Russie - Europe : il y a du gaz dans l'eau
Un sabotage a touché les pipelines Nord Stream 1 et 2 dans la mer Baltique
Qui a saboté les deux pipelines transportant le gaz russe vers l'Allemagne ? Peu de pays ont les capacité pour réaliser une telle opération. Tous les regards se tournent vers Moscou qui dément son implication.

Le bouillonnement à la surface de la mer est impressionnant. Des millions de mètres cubes de gaz se répandent dans l'atmosphère. Ils proviennent des deux pipelines Nord Strean 1 et 2 qui ont été sabotés.
Deux explosions suspectes ont eu lieu lundi 26 septembre, le matin et soir. Elles visaient les conduites sous-marines, dans les eaux internationales au large de l’île danoise de Bornholm mais dans les zones économiques exclusives respectives du Danemark amis également de la Suède. La première explosion « correspond à plusieurs centaines de kilos équivalent TNT », a déclaré l'institut norvégien de sismologie NORSAR, spécialisé dans la détection de tremblements de terre et d'explosions nucléaires, et la deuxième détonation à 700 kilos.
Ce jeudi, une nouvelle fuite a été découverte. « Il y a deux fuites côté suédois et deux fuites côté danois », a déclaré à l’AFP un responsable de l’autorité suédoise, précisant que les deux côté suédois se trouvent « à proximité l’une de l’autre ». Jusqu’ici les autorités des deux pays avaient fait état d’une fuite côté suédois et de deux côté danois.
Un sabotage perpétré par un acteur gouvernemental
« Nous sommes extrêmement préoccupés par ces nouvelles », a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Interrogé sur la possibilité d’un acte de sabotage, il a répondu : « Aucune option ne peut être écartée ».
Pour l'Union Européenne, il est clair qu'il s'agit d'un « acte délibéré », selon le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, qui s'est exprimé dans une déclaration au nom des vingt-sept Etats membres de l’UE.
L'OTAN fait la même analyse : elle pointe des actes de sabotage « délibérés, irresponsables ». « Nous sommes engagés à assurer la dissuasion, à nous prémunir et à nous défendre face à l’utilisation, à des fins coercitives, du levier de l’énergie ou de tout autre procédé hybride par des acteurs étatiques ou non étatiques », ont affirmé les trente membres de l’Alliance dans une déclaration.
Qui est à l'origine de ce double sabotage ? « L’ampleur de cet acte est telle qu’il y a sûrement un acteur gouvernemental derrière », a estimé le ministre des affaires étrangères finlandais, Pekka Haavisto. La Finlande va enquêter sur « tous les mouvements de navires dans la mer Baltique et essaierait de découvrir quel type de mouvement a eu lieu à proximité des conduites ».
La fuite est située au large de l'île danoise de Bornholm, au coordonnées 54.8762°, 15.4099° par environ 70 mètres de profondeur.

D'après les spécialistes interrogés par Reflets, peu de pays ont la capacité de réaliser une telle opération complexe : les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine et la Russie.
La Russie a la plus grande flotte de sous-marins espion capable de mener une telle opération.

Un spécialiste de la Russie qui écrit dans le magazine Défense et Sécurité Internationale, Red Samovar, fait le point sur les navires russes capables de réaliser une telle opération et leur disponibilité.

Sachant que le BS-136 est actuellement en cours de révision chez Zvezdochka, que le BS-329 est en cours d'essais en Mer Blanche, il ne reste potentiellement que le BS-64 qui pourrait (conditionnel de rigueur) servir dans la zone, continue Red Samovar sur Twitter.
Si un sous-marin du GUGI, le directorat en charge des projets de recherche dans les profondeurs marines a été déployé, il aura été entendu par les nombreux capteurs sous-marins présents dans cette zone très surveillée.
« Il est probable qu'un drone sous-marin ait été impliqué pour déposer l'explosif, estime une source militaire française interrogée par _Reflets. Ce n'est pas une opération simple, mais elle est faisable, la preuve. »
Qui a intérêt à cette politique du pire ?
Le 7 février dernier, peu avant l'invasion russe en Ukraine, le président américain, Joe Biden, s'en était pris au pipeline Nord Stream et avait évoqué la possibilité d'y « mettre fin ». Interrogé sur la méthode employée pour une infrastructure sous contrôle de son allié allemand, il avait répondu : « Je vous le promets, nous serons capables de le faire. » Mais ces gazoducs étaient fermés au moment de l'attaque et des sanctions interdisant l'importation du gaz russe sont en vigueur. Alors ?
La France et la Royaume-Uni n'avaient aucun intérêt à une telle escalade.
Les regards se tournent vers Moscou qui a choisi la fuite en avant dans le conflit ukrainien en décrétant une mobilisation partielle et en allant jusqu'à menacer d'utiliser des armes nucléaires.
Si c'est la Russie qui est à l'origine de cette attaque, le signal est clair : la Russie ne livrera plus de gaz dans un avenir proche à l'Europe.
Le haut responsable militaire français interrogé par Reflets concluait : « D'un autre côté, ça simplifie les choses : l'Allemagne ne pourra pas être tentée de négocier seule avec Moscou l'accès au gaz russe. Cela renforce la solidarité européenne. »