Journal d'investigation en ligne
par Antoine Champagne - kitetoa

NSA/Snowden : la France, ce cas très particulier...

Pour qui se souvient de la grande période du sarkozysme triomphant, celle pendant laquelle la presse encensait ce président volontariste, ce nouveau Kennedy, cet homme qui allait faire plier le monde de la finance, réduire en miettes la crise financière mondiale, réguler la gravitation universelle du cosmos, il y a comme un air de déjà-vu. Et oui, il fut une période ou la presse, finalement, ne faisait que relayer les "éléments de langage" distillés par les ténors du gouvernement et de l'UMP.

Pour qui se souvient de la grande période du sarkozysme triomphant, celle pendant laquelle la presse encensait ce président volontariste, ce nouveau Kennedy, cet homme qui allait faire plier le monde de la finance, réduire en miettes la crise financière mondiale, réguler la gravitation universelle du cosmos, il y a comme un air de déjà-vu. Et oui, il fut une période ou la presse, finalement, ne faisait que relayer les "éléments de langage" distillés par les ténors du gouvernement et de l'UMP. Depuis quelques jours, on assiste au même manège. Les phrases copiées-collées par la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy s’étalent dans la presse, soit parce qu'elles y sont prononcées par les nouveaux parangons de vertu de l'UMP, soit parce qu'elles y sont reproduites en boucle. Et là où l'on avait la semaine dernière une avalanche d'affaires très inquiétantes pour l'UMP, on a désormais... Autre chose.

Une sorte de pseudo-affaire Taubira-Valls-Ayrault. Une sorte de pseudo affaire des avocats outragés. Bref, plus grand chose sur le fond. Le fond étant tout de même que Nicolas Sarkozy déteste et méprise le monde entier, à part lui-même, c'est désormais prouvé avec les enregistrements Buisson. Vous nous direz : et alors ? Alors, il est peu probable qu'un homme d'Etat sans la moindre empathie soit, justement un homme d'Etat. Il est un homme de son camp.  Les enregistrements dévoilés dans la presse montrent également que quelques hommes non élus avaient l'oreille très attentive du président à force de lui cirer les pompes à un point indécent, et même, franchement, assez pathétique pour eux.

Avant que les éléments de langage de l'UMP ne retrouvent leur place préférée, c'est à dire à la Une de la presse, il y avait une sale affaire de favoritisme et de surfacturation dans la boutique UMP avec son fournisseur Bigmalyon.

Avant cet enfumage à deux cents d'euros, mais qui a toujours fonctionné du temps du sarkozysme triomphant -pourquoi se priver aujourd'hui-, il y avait un ancien président de la république, redevenu un justiciable comme un autre, qui semblait avoir obtenu des informations très précises sur une affaire le concernant via un membre de la Cour de Cassation.

Que reste-t-il de tout cela ? Le concert des pleureuses qui s'offusque que l'on puisse mettre sur écoutes un ancien président... Encore un peu et ils se feront un méga-Hara-Kiri en place publique pour racheter l'honneur de la Justice et de ce pays.

Paille, poutre, tout ça, tout ça...

Alors justement... Si vous nous permettez et bien que nous l'ayons déjà traité par ailleurs, permettez-nous de revenir sur ce point méta-comique.

Nous avons donc toute la droite qui s'offusque que l'on puisse mettre des gens sur écoute, alors que, comme l'avance sans rire Henri Guaino, il n'y aurait rien qui le justifie. Cette même droite qui a tant oeuvré pour mettre en place une collection de lois sécuritaires plus liberticides les unes que les autres et qui ont mené, justement à une surveillance relativement globalisée. La même droite qui, utilisant des noms de bonbons mettait en place une infrastructure d'écoutes globales (à l'échelle de la planète cette fois) délocalisée, hors du champ judiciaire français, en  vendant des armes numériques de surveillance à des dictateurs notoires. Vous suivez la logique ?

Nous non plus, rassurez-vous.

Sarkozy à l'origine de l'accord Lustre ?

Mieux, il s'agit visiblement du même président et de la même droite qui mettait en place les conditions nécessaires à la fourniture à la NSA de vos données personnelles.

Et oui...

Le dernier article en date de The Intercept est assez édifiant.

Il revient sur l'apparente surprise des dirigeants politiques européens lorsque éclate le scandale des écoutes de la NSA sur la base des documents Snowden.

Selon Glenn Greenwald, qui se base sur un document de la NSA, les dirigeants politiques n'étaient pas forcément au courant de l'étendue des petits arrangements entre services de renseignement. Entendez par exemple : François Hollande ne savait peut-être pas que des services français fournissaient jusqu'à 70 millions de méta-données sur les appels téléphoniques des Français, en un seul mois, à la NSA.

En revanche, la note de la NSA est assez claire sur un point :

Datée du 15 septembre 2009 elle explique :

"Depuis l'élection d'un président pro-américain l'un de nos partenaires européens est bien plus ouvert pour nous fournir des informations sur ses propres capacités et techniques, dans l'espoir d'augmenter nettement notre collaboration dans le domaine du renseignement".

Et voilà sans doute où il faut chercher les racines du fameux accord Lustre.

Ce même accord qui n'a fait l'objet d'aucune discussion en France.

Le silence est d'or

En cas de crise informationnelle, entendez un scandale ou un problème d'image important, il y a globalement deux méthodes qui permettent de s'en sortir pas trop mal.

Première méthode, c'est celle à laquelle nous assistons avec l'UMP ces jours-ci : créer un enfumage par la médiatisation d'une supposée affaire dans l'affaire (poupées russes) qui implique le camp d'en face.

Deuxième méthode : ne rien dire, ne rien faire. Laisser une nouvelle info (qui ne vous concerne pas) évacuer la précédente (celle qu vous concerne). Ici, nous avons la méthode utilisée pour la gestion du scandale Lustre.

Rien. Le silence total. Deux ou trois articles ici ou là. Une question parlementaire restée sans réponse depuis novembre 2013. Pas une déclaration d'un dirigeant politique aux affaires. Nada.

Pourquoi ?

Des milliers de lignes sur l'écoute d'un justiciable sur lequel pèsent de lourds soupçons. Quasiment rien sur un accord qui permet à la NSA de se fournir en France, par des moyens qui laissent songeur, à hauteur de 70 millions de données téléphoniques sur un seul mois ?

Quelque chose ne fonctionne pas dans ce pays.

Comme le note The Intercept, pour la même problématique, Ronald Plasterk, ministre des "Home Affairs and Kingdom Relations" des Pays-Bas a du se défendre devant le Parlement qui lui a imposé un vote de confiance. Les parlementaires n'avaient pas trop apprécié qu'il attribue à la NSA les millions d'écoutes, comme en France, de Néerlandais. Il avait été contraint par la suite d'avouer que les écoutes avaient été fournies par les services de renseignement de son pays à leurs collègues américains de la NSA. Visiblement, dans ce pays, les parlementaires prennent un peu plus au sérieux ce genre de blagues.

Ici, nous ne saurons rien de l'accord Lustre. Ni ce qu'il a généré comme collecte de données. Ni comment ces ces écoutes ont été rendues possibles. Ni par qui elles ont été effectuées. Avec l'aide de quels opérateurs, avec quelle technologie ? Comme il ne s'agit probablement ni d'écoutes judiciaires ni d'écoutes administratives, un peu de transparence serait la bienvenue...

Nous ne saurons pas non plus si l'accord Lustre est toujours appliqué.

Les politiques à qui le peuple a délégué son pouvoir ne pensent visiblement pas que cela ait un intérêt.

Les Pays-Bas ne sont pas le seul pays où le scandale de la NSA a déclenché un débat public et où les parlementaires se sont impliqués. La Grande Bretagne, les Etats-Unis sont parmi ceux-ci. En France, rien. Tout est déjà oublié. On ne parle plus que de pollution et d'écoutes de l'ancien président...

 

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