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par shaman

#NonRetour : Vinci s'embourbe en Colombie

Suivons la piste du géant de la construction français pour voir jusqu'à quels marécages celle-ci pourrait nous emmener.

Ah les grands projets ! Quels meilleurs témoignages de la grandeur d'une civilisation. Le phare d'Alexandrie : un symbole mais aussi un outil qui permettra de guider le commerce en Méditerranée pendant plus de quinze siècles. La grande muraille de Chine : une construction défensive qui servira de moyen de communication et permettra l'émergence de la fameuse route de la soie.

Dessin de Leonard de Vinci

Des ouvrages permettant le développement. Des ouvrages fait pour marquer les esprits à travers les contrées et les siècles. Des ouvrages qui ont eu leur place dans des temps où les îlots de stabilité étaient rares. Un temps où nous avions besoin de faire rayonner les lumières de la civilisation face aux étendues sauvages.

Mais ce sauvage nous manque cruellement aujourd'hui.

Pour ce nouvel article de notre série sur l'impératif climatique, nous nous attelons aux grands projets. Et les grands projets, chez nous, c'est Vinci. La société est un symbole avec des ouvrages marquants comme le Tunnel sous la Manche, l'usine marémotrice de la Rance, le centre Pompidou ou le stade de France. Mais Vinci symbolise aussi le débat sur les grands projets inutiles son ombre planant sur les luttes de Notre Dame de Landes ou le contournement autoroutier de Strasbourg.

Partons en chasse sur la piste de ce géant de la construction. Passons au crible certaines de ses œuvres. Peut-être en tirerons nous assez d'enseignements pour mieux nous armer dans le débat face à l'internationale du béton.

Manifestation contre le projet d'Aéroport de Notre Dames des Landes - NPA 44
Manifestation contre le projet d'Aéroport de Notre Dames des Landes - NPA 44

"Il ne faut pas appeler richesses les choses que l'on peut perdre." -- Léonard de Vinci

De quand dater la naissance de Vinci ?

Se situerait-elle en 1817, année de naissance de la "Maison Jean et Chabrié", première née d'une myriade de 2100 entreprises qui composent aujourd'hui le groupe ? Ou en 1908, avec la création de la SGE ("Société Générale d'Entreprises"), l’ancêtre le plus fameux et direct de ce conglomérat. Son histoire est une histoire de "relations intimes entre des ingénieurs et la puissance publique". Des relations symbolisées par Louis Loucheur, créateur de la SGE puis passé à la politique pendant la première guerre mondiale. Il deviendra ministre de l’armement et des munitions puis bras droit d'Aristide Briand après la guerre. Il sera l'architecte de l'effort d'industrialisation française pour rattraper l'ennemi allemand puis de la reconstruction du pays.

L'Europe apaisée, on retrouve la SGE transitant entre différents grands groupes. La "Companie Générale Electricité" devenue Alcatel de 1966 à 1984, puis Saint Gobain de 1986 à 1984 et enfin Vivendi. Finalement, en février 2000, Vivendi rend sa liberté à la SGE qui choisit de se renommer Vinci. Quelques mois plus tard le groupe se porte acquéreur des "Grands Travaux de Marseille" et devient le premier groupe de BTP au monde.

Un géant est né.

Un petit tour par son actionnariat nous permet de compléter cette image. On apprend ainsi que les institutionnels français ne détiennent que 15,5% des parts du groupe, au coté d'institutionnels américains (22,6%), anglais (11,6%), européen (17,7%) et qataris (5,5%). Une action dont les fonds souverains sont donc très friands. Serait-ce dû à la très transparente politique de redistribuer en dividendes 50% des bénéfices, par ailleurs en constante augmentation, faisant ainsi de l'action Vinci un investissement qualifié de "sûr" ? Ou serait-ce la capacité sans pareille du groupe à rafler les partenariats public-privé, ces juteux contrats consistant à construire et gérer les équipements des collectivités étranglées par les politiques d’austérité. Une dynamique que Politis qualifie de "discrète mais massive privatisation".

Et pour la stratégie de ce géant aux pieds de béton, c'est le site d'analyses boursières "Seeking Alpha" qui va s'y coller.

On y apprend que Vinci tire encore 59% de ses revenus de France et 25% du reste de l'Europe. Que le groupe s'organise autour de deux pôles principaux : la construction et les concessions. Un pôle "Construction" générant beaucoup de chiffre d'affaires mais peu de bénéfices. Un pôle arrivé à maturité, demandant peu d'investissements, véhiculant l'image du groupe et lui permettant de se positionner sur le marché des concessions. Quand au pôle "Concession", lui, il ne représente que 15% du chiffre d'affaires et que 3,6% des emplois ... mais génère 60% des bénéfices. Et joyaux de ces juteux marchés, qualifiés de "vache à lait" par les analystes : les autoroutes françaises.

Ces concessions autoroutières pourtant dénoncées par l'assemblée socialiste en 2014. Puis reconfirmées par le gouvernement de François Hollande et son ministre de l'économie Emmanuel Macron en 2015, à contre-courant des recommandations des parlementaires et de l’Autorité de la concurrence. En échange d'un "plan de relance" autoroutier, les sociétés autoroutières avaient même obtenu une extension des concessions pour deux ans supplémentaires.

Quand au fameux "plan de relance", il nous conduit tout droit à notre premier grand projet inutile, le contournement autoroutier de Strasbourg. Les pièces commencent à se mettre en place. Il ne reste qu'à trouver notre grand aéroport inutile de Notre Dame des Landes.

Blocage de péage dans le cadres des mobilisations du mouvement gilets jaunes - Haute Gironde
Blocage de péage dans le cadres des mobilisations du mouvement gilets jaunes - Haute Gironde

“Ne pas prévoir, c'est déjà gémir.” -- Léonard de Vinci

Vinci se dope donc aux autoroutes françaises, mais la crise de 2014 a dû provoquer l’inquiétude de ses parrains internationaux. Ces contrats juteux ne sont pas éternels, Vinci doit impérativement s'en désaccoutumer. Le groupe décide alors de diversifier ses addictions et de se donner à fond dans les concessions aéroportuaires. En décembre 2012, l'acquisition de ANA permet d'ajouter 10 nouveaux aéroports portugais au portefeuille de Vinci Airport. Puis les acquisitions s’enchaînent : Santiago de Chili, Osaka et Kansai en 2015, puis Salvador au Brésil en 2016, Belgrade en 2017. En 2018, c'est l'acquisition du portefeuille de Airports Worldwide et de ses 10 aéroports, qui permet à l'entreprise de prendre pied sur le continent américain. En ligne de mire, l'éventuelle privatisation de ADP ("Aéroports de Paris") en 2019, un mouvement qui donnerait naissance à un monstre, premier opérateur d'aéroports mondial, loin devant ses concurrents.

Vinci doit aussi se désaccoutumer de sa dépendance à la France. En 2016, le groupe annonce son intention de réaliser très vite 50% de son chiffre à l’international. Et nous, les pays étrangers, ça nous plaît. Observer notre petit oiseau national voler de ses propres ailes vers de nouveaux territoires. Exporter le savoir faire et la technologie des ingénieurs français. Le "Développement" allant de pair avec les valeurs "Made in France". C'est donc hors de France que nous chercherons notre grand projet.

Le service marketing de Vinci est clair :

"Parce que nos réalisations sont d’utilité publique, nous considérons l’écoute et le dialogue avec les parties prenantes de nos projets comme des conditions nécessaires à l’exercice de nos métiers, en France et à l’international. [...] Parce que notre vision de la réussite est globale et ne se limite pas à nos résultats économiques, nous nous engageons sur la performance environnementale, sociale et sociétale de nos activités."

Nous devons trouver une grande œuvre que nous pourrions passer au crible de ces déclarations. Il y aurait bien le Qatar et ces soupçons de travail forcé. Ou cette histoire de corruption et de destruction de la forêt de Khimic en Russie. Ou encore la "liste noire" des travailleurs syndicaux et défenseurs de l'environnement en Angleterre ? Non, il nous faut quelque chose de nouveau, un scandale encore inexploré. Nous repartons donc pour les Amériques, une région pour laquelle le groupe affirme avoir de belles perspectives. Et plus précisément pour la Colombie, un pays qualifié des plus dynamiques, dans lequel le groupe a prévu de poser ses racines.

Activistes de la forêt de Khimki en Russie. Durant la répression du mouvement, un journaliste a été passé à tabac. Il y a perdu une jambe et l'usage de la voix.  - Naturvernforbundet
Activistes de la forêt de Khimki en Russie. Durant la répression du mouvement, un journaliste a été passé à tabac. Il y a perdu une jambe et l'usage de la voix. - Naturvernforbundet

“D’une chose légère peut naître un grand désastre.” -- Léonard de Vinci

Vinci débarque en Amérique Latine en 2007 grâce à l'acquisition de "Soletanche", un des derniers groupes internationaux de BTP indépendant. De consolidations en consolidations, le groupe étend ses implantations sur le continent. En 2014, "Soletanche" porte à 100% sa participation dans sa co-entreprise "Freyssinet Espagne", faisant ainsi passer sa part de chiffre d'affaires hors Europe à 60% dont une bonne part en Amérique latine. Et dans la foulée porte à 100% sa participation dans le "Grupo Rodio Kronsa", précédemment co-géré avec le groupe mexicain "ICA". Voila un bon pied d'entrée. Un coup d’œil à la page recensant les entités Vinci nous confirme la présence de "Soletanche Freyssinet" et de ses filiales sur place. Et un petit détour par le site de Freyssinet en Colombie nous révèle les projets qu'ils y mènent.

Très vite un premier grand projet nous saute aux yeux : le port de Puerto Brisa. Reflets a déjà évoqué cet ouvrage dans de précédents articles. D'abord lorsqu'il était question des combats des indigènes Kogui contre l'exploitation minière de leurs terres et de leur montagne sacrée. Puis quand nous évoquions la tentation carbo-fasciste de la Colombie de décupler ses exportations de charbon. Puerto Brisa, le nouveau port minier destiné à exporter tout ce carbone fossile pour qu'il soit brûlé dans les centrales thermiques américaines. Un port bloqué il y a encore un an pour manquement à mettre en application son plan environnemental. Nous en avons donc déjà parlé, nous cherchons du nouveau. Continuons.

En 2015, Vinci annonce passer un partenariat stratégique avec "Constructora Conconcreto" et acquiert 20% de l'entreprise colombienne. Conconcreto a aussi fait partie du consortium qui a construit Puerto Brisa. En 2016, les deux entreprises annoncent qu'elles vont gérer la concession de l'autoroute Bogota-Girardot à parts égales. Nous tenons le bon bout, suivons la piste.

Et au détour d'un article notre grand projet nous saute aux yeux. Le barrage d'Ituango. Cette méga oeuvre destinée à générer 17% de l'électricité colombienne et 50% de celle de son cœur économique, le département d'Antoquia. Un ouvrage de 225 mètres de hauteur ayant reçu l'appui financier du Canada, de la Chine et de la Banque Américaine de Développement. Un ouvrage destiné à être livré en 2018. Et puis cette crise au printemps dernier. Des pluies diluviennes et un glissement de terrain bloquant le tunnel régulant les flots. Et voici EPM, le client, affirmant ne plus maîtriser la rivière. 23 000 personnes évacuées. 6 000 ayant perdu leur maison. Puis encore un glissement de terrain un mois plus tard. Les ingénieurs finissent par concéder qu'il y a un risque que l'ouvrage entier s'effondre.

Un coup d’œil à leurs sites respectifs et nous découvrons "Soletanche Freyssinet" et "Conconcreto" au cœur de cette galère. N'allons pas plus loin.

Le barrage d'Ituango - Pulzo
Le barrage d'Ituango - Pulzo

“Le mal est notre ennemi. Mais, ne serait-il pas pire qu'il fût notre ami ?” -- Leonard de Vinci

La montée du fleuve aura-t-elle pour conséquence de laver les écuries d'Augias ? Quelques jours après la catastrophe, le procureur général de Colombie indique ouvrir trois investigations contre les "Entreprise Publiques de Medellin" ou EPM, le groupe qui a commandité le projet.

Un enquête est d'abord ouverte contre CCC, le consortium qui a remporté le projet, pour irrégularités dans les contrats et dommages environnementaux. La Pulla, une chroniqueuse du journal "El Espectador" nous décrit le cynisme des conditions d'attribution du contrat. D'abord les premières études de faisabilité datant de 1982 indiquent que la zone est sismique et que la roche sur laquelle s'appuierait l'ouvrage serait friable. Puis ces premières études environnementales lancées dans les années 2000, qui mettront neuf ans à aboutir et dont le cadre sera modifié 24 fois. Puis cet appel à projet lancé en 2011, modifié 10 fois dont une dernière fois 12 jours avant sa clôture. Tout cela pour favoriser les deux seuls compétiteurs qui resteront en lice, "Camargo Correa" et "Odbrecht", deux multinationales brésiliennes empêtrées dans des scandales de corruption dans leur propre pays. Un contrat finalement gagné par CCC, le consortium mené par "Camarrgo Correa" et dont "Conconcreto" fait partie. Un contrat qui sera finalement en toute illégalité gardé loin des yeux du public. Et puis ces conflits d’intérêts. Ces dirigeants de "Conconcreto" travaillant aussi pour "Integral", la société ayant conçu l'œuvre. Et enfin cette explosion du prix du contrat. D'abord signé à 1,8 milliards de pesos, la proposition la moins chère. Mais qui après pas moins de vingt trois ajouts, finira à 2,4 milliards de pesos, bien plus chère que la plus chère. Tout cela pour finir à deux doigts d'être emporté par les eaux.

La deuxième enquête ouverte par le procureur général de Colombie fait suite à une plainte déposée par l'association "Rios Vivos". Le 2 mai, alors que le barrage est sur le point de s'effondrer, un activiste local et leader de l'opposition au barrage est assassiné. L'association exige des autorités d'élucider cette affaire. Quelques jours plus tard, ce sont deux autres activistes militants pour la compensation des communautés environnantes qui tombent sous les balles des tueurs. En Colombie, il n'est pas bon de retourner les pierres. Un reportage de France24 datant de 2014, nous décrit la région comme en proie aux combats entre l'armée qui protège les travailleurs du barrage et la guérilla défendant son importante base arrière des massifs montagneux de Paramillo. Les clans néo-paramilitaires luttant pour les routes de la cocaïne et les entreprises de sécurité opérant comme relais du pouvoir de Medellin. Enfin, le barrage, perçu comme "un moyen de dominer ce territoire par la force". Sous le lac de retenue, demeureront à jamais les fosses de la guerre civile. Ce sont plus de 700 corps dont les proches attendent toujours des nouvelles.

Hugo Albeiro George Perez, l'activiste le l'association Rios Vivos executé.
Hugo Albeiro George Perez, l'activiste le l'association Rios Vivos executé.

Il nous faudra enfin parler de l'énergie hydroélectrique. Cette énergie verte, durable, zéro émission.

Après une décennie d'abandon, la Banque Mondiale avait décidé en 2013 de re-changer son fusil d'épaule et de sponsoriser des méga-barrages qualifiés de "transformationnels". Un moyen permettant de sortir des régions entières du sous-développement tout en conciliant les impératifs climatiques. Alors, l’hydroélectricité, solution miracle contre le réchauffement climatique ? Les études dépeignent une image bien différente. Les matières végétales emprisonnées dans les réservoirs généreraient du méthane, un gaz ayant un potentiel 30 fois supérieur au gaz carbonique en terme de réchauffement. A tel point que dans certains cas, l'hydroélectricité coûterait plus cher en émissions de gaz à effet de serre qu'une centrale aux énergies fossiles. Et plus spécialement dans les régions tropicales comme au Brésil où a eu lieu l'étude... ou en Colombie.

C'est enfin la destruction des écosystème qui est en question. "Quand vous construisez un barrage, vous détruisez le seule et unique chose importante pour une rivière : son flux. Vous tuez tout l'écosystème" affirme Rok Rozman, un biologiste slovène qui défend la dernière rivière sauvage d'Europe, la Vjosa. Depuis 1970 et le boom de la construction des barrages, le monde a perdu 80% de ses animaux d'eau douce. Aux Etats-Unis et en Europe, une nouvelle science met en place des projets de démantèlement des vieux ouvrages. "Les grands barrages, dans la majorité des cas, ne sont pas économiquement viables" proclame un rapport de Oxford en 2014. En 2005, les économistes James Robinson et Ragnar Torvik affirmaient : "C'est l'inefficacité même de ces grands projets qui les rend politiquement attractif. Ils fournissent une opportunité pour ceux au pouvoir de canaliser de l'argent de certains projets vers d'autres mains". Sarah Chayes, experte en corruption pour le "Fondation Carnegie" enfonce le clou. Parlant d'un autre barrage dont les projections à pertes défient toute logique économique, elle assène : "Le projet entier n'est pas conçu pour servir l'objectif annoncé. Le premier objectif est de servir de conduit pour écrémer de l'argent hors du budget de l'état".

Ituango, le méga projet de développement. Perclu de corruption et d'amateurisme. Machine à détourner l'argent public et à noyer les squelettes se trouvant au fond du placard. En passe de détruire les moyens de subsistance des communautés locales et l'écosystème précieux de la vallée de la Cauca.

Voici sûrement les fameuses performances sociétales, sociales et écologiques dont nous parlait le marketing de Vinci.

Pour ceux qui parlent espagnol, "La Pulla", chroniqueuse du journal colombien "El Espectador" qui nous résume avec humour et cynisme, l'affaire d'Hidroituango :

“L’oeuvre de la nature est bien plus difficile à comprendre que le livre d’un poète.” -- Leonard de Vinci

Sarah Chayes, l'experte anti-corruption, affirme que les banques internationales et les organisations humanitaires doivent revoir leur approche pour financer de tels projets. Il nous faut en fait aller beaucoup plus loin. Nous commençons à prendre la mesure de l'urgence climatique, et le pouvoir économique, en donneur de leçon, persiste à affirmer que la lutte contre le réchauffement climatique n'est que l'affaire de tous. S'il tient à garder un once de crédibilité, une place dans la nouvelle société à construire, il est temps pour lui de se mettre à respecter à la lettre ses propres chartes et principes. Qu'il cesse de considérer les études environnementales ou d'impacts sociaux comme des vulgaires paperasses, tout juste bonnes à empêcher de travailler en rond. Les informations sont là. Dans l'affaire d'Ituango, les activistes issus des communautés ont porté plainte contre la "Banque Inter-Américaine de Développement" l'accusant de ne pas respecter ses propres standards. Au Canada, l'ONG "Above Ground" relaye ces informations et dénonce les pratiques du fond souverain de développement EDC. Et Vinci dans tout ça ? Ne possédant que 20% de 35% du consortium qui a construit le barrage. Oseront-ils nous jouer la carte excuse ? Accréditant ainsi l'évidence que ces groupes internationaux ne sont que d'énormes machines à blanchir les responsabilités et à privatiser le monde.

Mais revenons en France.

Une tribune de Reporterre, datant du 5 décembre et intitulée "Gilets Jaunes, Gilets verts : même colère", souligne les liens profonds entre l'urgence sociale et écologique. Elle appelle à une refonte profonde de la fiscalité, à une augmentation et à une généralisation de la taxe carbone ayant deux buts : la transition écologique et la justice sociale. Des idées portées par de nombreux gilets jaunes et à rebours des mesures gouvernementales ne visant qu'à profiter de cette crise pour imposer de nouvelles politiques d’austérité. Il serait temps d'ajouter aussi les autoroutes à notre arsenal pour une transition vers un pays plus résilient écologiquement. Nationalisées, les autoroutes nous permettraient de continuer à taxer le transport de longue distance ou de loisir. Mais aussi d’arrêter d'alimenter le capital mondialisé aux mamelles de ce qu'ils nomment eux-même la "vache à lait". De se payer quelque chose d'utile : des transports publics gratuit pour tous par exemple. Et ne nous inquiétons pas pour le savoir-faire français et ses emplois. Rappelons nous que le pôle "Construction" de Vinci est une affaire mature, rentable et ne nécessitant que peu d'investissements.

Il nous reste à donner la parole aux peuples primordiaux. Ils dénoncent la rapacité avec laquelle nous traitons notre environnement depuis trop longtemps. Ils méritent la convergence des luttes.

Les Kogui vivent dans la plus haute montagne côtière du monde sur la côte Caraïbe. Ils nomment cette montagne le "cœur du monde". Ils se sont chargés, par le biais de méditations profondes, de préserver l'équilibre énergétique du monde. Ils ont déjà essayé de nous avertir des dégâts que nous réalisions dès les années 90. Étonnés que nous n'ayons pas saisi leur message, ils sont revenus à la charge en 2012. Ils nous avertissent que le monde naturel repose sur un réseau d'interactions critiques. Un réseau subtil et caché. Interférer avec une partie aurait des impacts majeurs sur les autres. Ils affirment se tenir prêt à nous apporter leur expertise pour évaluer les impacts de nos fameux projets de développement. Au cœur de leur message, ils nous délivrent cette nouvelle tâche et la première des priorités : "Protégez les rivières".

Campagne de sensibilisation pour sauver la dernière rivière sauvage d'Europe, la Vjosa. - https://blueheart.patagonia.com
Campagne de sensibilisation pour sauver la dernière rivière sauvage d'Europe, la Vjosa. - https://blueheart.patagonia.com

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