d'un confinement inédit, que l'on décide de renvoyer tous les gamins à l'école pour que les parents puissent travailler à nouveau, on a des « solutions ».

Prenez le ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Blanquer... Le 30 août, alors que l'annonce de la réouverture des classes est officielle et que les premiers mauvais coucheurs s'inquiètent, le ministre est catégorique et l'affirme haut et fort auprès de la caisse de résonance « Le journal du dimanche » : « Nous sommes préparés à tout ». Un peu comme avant la pandémie sans doute. On avait tout, des masques, des tests, une réponse de crise, tout était prêt. C'est tellement vrai d'ailleurs que le ministre de la Santé a déclaré le 5 septembre « Je ne voudrais pas que les Français pensent qu'on leur a caché l'utilité du #masque parce qu'on en aurait manqué ». Voilà un pitch qui n'est pas tout à fait en accord avec les déclarations de la présidente nationale de l'Ordre des pharmaciens à Reflets : « J’ai eu un échange avec le ministre de la Santé à ce propos là, en lui disant : qu’est-ce qu’on fait ? Est-ce qu’on peut se mettre à vendre ? Et il m’a clairement dit : "Non, non, pour le moment on réserve pour les soignants." C’était il y a quinze jours, trois semaines. On a été bons soldats. On a donné notre accord pour ne pas se mettre sur ce marché-là et continuer à alimenter les professionnels de santé en priorité avec le stock de l'Etat. »

Interview de Jean-Michel Blanquer au JDD le 30 août 2020 - Copie d'écran
Interview de Jean-Michel Blanquer au JDD le 30 août 2020 - Copie d'écran

Bref,le 30 août, Jean-Michel Blanquer était prêt à tout. Et ça tombait bien parce que les Américains avaient noté que le virus se propageait très vite dans les villes où se trouvaient des universités. En gros, les jeunes font moins attention que les adultes (en règle générale). Alors les petiots dans les cours de récré, encore moins... « Tu me files ton masque ? il est rouge, je l'ai pas encore dans ma collec' ? Je te donne le mien, il est bleu ».

Article du New York Times - Copie d'écran
Article du New York Times - Copie d'écran

Mais voilà... Patatras, le discours s'il est disruptif, n'est pas pour autant en béton armé. Il peut même être complètement faux. Pourvu que les investisseurs électeurs soient contents... Une semaine après la rentrée, 28 établissements scolaires et 262 classes étaient déjà fermés... Préparé à tout, ou presque.

Tellement pas préparé qu'à la lumière de ces chiffres un peu inquiétants, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au logement a tenté de rassurer les investisseurs parents : « Nous allons trouver une solution, un mode de garde, le télétravail, sinon une forme d'indemnisation. Elle n'est pas complètement dessinée aujourd'hui, mais on y travaille ».

Pour des gens préparés à tout depuis le 20 août, se mettre à travailler sur une solution le 5 septembre, ça fiche un peu la trouille. « Ne vous inquiétez pas, la release bêta 0.1 de notre application disruptive arrive dans quelques jours. L'écosystème ne s'en remettra pas ».

Espérons qu'ils ont mieux préparé la reconstitution des stocks nationaux de masques ou l'achat de respirateurs pour les hôpitaux...

Emmanuelle Wargon face à la fermeture des classes pour cause de covid... - Copie d'écran
Emmanuelle Wargon face à la fermeture des classes pour cause de covid... - Copie d'écran

Ces 262 classes c'est, en étant conservateur, plus ou moins 20 élèves multipliés par 262 multiplié par 3 personnes dans le foyer : 15.750 personnes mises en situation de risque. Ajoutons le personnel des écoles. Ces 262 classes, ce sont 262 enseignants multipliés par 3 personnes dans leurs foyers, soit 786. Ajoutons 3 personnes (surveillance des récréations et autres cantines ou étude) par établissement : 28 multiplié par 3 = 84. Total très approximatif : 16.620 personnes mises en danger. En une seule semaine...

Test and Learn

Un observateur un peu naïf pourrait penser qu'avec un tel discours, la startup LREM va se prendre un mur. Trop gros, passera pas...

Mais c'est mal connaître les startupeurs. Ça ne marche pas ? C'est pas grave. On a appris de nos échecs, on est « agiles », « résilients » !

Les faits démontrent le contraire de ce que disait Jean-Michel Blanquer le 30 août ? Où est le problème ? Il suffit de partir du postulat que tout le monde a oublié les mots prononcés le 30 août et que le nouveau discours marketing, qui vante « l'action » du gouvernement de la startup, « toujours en alerte et réactif aux innovations » est celui qui fait foi. Le 8 septembre, Jean-Michel Blanquer déroule donc son nouveau pitch (oubliez les précédents, l'écosystème nous a contraints à nous adapter) : « Le gouvernement travaille sur un congé parental en cas de fermeture d'école ». C'est beau comme une nouvelle version d'un iPhone... On était prêts à tout, mais on n'avait pas réfléchi à un plan B.

Blanquer à J+7... De "préparés à tout" à "quelqu'un aurait un plan B?" - Copie d'écran
Blanquer à J+7... De "préparés à tout" à "quelqu'un aurait un plan B?" - Copie d'écran

Alors les amis, vous êtes prêts pour la deuxième levée de fonds en 2022 ? A moins qu'une autre startup ne rafle la mise ?

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