Journal d'investigation en ligne
par Antoine Champagne - kitetoa

Petits arrangements avec les principes et courte vue

Yoh les guys, on se fait un petit selfie ? Cette image qui a fait le tour de la planète est le reflet frappant d'une époque. Celle des petits arrangements avec les principes, la morale commune, celle de la courte vue. Pendant l'hommage rendu à Nelson Mandela, le président américain se fait prendre en photo avec David Cameron. La Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt ne voulait pas manquer ce petit "souvenir".

Yoh les guys, on se fait un petit selfie ? Cette image qui a fait le tour de la planète est le reflet frappant d'une époque. Celle des petits arrangements avec les principes, la morale commune, celle de la courte vue. Pendant l'hommage rendu à Nelson Mandela, le président américain se fait prendre en photo avec David Cameron. La Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt ne voulait pas manquer ce petit "souvenir". Il est visiblement bien plus important pour elle, d'immortaliser sa bobine avec des chefs d'Etat que de communier avec la population Sud-Africaine pleurant un homme ayant bouleversé l'Histoire. L'indécence des trois dirigeants - et pourquoi pas un petit selfie autour du cercueil tant qu'on y est ? -  saute aux yeux des vieux cons dans mon genre. Pas aux yeux de tous. Quelque chose a merdé quelque part. Les hommes ont visiblement changé.

Ce ne sont pas trois personnes anonymes dans une foule immense qui sont indécentes. Ce ne sont pas non plus Alain Soral, Dieudionné et Serge Ayoub qui s'éclatent après une bonne blague sur le péril Juif. Non, ce sont les dirigeants de grandes démocraties. Ceux dont les actes devraient être en accord avec les principes de la Démocratie, avec la morale commune, partagée par l'Humanité, ceux qui devraient voir loin et tenter, comme celui qu'ils étaient censés célébrer, de changer la marche du monde.

Ils font l'inverse. Mieux, ils ne sont pas seuls. La France a su montrer combien elle savait être indécente, elle aussi, avec deux présidents, l'ancien dont on attendait rien sur ce plan, et l'actuel dont plus personne n'attend rien, surtout pas ceux qui l'ont élu.

Et oui, les deux compères ont visiblement des bonnes blagues à se raconter pendant l'hommage à Nelson Mandela.

Les hommes qui ont changé la marche du monde dans le bons sens, vers plus d'humanisme, sont rares. Un peu de respect n'est pas superflu. Bien sur, ces hommes sont des hommes et ils ne sont pas parfaits. Ils ont, comme nous tous, commis des erreurs. Mais que sont-elles par rapport à ce qu'ils ont façonné ? Pas grand chose.

Dans l'actualité, nous avons aussi le roi d'Espagne, Juan Carlos dont la cote de popularité s'effondre.

Les Espagnols semblent oublier un peu vite ce qu'ils doivent à cet homme. Simplement, de les avoir sortis d'une dictature fasciste, la seule qui avait perduré après la deuxième guerre mondiale. Franco avait désigné Juan-Carlos comme son successeur. Celui-ci, au lieu de laisser le système suivre son cours, avait ouvert la voie au multipartisme, à la liberté d'expression. A la vitesse de la lumière (par rapport à d'autres pays engagés dans une transition de ce type), l'Espagne est devenue un poumon en Europe pour la liberté, la création, les excès salutaires. Aujourd'hui, les Espagnols le brûleraient volontiers.

Les petits arrangements avec les principes sont l'esprit de l'époque. On le voit lorsque les "défenseurs de la liberté d'expression" prennent le parti de Dieudonné. La liberté d'expression s'arrête pourtant là où la haine pointe le bout de son nez. Défendre la liberté, c'est faire preuve d'humanisme. Pas défendre la liberté de préconiser la haine des autres êtres humains. qu'ils soient Juifs, Arabes, Asiatiques, que sais-je. Cette tolérance pour la haine ne génère que de la haine supplémentaire. Nicolas Sarkozy et ses amis penseurs qui voulaient "décomplexer" la parole, et plus largement la France, en savent quelque chose. Souffler sur les braises en flattant la connerie de Paulo, du Bar des Amis, ça n'apporte rien de bon...

Si l'on peut valider l'idée que la réponse à donner est de poursuivre a posteriori les propos tenus lors des spectacles, plutôt que de les interdire a priori, on peut aussi comprendre, normalement, que Dieudonné n'est pas antisioniste (ce dont il se sert comme paravent) mais antisémite. Ses accointances avec Alain Soral, Robert Faurisson et quelques autres joyeux drilles de ce type le démontrent. Il y a une différence évidente entre s'opposer aux décisions du gouvernement de l'Etat d'Israël et percevoir un complot Juif mondial ou en vouloir à tous les Juifs.

 

Que l'on soit dirigeant politique faisant preuve d'indécence, que l'on fasse l'opposé de ce que Mandela prônait tout en lui rendant tranquillement un hommage appuyé, que l'on soit humoriste antisémite sans l'assumer, tout ces petits arrangements avec la réalité créent une perturbation dans la Force. Il faut faire preuve d'une bien courte vue pour ne pas comprendre quelles en seront les répercussions. Ou alors, si tout cela est fait de manière totalement lucide, c'est que le côté obscur a gagné. La prolifération des citoyens qui pensent que les hommes politiques peuvent les sauver ou qui voient dans Dieudonné une "victime du système" fait pencher, malheureusement, la balance en faveur de la seconde hypothèse...

 

 

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