Police : une véritable « Alliance » avec l'extrême droite
Une manif de flics à Bordeaux
Samedi 31 janvier, les syndicats de police ont appelé à manifester massivement en soutien à la profession. Appel raté : seulement quelques dizaines de milliers y ont répondu dans l’Hexagone. Ce sont les militants d’extrême droite qui ont « sauvé » la journée, actant une fois de plus que policiers et fascistes se retrouvent souvent dans le même « camp ».
L’affinité était prévisible. Le 31 janvier dernier, le syndicat policier d’extrême droite Alliance organisait une vingtaine de « rassemblements citoyens » partout en France pour dénoncer le manque de moyens de la police et une « insécurité » grandissante. Mais surtout pour exprimer sa frustration après que l’Assemblée nationale a rejeté la proposition de loi sur la présomption de légitime défense par arme.
Le gratin du Rassemblement National girondin réuni
À Bordeaux, où 650 personnes auraient répondu à l’appel selon les organisateurs, Reflets a identifié plusieurs élus du parti d’extrême droite Rassemblement national ainsi que certains militants des franges locales les plus radicales. Le rendez-vous était donné à 11 h, devant le Grand Théâtre, où plusieurs membres de la Coordination rurale - classée à l'extrême droite et dont certains membres notables ont tenu ces dernières semaines des propos ouvertement racistes - sont aussi venus apporter leur soutien.
Au premier rang pour écouter le discours de Marouane Ziane, secrétaire régionale d’Alliance en Nouvelle-Aquitaine, on retrouvait Edwige Diaz, députée Rassemblement Nationale de la 11e circonscription de Gironde, vice-présidente du parti et conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine pour le parti lepéniste.
A ses côtés, Christine Dumas, députée suppléante d’Edwige Diaz et tête de liste Rassemblement National pour les municipales dans la ville de Bourg, Damien Obrador, conseiller régional Rassemblement National de Nouvelle-Aquitaine et conseiller municipal de la ville de Cabanac-et-Villagrains ou encore Nadine Lechon, députée Rassemblement National de la 1er circonscription de Dordogne. Bruno Paluteau, qui avait fait campagne pour le RN à Bègles en 2019, était également présent.
Toujours chez les lepénistes, mentionnons Yanis Ouadah, délégué départemental du Rassemblement National Jeune de Gironde et candidat RN à la Teste de Buch, ainsi que Julie Rechagneux, eurodéputée du Groupe Patriotes pour l’Europe, porte-parole du Rassemblement National et candidate aux élections municipales de Bordeaux sous cette même bannière. La politicienne d’extrême droite a aussi été épinglée pour ses liens avec certains militants néonazis locaux.

Le 18 juin 2024, StreetPress révélait que le groupuscule néofasciste Bordeaux nationaliste organisait une formation « média training » au sein du bar Le Menhir. Et qui était présent au premier rang ? Julie Rechagneux. Même chose en 2019, toujours selon StreetPress, ou l’actuelle candidate à la mairie de Bordeaux posait aux côtés de Sébastien Butel, ancien conseiller municipal de la ville de Floirac et ancien membre du Toutatis clan, groupuscule d’extrême droite adorateur de l’imagerie nazi, qui a plusieurs fois assuré le service d’ordre du Rassemblement national, notamment à Bordeaux.
Fascistes à l'aise parmi des flics et manifestants
Retour à la manifestation bordelaise. Au milieu de la foule, deux membres de l'organisation fémonationaliste Némésis ont fait une apparition, munies de pancartes : « Merci la police » et « Némésis soutient la police ».
Ces slogans ne sont pas si étonnants : le groupuscule identitaire a déjà été accusé d’être « protégée » par les forces de l’ordre lors de certains mouvements sociaux. C’était le cas le 23 novembre 2024, à Paris, lors d’une manifestation contre les violences faites aux femmes, durant laquelle les Némésis ont pu défiler, aux côtés du média d’extrême droite Frontières, et escortées par un important cordon de police.

Parmi les soutiens les plus radicaux aux flics locaux figuraient des membres de la Bastide Bordelaise, dont Alaric de Peyrelongue, l’un des trois militants fascistes interpellés en Italie après l’attaque d’un bar antifasciste, et qui, selon le canal Telegram Antifa Squat, aurait également participé à une descente à la faculté de Bordeaux en février 2025.

Encore un patch raciste
Au-delà des responsables reconnus de l’extrême droite parlementaire comme des groupuscules les plus radicaux, qui n’hésitent pas à s’allier à la police, Reflets a également identifié, sur le sac à dos tactique porté par un manifestant, deux patchs racistes du mouvement Thin Blue Line France.

Ce mouvement recycle des codes haineux issus de l’extrême droite américaine : apologie de la violence extrajudiciaire, racisme assumé, glorification du mythe du policier guerrier, militarisation du maintien de l’ordre. Ce symbole haineux qui a déjà été repéré parmi les militants d'extrême droite, mais c’est sur les uniformes de policiers français que la TBL semble prospérer.
Reflets avait d’ailleurs consacré un article à ce mouvement suprémaciste blanc, lorsqu’un policier en portait lors d’une interpellation à Paris, et au cours de laquelle des fonctionnaires n’avaient pas hésité à tenir des propos ouvertement racistes.
Le patch à gauche, qui a suscité malaise et indignation sur les réseaux sociaux, s'inspire d’une photographie du journaliste Pascal Bonnière, de La Voix du Nord, prise le 30 juin 2023 lors des révoltes pour Nahel. On y voit deux jeunes se faire braquer par la RAID. Le journaliste rapporte : « Là, c’est la panique. Ils mettent en joue. Les gamins sont au sol, ventre à terre, une arme pointée sur eux. C’est d’une violence inouïe alors que la situation était très calme. C’est terrifiant ! »

La haine véhiculée par cet écusson est tellement démesurée que le mouvement TBL France a retiré toute publicité pour ledit patch. Par ailleurs, TBL France n’a jamais demandé d’autorisation d’usage au journaliste de La Voix du Nord et l'utilisation de sa photo est illégale pour la vente de ce patch. La photo prise à Bordeaux atteste bel et bien que le patch haineux a pu être mis à la disposition du public.
Le deuxième patch TBL, à droite, articule un renversement spectaculaire de stigmate : les policiers ne sont plus « tous des bâtards » (bastards), mais des « frères » (brothers). ACAB, slogan historique et symbole provocateur de la lutte contre la brutalité policière, est depuis des années réapproprié par des policiers de différentes unités.