Journal d'investigation en ligne
Édito
par Antoine Champagne - kitetoa

Patrick Abadie voudrait un Internet qui lave plus blanc

Il a une moustache, un masque rouge et un slip jaune. Son nom ? Statisticator. C'est un super héros virtuel qui, en cette belle année 2001 décide de révéler aux internautes ébahis qu'une entreprise ne peut décemment pas se valoriser sur la base du nombre de ses visiteurs. Entre les discours marketing bien huilés et la réalité, il y a un gouffre. La nouvelle économaïe bat son plein, des sites internet basiques se vendent plusieurs millions de francs, tout baigne dans l'huile de noix de coco.

Il a une moustache, un masque rouge et un slip jaune. Son nom ? Statisticator. C'est un super héros virtuel qui, en cette belle année 2001 décide de révéler aux internautes ébahis qu'une entreprise ne peut décemment pas se valoriser sur la base du nombre de ses visiteurs. Entre les discours marketing bien huilés et la réalité, il y a un gouffre. La nouvelle économaïe bat son plein, des sites internet basiques se vendent plusieurs millions de francs, tout baigne dans l'huile de noix de coco. Pas pour longtemps. Les investisseurs commencent à douter. Et Statisticator, le héros au slip jaune ne va pas aider à sortir de la spirale qui mènera à l'éclatement de la bulle Internet. Il explique par le menu comment gonfler ses statistiques, fournit des outils pour le faire, affiche les statistiques réelles des sites, bref, il casse le mythe. Dans la foultitude des sociétés épinglées, Tchatche.com et son propriétaire de l'époque, Patrick Abadie. La pilule n'est pas passée. Douze ans plus tard, Patrick Abadie est décidé à faire le ménage. Il veut un Internet qui lave plus blanc, façon droit à l'oubli bien pratique. Hébergeant l'article qui le dérange, j'ai donc reçu plusieurs mises en demeures visant à retirer ce papier du Web. Mais les démarches de l'avocat de Patrick Abadie sont subtiles et cela a failli coûter la vie à Kitetoa.com. Encore...

2009 : premier courrier de Patrick Abadie. Selon lui, cet article est ancien, ne reflète plus l'actualité et lui nuit. Je classe ce courrier parmi d'autres du même type.

D'une part, il est évident que l'actualité de chacun évolue et les journaux sont remplis d'archives qui ne la reflètent plus. D'autre part, le délai de prescription pour la diffamation est de trois mois. Patrick Abadie est en retard.

12 décembre 2014 : nouveau courrier, du cabinet d'avocats Bayle & Hasbanian, cette fois. Je dois retirer la page en question sous huit jours ou m'exposer à des poursuites judiciaires. Qui plus est, je suis sommé de formuler une proposition d'indemnisation.

Ce dernier courrier m'est parvenu par le biais de mon registrar, Gandi, car la personne qui relève aimablement le courrier dans une boite postale en Suisse pour Kitetoa.com a visiblement oublié de le faire depuis un moment.

Petite leçon de chose à l'usage des internautes qui ne disposent pas d'un nom de domaine (www.machintruc.com par exemple) : les coordonnées présentes dans la base Whois qui recense les propriétaires de domaines, doivent être exactes et permettre de joindre le propriétaire.

Initialement, un Whois de Kitetoa.com renvoyait mon nom, mon adresse personnelle et mon numéro de téléphone. Jusqu'au jour où ces informations ont largement aidé un certain Jean-Paul Ney a harceler ma famille et menacer de mort mes enfants. J'ai donc décidé de remplacer ces informations par mon nom de plume et l'adresse d'une boite postale en Suisse où mon serveur est hébergé.

Kitetoa.com : ça va être tout noir

L'avocat de Patrick Abadie reconnaît dans ce courrier que l'information exposée dans cet article en 2001 était juste. Pas de diffamation, donc. Au surplus, le délai de prescription est largement dépassé. Mieux, la personne en charge du dossier au sein du cabinet m'indique par téléphone qu'une demande de droit à l'oubli auprès de Google a échoué. Que faire ? Un courrier signé par un avocat avec des menaces de procès, cela fonctionne généralement assez bien avec les auteurs de blogs peu informés de ces problématiques. Mais il existe une autre méthode qui permet d'obtenir satisfaction, même si l'on ne dispose d'aucun levier juridique et que l'auteur se montre un peu récalcitrant à gober les menaces lancées dans le vent. Il suffit de contrôler les données dans la base Whois, d'en trouver une qui ne soit pas juste et de faire pression sur le registrar. Celui-ci doit pouvoir s'assurer que le détenteur du nom de domaine est bien qui il dit être, et pouvoir le joindre à tout moment.

Le cabinet d'avocats Bayle & Hasbanian a donc exercé ce type de pression sur Gandi. Ce dernier a bien entendu pu me joindre, disposant d'un email valide et de mon numéro de portable. Mais son courrier était lui aussi très clair : soit les données dans la base étaient mises à jour, soit le service était coupé. Plus de kitetoa.com, donc, après environ vingt ans de bons et loyaux services offerts aux Internautes.

Le retour de l'OpStayinAlive

Cette méthode de contournement juridique avait déjà été testée sans succès par Merav Griguer, du cabinet Feral-Schuhl / Sainte-Marie pour le compte de Jean-Paul Ney. J'avais à l'époque décidé d'écrire une série baptisée OpStayinAlive. La démarche était exactement la même. Pas de levier juridique pour faire retirer les pages qui dérangent, donc, tentative de faire disparaître Kitetoa.com dans son ensemble.

Cette démarche est bien entendu stupide. Les pages sont probablement archivées sur www.archive.org et une disparition de pages générerait sans doute un effet Streisand, du datalove en pagaille, bref, ceux qui voudraient que ce soit tout noir obtiendraient l'effet inverse.

Disparaître ou ne pas disparaître, telle est la question

Les démarches de Merav Griguer, du cabinet Feral-Schuhl / Sainte-Marie pour le compte de Jean-Paul Ney ont échoué. Kitetoa.com est toujours là. Les démarches du cabinet d'avocats Bayle & Hasbanian pour le compte de Patrick Abadie également. Le site est toujours là, mes discussions avec Gandi ayant porté leurs fruits, bien plus que celles que j'ai eues avec ce cabinet d'avocats à qui je n'ai pas réussi à faire comprendre les effets de bord potentiels de ses démarches.

Depuis la création de Kitetoa.com, seules quelques pages ont disparu du site ainsi qu'une image. Toujours de mon fait et sans aucune pression extérieure. J'attends donc avec zénitude un éventuel procès. J'ai toujours été partisan d'une prise de parole responsable. Si un article devait poser problème, je le défendrai en justice. Mon métier, journaliste, m'a appris à ne publier que des choses que je peux prouver. C'est d'ailleurs ce qui a guidé tous nos écrits sur Reflets.

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