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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

Le groupe de Patrick Drahi tente de contourner le droit de la presse. Altice a des milliards, nous avons un site Web. Aidez-nous à défendre la liberté de la presse.

par drapher

Quand les services du fisc rentrent dans ta chambre à coucher

C'est une histoire qui en dit long sur l'état de la société et du droit. Figurez-vous qu'aujourd'hui même, ce matin, une femme d'un certain âge s'est approchée de mon portail après être sortie d'une banale voiture individuelle à la portière cabossée. Elle tenait une liasse de papier et portait bien son tailleur. — Vous êtes bien Monsieur Drapher de chez Drapher ?, me dit-elle. — Oui, oui, fais-je. — C'est pour le contrôle de la redevance — Ah. — Vous avez déclaré ne pas avoir le télé.

C'est une histoire qui en dit long sur l'état de la société et du droit. Figurez-vous qu'aujourd'hui même, ce matin, une femme d'un certain âge s'est approchée de mon portail après être sortie d'une banale voiture individuelle à la portière cabossée. Elle tenait une liasse de papier et portait bien son tailleur.

— Vous êtes bien Monsieur Drapher de chez Drapher ?, me dit-elle.

— Oui, oui, fais-je.

— C'est pour le contrôle de la redevance

— Ah.

— Vous avez déclaré ne pas avoir le télé.

— C'est toujours vrai. Je n'ai pas la télé. Et ça risque de durer.

— Je peux rentrer pour contrôler ?

Là, je reste un peu désemparée et lui demande les sourcils froncés :

— Rentrer chez moi ? C'est une plaisanterie ?

— Pas du tout, j'ai besoin de vérifier…

Je me gratte un peu la tête et lui dis que "quand même, ce n'est pas autorisé de rentrer chez les gens comme ça, que l'Etat n'a pas tous les droits, hein ?"

Elle ne se démonte pas et me lance :

— Je suis assermentée.

Pourquoi cette phrase à deux centimes d'euros a-t-elle eu une influence sur mon jugement ? Je ne saurais dire. Je lui dis quand même :

— Mais je peux vous dire "non", quand même ?

Sa réponse finit de flinguer ma dernière bribe de jugement :

— " Vous faites ce que vous voulez"

C'est à ce moment que j'ai purement déconné. Je me suis dit "bon, t'as pas la télé, donc tu ne risques rien. Si tu l'envoies péter, elle va noter que tu l'as, et tu vas te faire allumer par les services de la stasi   Bercy. Quitte à faire, laisse là entrer constater, et débarrasse-t-en.

Et voilà la fière agent assermentée qui rentre dans la maison : visite du proprio par le Drapher, très très con, il faut bien le dire :

— Alors là c'est le salon vous voyez, et y'a pas de télé, hein, nulle part. Pareil pour la cuisine salle-à-manger, y'a rien. Vous voulez aussi voir la chambre à coucher ?

L'assermentée ne se démonte pas :

— Oui, oui, je vous suis.

Et le Drapher qui la fait rentrer dans sa piaule…

— Ca c'est un écran avec une console, on ne peut pas regarder la tévé avec, et puis y'a pas d'antenne, pas de câble qui relie cet écran à quoi que ce soit.

— Très bien.

On ressort.

Dans la cuisine, elle sort un papier et me dit :

— Et les DVD vous regardez des DVD ?

— Oui, aussi, on a plein l'armoire là, et même qu'on en compresse et qu'on en met sur de l'USB

Elle note des trucs. Me demande de signer. Je ne regarde même pas ce qu'elle a écrit tellement je suis confus et dégouté par la situation… surréaliste dans laquelle je suis.

Elle repart.

Je m'assieds, un peu sonné.

Mais qu'est-il en train d'arriver dans ce pays ? Où sommes-nous ?

Une fois les vérifications faites, il est interdit à un agent du fisc de pénétrer votre domicile, mais ils le font avec des menaces déguisées, les gens acceptent, bien que ce soit absolument illégal. Seules les forces de police peuvent pénétrer ton domicile, avec un papier d'un juge. Pas les autres services de l'Etat. Je vais donc me plaindre auprès du directeur des finances publiques départementales par courrier. On verra bien. Je pense aussi porter plainte. Mais je ne décolère pas.

Quel est ce pays qui se vante d'être le phare des droits de l'homme, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité et qui se comporte avec ses citoyens de la même manière que l'Union soviétique à son heure de gloire, juste pour récupérer des impôts sur la télévision — chez les gens qui ne la regardent pas ?

Ou bien alors, nous sommes tellement peu nombreux à ne pas avoir la télévision, que c'en est devenu une forme de dissidence administrative insupportable pour l'Etat ?

Allez donc savoir…

 

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