Journal d'investigation en ligne et d'information‑hacking
par Antoine Champagne - kitetoa

Où êtes-vous, Liza et Luc ?

Les commentaires sur les années fric, les fameuses années 80-90, sont nombreux. On regarde ces années avec une sorte de commisération. Bernard Tapie, dans son émission Ambitions, magnifiait l'entrepreneur, celui qui crée de la richesse, l'emploi. Déjà... Car aujourd'hui encore, le patronat le dit haut et fort, l'entreprise est la seule à pouvoir créer de l'emploi et de la richesse. L'entreprise comme il la conçoit. Pyramidale.

Les commentaires sur les années fric, les fameuses années 80-90, sont nombreux. On regarde ces années avec une sorte de commisération. Bernard Tapie, dans son émission Ambitions, magnifiait l'entrepreneur, celui qui crée de la richesse, l'emploi. Déjà... Car aujourd'hui encore, le patronat le dit haut et fort, l'entreprise est la seule à pouvoir créer de l'emploi et de la richesse. L'entreprise comme il la conçoit. Pyramidale. Avec des 1% en haut et des 99% en bas, qui exécutent des stratégies forcément géniales. Il y a pourtant un petit hic. Plus on donne aux entreprises, moins elles créent d'emplois. Mieux, plus on leur facilite la vie, plus la paupérisation augmente. Etonnant, non ? Après années fric, les années 80-90, où en sommes-nous ? Nos années actuelles sont-elles celles du retour à la conscience, à l'amour, au partage, à la mise en commun ? A l'ère d'Internet, du partage des savoirs, de l'information globale pour tous, sommes-nous, une fois "éveillés" au monde et à sa réalité, plus empathiques ? Raté. Comme Diogène, on cherche aujourd'hui les Hommes. Ceux qui n'ont pas choisi comme mode vie celui qui consiste à écraser les autres.

Où sont les Hippies ? Leur "faites l'amour, pas la guerre" ? Etait-ce vraiment un slogan neu-neu ? A-t-on véritablement changé la société telle qu'elle était à l'époque du Général ? Les femmes sont-elles vraiment intégrées dans la société ? Le droit à la différence est-il mieux accepté ? Le racisme a-t-il reculé ? Les relations dans l'entreprise sont-elles apaisées ?

Vu d'en bas, les mêmes 1% continuent d'écraser et d'exploiter les 99%. Et les 99% ne réclament plus rien. Même pas de faire l'amour en lieu et place de la guerre.

Vu d'en bas, les femmes sont toujours autant victimes des hommes. Vu d'en bas, le droit à la différence n'existe pas. Vu d'en bas, la France, comme à peu près tous les pays, a toujours le même fond de racistes qui prêchent la haine. Vu d'en bas, les entreprises sont des machines à broyer quand elles ne le sont pas elles-mêmes, victimes de leur courte vue.

Les Monsieur Excel se sont infiltrés partout. Il faut "faire du chiffre" demain. Pas après-demain, ni sur le trimestre, ni sur l'année, ou les dix ans à venir. Non, l'entreprise n'est plus envisagée sur le long terme. Les équipes dirigeantes qui peuvent changer au gré des vents (des fonds d'investissement pour être précis) ont adopté le bien connu "après moi le déluge" comme mantra. Les objectifs fixés sont inatteignables ? Contre-productifs ? Risquent de mettre en péril l'image de l'entreprise ? Et alors ? Si on rentre de l'argent... Peu importe. Aujourd'hui, mieux vaut aller faire du business avec Bachar el-Assad ou Abdallah Senoussi que de réfléchir à une stratégie un peu plus "propre", mais plus long terme.

Oh, regarde, une reprise (en trompe-l'oeil)

Les Hippies ne font pas la guerre et leur révolution se fait à base de fleurs. Ils n'inquiètent donc pas trop le système. En revanche, les 98% (si l'on retranche les 1% de Hippies), pourraient bien s'énerver de voir leur situation continuer à se dégrader tandis que celle des 1% continue de s'améliorer. Comme le système ne peut prendre ce risque (même s'il a des armes, il est en minorité), il martèle que la crise est derrière nous.

Ce qui est franchement faux. Mais peu importe, la presse relaye.

Sans prendre en compte quelques signes inquiétants. Par exemple, en Chine, un volume non négligeable de prêts ont été accordé sur la base de contreparties en or qui sont falsifiées. Pas loin de 80 milliards de dollars seraient concernés.

La Banque des règlements internationaux (BRI) s'inquiète quant à elle dans son rapport annuel 2013/2014 de la situation :

A new policy compass is needed to help the global economy step out of the shadow of the Great Financial Crisis. This will involve adjustments to the current policy mix and to policy frameworks with the aim of restoring sustainable and balanced economic growth.

The global economy has shown encouraging signs over the past year but it has not shaken off its post-crisis malaise (Chapter III). Despite an aggressive and broad-based search for yield, with volatility and credit spreads sinking towards historical lows (Chapter II), and unusually accommodative monetary conditions (Chapter V), investment remains weak. Debt, both private and public, continues to rise while productivity growth has extended further its long-term downward trend (Chapters III and IV). There is even talk of secular stagnation. Some banks have rebuilt capital and adjusted their business models, while others have more work to do (Chapter VI).

To return to sustainable and balanced growth, policies need to go beyond their traditional focus on the business cycle and take a longer-term perspective - one in which the financial cycle takes centre stage (Chapter I). They need to address head-on the structural deficiencies and resource misallocations masked by strong financial booms and revealed only in the subsequent busts. The only source of lasting prosperity is a stronger supply side. It is essential to move away from debt as the main engine of growth.

Le chapitre sur le secteur financier est parlant. Même si les banques ont, selon la BRI, amélioré leur situation post crise financière, elles restent très fragiles et aucun résultat de stress test, aussi biaisé soit-il ne changera la réalité. Il est temps de se préparer pour la prochaine crise, explique tranquille la BRI.

Vous êtes prêts ? Votre situation s'est-elle améliorée au point que vous puissiez en encaisser une nouvelle ?

Chers 99%, votre situation personnelle ne s'améliore pas. Le chômage est toujours là.

En Grèce par exemple, il atteint 26.7 % et 56.8 % pour les jeunes. En Espagne, ce sont 54% des jeunes qui sont au chômage. Un vrai signe de reprise, non ?

Quant à votre situation financière, elle va pour le mieux. Il faut lire cet article de Mediapart qui compile quelques chiffres... Quelque 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France contre 7 millions en 2004. Dans le même temps, la hausse annuelle des revenus des 0,01% des Français les plus riches a atteint 43 % à un minimum de 840.000 euros. "Les 10 % des Français les plus pauvres n’ont eux connu qu’une augmentation de revenu à la marge. En 2005, ils gagnaient au maximum 13 020 euros par an, en 2011, ils gagnent au maximum 13 070 euros, soit une hausse de 50 euros sur l’année [50 euros de plus sur l'ensemble de l'année, NDLR]", souligne Medapart.

Le nombre de foyers bénéficiaires du RSA a progressé de 7,9% en deux ans à 2,310 millions en mars 2014.

Ces assistés, comme dirait la Droite Forte, sont certainement prêts pour la prochaine crise.

Fort heureusement, 32.000 milliards de dollars ont été soustraits à l'impôt et planqués dans les paradis fiscaux. C'est toujours ça que les plus pauvres ne récupéreront pas via l'impôt.

Quant à la prochaine crise... Il y a tant de possibilités... Le High Frequency Trading, bien entendu, nous en avons parlé à mainte reprises sur Reflets. Mais aussi l'exposition des banques aux produits dérivés. Selon le gouvernement américain, les 25 premières banques américaines en sont pour 236.637 milliards de dollars avec en face, des fonds propres de 94 milliards. Essayez d'emprunter 236.637 euros avec 94 euros sur votre compte pour voir la réaction de votre chargé de clientèle. Juste pour rire.

Depuis la fin 2007, le montant global de l'endettement public a progressé de 30.000 milliards de dollars à 100.000 milliards. Une paille.

Alors oui, on se demande si Liza et Luc n'avaient pas raison de vivre en communauté dans une maison bleue accrochée à la colline, on se demande où ils sont, pourquoi leurs idées ont disparu, on se demande où sont les Hommes indignés, où sont ceux qui auraient toutes les raisons de lancer une révolution des idées. En tout cas pas dans les rangs du parti au pouvoir.

 

 

Edit : Petit oubli dans cet article, ce petit texte de la newsletter Eco du Monde.fr:

"Nous avons à répondre à une très belle question : 'Y a-t-il une finance heureuse, au service d'investissements heureux ?' Je l'exprimerais autrement et vous verrez ma part de provocation. Notre amie, c'est la finance : la bonne finance"  Le ministre des finances, Michel Sapin, a déclaré dimanche que la finance était l'"amie" du gouvernement et de l'économie, dans une intervention aux Rencontres économiques d'Aix-en-Provence. Selon lui, la "mauvaise" finance est celle de la spéculation, "qu'il fallait combattre et qu'il faut encore combattre pied à pied parce qu'elle est encore là, elle est encore derrière, elle est encore en dessous, prête parfois à bondir"."C'est celle qui ne cherche pas à construire ses gains (…) sur du solide, qui ne cherche pas à construire ses gains sur de la durée", a-t-il ajouté. Au contraire, pour le ministre, la "bonne" finance est "celle dont nous avons besoin, celle dont l'Etat a besoin, y compris pour se financer lui-même". "Surtout dans la période actuelle, nous avons besoin d'une finance qui vienne aider" les entreprises françaises "à se financer", pour créer de la croissance, a affirmé M. Sapin.

Le finance "heureuse"... Ça ne s'invente pas... Ceci dit après des années de QE, en effet, elle est heureuse la finance...

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