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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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Dossier
par Eric Bouliere

Que dire…

Ceci, bien sûr, n’est pas un titre. Mais là, franchement, les mots me manquent.

Du grand confinement de mars au petit couvre-feu d’octobre, huit mois se sont écoulés. La Covid est toujours là…

Le grand conseil : un quoi, pour qui? Vous êtes certain...

Les plus hautes autorités de l’État se sont concertées, elles ont réfléchi, légiféré, décidé de verbaliser, conseillé, préconisé, et puis, de nouveau, choisi de re-verbaliser. Que dire…

Les soignants, eux, ont moins réfléchi, ils ont alerté, soigné, sont tombés malades, ils vont re-soigner, bien sûr. Que dire…

La sphère médicale s’est faite surprendre, les chercheurs ont cherché, se sont cherchés, la médecine s’est médiatisée, dispersée, et puis elle s’est soudainement tue. Que dire…

Les commerçants et autres travailleurs obligés ont adhéré, contraints et forcés, ils ont fermé boutique, puis ouvert, puis re-fermé, puis ré-ouvert, aujourd’hui, ils s’exaspèrent… Que dire.

Mais heureusement il y a La Rochelle! Ici, tout va bien, la ville demeure belle, belle, belle, et re-belle. Ici, les mots et les phrases me reviennent tant il reste deux ou trois choses à dire, à voir ou à entendre pour faire avancer les choses du Covid. Ce n'est pas la première fois que je vous parle de ce lieu où le bon vivre et le bien portant luttent de concert contre le virus. La preuve, regardez la carte ministérielle, le gros rouge semble s'être arrêté sur les frontières des vignobles de la Gironde. Là bas, oui, il y a bien eu de quoi s'inquiéter, mais pas en Charente Maritime, enfin surtout pas à La Rochelle. Tenez, ici, même un cas Covid mortel s'avère moins grave qu'ailleurs! C'est pour le moins l'avis de Mme Carlier Mishari (11e adjointe de la ville en charge de l'action et de la cohésion sociale) qui témoignait de cela lors du dernier conseil communautaire de l'agglomération: "dans nos EHPAD, parmi les 39 cas de Covid déclarés, la personne qui est décédée était quelqu'un qui était déjà en fin de vie , donc ça a accéléré le processus mais elle était en fin de vie…" (Sic).

Alors vade retro, Satacovid, tu ne passeras pas par le vieux port! Et moins encore par les couloirs des salles de réunion du conseil municipal et autres séances de la Communauté d'agglomération. Car après tout, les élus ne veillent-ils pas sur la sécurité sanitaire des citoyens ? Qui pourrait ne pas se satisfaire des paroles rassurantes de tous ces élus dont la conduite prend valeur d’exemple ? Personne. Et puis les choses ont forcément dû changer depuis nos derniers commentaires sur les petites errances comportementales de quelques-uns. Aujourd’hui, on ne doit probablement plus parler de ces écoles qu’on ferme « en virant tout le monde, parce qu’un seul gamin tousse. ». Avec le recul, ou peut-être davantage de réflexion et moins de certitudes, les prédictions hasardeuses du style « d’abord il n’y aura pas de cluster, vous cherchez la petite bête monsieur » auront sans nul doute également disparu des discours.

Mais c'est quoi cette histoire de masques...?
Mais c'est quoi cette histoire de masques...?

Afin de s’en convaincre nous avons assisté aux deux dernières réunions des édiles locaux. Pour vous situer la temporalité des faits, retenez que ces rencontres se sont respectivement déroulées le 12 et le 15 octobre derniers. Or, quelle surprise d’apprendre le 16 octobre au soir, via un communiqué de presse signé de la main du préfet et du maire, que l’obligation du port du masque serait étendue dans toute la commune à partir du 19 octobre. Un détail dont ni la forme ni les contours ne furent évoqués durant les deux conseils. Étonnant, le bilan de l'agence régionale de santé se serait-il subitement dégradé durant la nuit? Toute la commune, dites-vous, M. le maire ; est-ce à dire dedans, dehors, ici, là, là-bas aussi, à pied ou en vélo, bref, partout ? Mais partout, partout… ou partout de temps en temps, quand cela ne nuit pas trop à son confort personnel ? Car il faut bien reconnaître que si la majorité des élus se présente désormais masquée aux séances officielles, M. le maire semble, lui, avoir encore du mal à se faire aux gestes barrières de premier niveau. Ainsi, il n’hésite toujours pas à se présenter, à installer et à présider une assemblée à visage découvert durant de longues minutes. Faut-il y voir une volonté, un inconfort, un simple oubli ? Allez savoir, mais lors du dernier conseil il suggéra à l'ensemble des élus de s’accorder collégialement une étrange liberté en matière de port de masque: « pour la qualité du son, pour nos collègues, je suggère, mais bien sûr chacun est libre, de retirer le masque lorsqu’on s’exprime, vous pouvez le remettre évidemment aussitôt après».

le masque ce sera dehors et partout! non mais...
le masque ce sera dehors et partout! non mais...

Résumons: le masque serait obligatoire partout, tout le temps, sauf lorsque l’on est assis et que l’on mange au restaurant, que l’on boit un coup au café, mais aussi, et cela est nouveau, lorsque l’on parle dans un micro. Avouez que cela devient compliqué avec ces règles qui changent tout le temps. Hélas, en Covid comme en grande randonnée, il suffit souvent d’indiquer une direction pour que le chemin devienne la voie à suivre. M. Marc Maigne, maire de Nieul-sur-Mer, et très officiellement chargé de faire le point sur la situation sanitaire du moment, s’y est aussitôt engagé : « Nous ne sommes pas dans une région en état d’alerte, et encore moins en état d’alerte maximum, donc nous n’avons pas été placé sous couvre-feu, pour nous, en attente du vaccin, il s’agit de toujours répéter, de toujours faire la communication sur la pratique des gestes barrières. Et puis c’est important de rappeler aux gens que c’est dans la sphère privée, dans les réunions, de famille, communions, les réunions privées, que souvent il y a une transmission du virus parce qu’il y a un relâchement des gestes barrières ». Son éloquence fut, bien sûr, entièrement dénuée de tout filtre nasobuccal. Par ailleurs, cette allocution en échappement libre manquera singulièrement de précision en ce qui concerne les fameux indicateurs sanitaires : « au niveau national le taux d'incidence est de 180 pour 100 000 habitants, au niveau de la Charente Maritime il est de 42 pour 100 000, ce qui reste inférieur au seuil d'alerte qui est de 50 pour 100 000 ». Pour être tout a fait exhaustif, il aurait été bon de compléter l'information en signalant que le taux d'incidence à la Rochelle se porte lui à 71 pour 100 000... Tout, va, bien!

Marc Maigné s'inquiète du non respect des gestes barrières
Marc Maigné s'inquiète du non respect des gestes barrières

Et, puisque la brèche était ouverte, il fut alors possible d’écouter en haute-fidélité le 4e vice-président du CDA, M. Gérard Blanchard, qui argumenta des bienfaits de sa mission zéro carbone durant une demi-heure, avec zéro masque sur la bouche. Parmi d’autres, notons aussi que Mme Carlier-Misrahi, ex-médecin à la retraite, aura elle aussi évoqué les méfaits du virus sans prendre davantage de précaution pour ses collègues assis aux alentours.

Mr Blanchard, zéro carbone et libre comme l'air pur
Mr Blanchard, zéro carbone et libre comme l'air pur

Mais alors, dites voir, on ne peut même plus faire ce que l’on veut lorsque l’on est élu de la République ? Eh bien non, messieurs-dames, c’est justement la force de la loi que de s’appliquer à tous. Rien ne tient dans ce pseudo prétexte de qualité du son, rien de vaut dans l’innocuité présumée de vos postillons lancés à tort ou à raison sur l’autel d’un confort d’élocution. Du reste, de nombreux présidents de conseils de communauté d’agglo se font entendre dans toute la France sans pour autant tomber le masque. Que faites-vous de l’aérosolisation du virus dont des personnes bien plus avisées que nous redoutent désormais les effets? Pensez-vous qu’un masque clignotant soit l’antidote au Covid? Vous êtes-vous assuré que les tables, les micros, les chaises, les sols, les dossiers, les murs, l’air, seront autant d’éléments profitant d’une désinfection convenable après votre passage ? Ou bien encore, le fait d’ôter son masque puis de se re-masquer aurait-il des effets inconnus du Haut Conseil de la Santé Publique : après avoir inspiré les miasmes du voisin, lui-même un temps démasqué, il suffirait donc de se re-couvrir pour en être protégé ?

Quand un ex médecin s'exprime sur la question du masque...
Quand un ex médecin s'exprime sur la question du masque...

Une dernière piste : et si M. le maire était un espion payé par un laboratoire sino-soviétique, bien décidé à véhiculer le virus pour vendre du vaccin au monde entier ? Mieux vaut en rire, même si, à bien y réfléchir, quelque chose me chagrine malgré tout : qui donc aura le courage de s’adresser plus sérieusement au premier magistrat pour lui demander, avec la plus grande politesse, de se couvrir le nez et la bouche au prochain conseil ? Mais si personne ne le souhaite vraiment, alors que dire…

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