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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Jacques Duplessy

Quand l'inspectrice déboule

Vis ma vie de prof contractuel - Episode 2

Marie-Gabrielle est professeure contractuelle en lycée dans l'académie de Versailles. Elle raconte son quotidien et les méandres du Mammouth de l’Éducation Nationale.

Mammouth au Royal BC Museum, Victoria, British Columbia - Rob Pongsajapan - CC BY 2.0

Nous retrouvons Marie-Gabrielle. Elle est prof contractuelle, enseignant le médico-social en lycée. Soumise au devoir de réserve, elle ne peut pas s'exprimer dans les médias. Pour protéger son anonymat, les établissement ne seront pas cités. Elle raconte son quotidien.

Semaine du 28 septembre

Mardi j'envoie une une lettre recommandée au rectorat pour demander une démission du lycée 2 et une mobilité dans un autre lycée ou une réduction de mon temps de travail pour n'enseigner que dans le lycée 1. J'en dépose une copie au rectorat. Le même jour dans l'après midi j'ai un courriel de réponse du rectorat : je n'ai pas le droit de démissionner d'un seul poste. Je dois rompre mon contrat.

Le lendemain j'envoie un mail proposant ma candidature pour un poste en Ulis, les unités localisées pour l'inclusion scolaire qui accueillent des élèves en situation de handicap. Je demande à voir un inspecteur ou un responsable du recrutement.

Le jeudi, elle me répond que je dois démissionner et repasser un entretien pour un poste en Ulis. Je demande un entretien avec la DRH. Le vendredi on me donne un nom à contacter.

Côté cours, c'est toujours pareil. Dans le premier lycée, aucun souci. Dans le second, les élèves sont toujours intenables et m'envoient toujours quelques objets. Comme personne ne veut se dénoncer, je leur dit qu'ils seront solidaires dans la punition. Mais la conseillère d'éducation annule la sanction : "Vous savez, ça ne se fait plus", me dit-elle.

Semaine du lundi 5 octobre

Je contacte la personne de la DRH en vue d'un entretien. Je la relance deux jours plus tard. Je n'aurais jamais de réponse.

Je reçois du secrétariat du lycée le mercredi l'annonce d'une inspection de ma classe pour le lundi 12 octobre. Je suis satisfaite car me dis que c'est la réponse à mon courrier au rectorat. Naïvement, je pense que cela va m'aider. On me demande de préparer le classeur avec les séquences préparées cette année, la progression pédagogique, les situations d'évaluation dans la discipline et le référentiel concernant ce programme.

J'envoie un mot à la secrétaire du lycée pour lui demander si je dois envoyer les documents en numérique avant l'inspection. Aucune réponse. Je téléphone à une collègue de l'année dernière. Elle me conseille dans la préparation de tous tous les documents.

Dans le lycée 2, le proviseur a divisé mes Terminales en deux groupes de 12. Conséquence, les élèves sont plus calmes. J'espère enfin voir le bout du tunnel. Mais je suis tout de suite refroidie : il me préviens que cela est très provisoire.

Semaine du 12 octobre

J'arrive très sereine pour l'inspection avec tout mon dossier. Quatorze heures, l'inspectrice entre avec le proviseur. Ils vont s'assoir au fond de la classe. J'ai préparé une séance de conclusion de mon chapitre sur le sommeil à partir d'un petit film suivi de questions de compréhension sur le film et l'ensemble du cours. Je commence par l'appel. Surprise une élève n'est toujours pas dans le listing électronique. Elle me dit que cela fait trois semaines qu'elle est arrivée au lycée. Je dis "Ah quand même..." Le proviseur se tasse sur sa chaise. Durant la séance, l'inspectrice et le proviseur papotent ostensiblement ; les élèves, eux, sont sages.

Fin du cours. L'inspectrice me dit qu'elle doit me parler. Je lui donne tous mon dossier. Elle paraît furieuse : "Pourquoi vous ne l'avez pas donné au début ?" Je réalise alors qu'elle n'est pas là pour m'aider. Je lui rétorque qu'elle ne l'a pas demandé et que je n'ai jamais été inspectée. Elle me dit : "Vous devez être en position d'écoute." Elle est agressive et me parle du tutorat que j'ai refusé. Je lui explique que j'ai des difficulté dans le lycée 2 sur la discipline et non pas dans l'enseignement de ma matière.

"Votre séance n'est pas claire, il n'y a pas d'objectifs, lâche-t-elle. Pourquoi vos questions dépassent le cadre du film ?" Je tente de lui expliquer que l'objectif du cours est écrit sur la feuille que je lui ai remise et que ce film vient à la fin du chapitre après que le cours ait déjà été fait. "Taisez-vous ! me dit-elle vous ne savez pas ce qu'est un objectif." Je sens la moutarde me monter au nez. "Écoutez, j'ai une formation en pédagogie, j'ai enseigné sur ces thématiques, il ne faut quand même pas exagérer." Pour toute réponse, elle me dit de ne pas parler.

Elle me reproche finalement de ne pas avoir désinfecté les feutres quand les élèves sont venus au tableau... C'est une consigne que je n'ai jamais eue, je n'ai pas de lingettes et renseignement pris ultérieurement auprès des syndicats, ce n'est absolument obligatoire. Je comprends alors que l'inspection est une inspection sanction et non pas une "visite conseil" comme me l'a présentée le proviseur.

L'inspectrice me confirme que pour quitter le lycée 2, je dois démissionner. Je lui réponds que c'est ce que je ferais. On part voir le proviseur ensemble. J'annonce au proviseur que je vais démissionner en novembre.

Je lui tend mes clefs. Je lui dis : "Oh, il faut peut-être que je les désinfecte avant ?" L'inspectrice s’étouffe : " Vous vous foutez de moi ?!" Je rétorque : "Non je suis sérieuse, si je dois désinfecter les feutres, il faut aussi désinfecter les clefs."

Le directeur exige de moi une lettre de démission pour le jeudi 15 après mon cours. Il fait pression pour que je la dépose dès le mardi matin. Je comprends que l'objectif est de ne pas me payer les vacances de la Toussaint. Je garde donc mes clefs.

Je décide de prendre conseil auprès de plusieurs syndicats. Tous me disent de me mettre en arrêt maladie immédiatement. Mon médecin m'envoie vers une psychiatre spécialisée dans les souffrances au travail et me donne un arrêt. J'ai un rendez vous d'ici une quinzaine de jours. A partir de ce soir, je suis en vacances. Je n'ai pas envoyé ma lettre de démission au proviseur, mais le mail suivant : "Concernant la discussion que nous avons eu lundi, je suis en réflexion et souhaite prendre du recul. Je reste dans l'attente du rapport de l'inspectrice."

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