Journal d'investigation en ligne
par Antoine Champagne - kitetoa

Morne victoire

La politique, ce n'est plus ce que c'était ma bonne dame...

Emmanuel Macron a donc remporté l'élection présidentielle. Son camp se réjouit. Une majorité de votants souffle en constatant que Marine Le Pen n'est pas aux commandes. Mais quelles leçons tirer de ce scrutin ? Tout a été ravagé. Perspectives d'un avenir qui s'annonce plutôt sombre...

La "foule" au Champ de Mars le soir de la présidentielle - © Reflets
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Il fallait le voir pour le croire, ce dimanche 24 avril... Au Champ de Mars, quelques fanatiques agitaient frénétiquement des drapeaux français, hurlaient « Et un, et deux, et cinq ans de plus ». Ils étaient probablement un gros millier à répondre au chauffeur de salle, le patron des « jeunes avec Macron ».

Le Champ de Mars avait été privatisé et n'entraient que des personnes triées sur le volet. On était bien loin de la liesse habituelle d'après élection. Les rues de Paris étaient désespérément vides. Comme un dimanche soir de vacances scolaires. Pas de voitures klaxonnant, pas de macronistes hurlant leur joie sur les Champs Élysées, pas de liesse populaire sur l'une des places emblématiques de la capitale. Rien. Morne plaine. Ce vide sidéral traduit le désintérêt des Français pour la politique. Et ça, c'est un véritable problème pour les années à venir.

Ni les vainqueurs, ni les vaincus ne se sont rassemblés. À République, quelques centaines de personnes, principalement des jeunes, ont manifesté calmement contre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, deux candidats dont ils ne voulaient pas. Ils ont sans doute été les premiers matraqués par la police du second mandat d'Emmanuel Macron. Ils ne seront pas les derniers...

Emmanuel Macron a atteint son but. Il a laminé le Parti Socialiste qui n'existe plus, il a ravagé Les Républicains qui sont en voie d'extinction. Il se pose en seule alternative à l'extrême-droite et rafle donc la mise sans combat sur les idées, sans véritable projet. Tout a consisté à faire entendre la triste chanson : moi ou le chaos... Moi ou pire. Moi, même sans projet plutôt que la fille de Jean-Marie Le Pen, ses amis du GUD, son parti fondé par d'anciens SS et miliciens... Emmanuel Macron écarte LFI de son spectre. Il n’y a pas eu de discussion programme contre programme, idées contre idées, avec LFI. Le président sortant s’est focalisé sur le RN. À dessein. Parviendra-t-il à maintenir cette marginalisation, cette invisibilisation de ce parti ?

Voilà Emmanuel Macron fondant le Parti Unique Anti RN (PUARN). Le PUARN n'a pas besoin de programme, pas besoin de projet. Il fera ce que bon lui semble. De toutes les façons son candidat n'est pas élu par adhésion. Il est élu pour que Marine Le Pen ne soit pas élue.

[%reflets(mp4):MarisolTouraineMacron%] Marisol Touraine à Emmanuel Macron : « Maintenant tu as les mains libres. Tu peux faire tout ce que tu veux ». La vérité sort de la bouche des enfants anciens ministres

C’est une petite élection, d’un petit homme dont le petit projet est de rester au pouvoir pour continuer de dépecer les communs au profit de quelques-uns. Si l’on ajoute les abstentionnistes, les votes blancs et nuls, on atteint 34% des inscrits. Trente-quatre pour cent des inscrits sur les listes électorales ont refusé de participer à ce vote. Ce n’est pas rien. En tout cas c’est très proche du nombre de personnes ayant voté pour Emmanuel Macron : 38,5% des inscrits, électeurs votant « contre » Marine Le Pen compris…

Mais pas de quoi inquiéter le PUARN. Le parti unique a désormais son leader, lumière des lumières, guide vénéré qui va avoir présidé aux matraques, aux LBD et aux cabinets de consultants pendant 10 longues années en tout. Si tant est que le leader maximus ne juge pas utile, comme il l’a annoncé, de réviser la constitution pour remettre en place un septennat.

Le président a plein de projets pour vous... Pardon. Pour lui.
Le président a plein de projets pour vous... Pardon. Pour lui.

Voilà qui permettrait au guide suprême et avisé de veiller sur nous sept ans de plus, toujours pour éviter de voir Marine Le Pen arriver au pouvoir bien sûr. En toute bénévolence. Dix sept ans d’illumination permanente. Quelle joie. Et si le septennat était renouvelable, vingt-quatre ans !

Plus le temps passe, plus les discussions politiques n’ont plus rien à voir avec la politique. Il n’y a plus le moindre projet de société. Tout est dans le détail et il faut trouver ce qui sera le plus clivant pour occuper le devant de la scène médiatique et réseau-sociale le plus longtemps possible. Le fakenewesers fakenewsent, les politiques s’écharpent sur des détails insignifiants, les journalistes des chaînes d’info en continu s’attardent pendant des heures sur la couleur de la chemise d’untel, sur celle ouverte du président, sur ses poils, ou pas. On frise le sublime.

Les sujets essentiels...
Les sujets essentiels...

Une partie croissante des électeurs a, depuis longtemps, compris que les politiques se moquent d’eux. Ils désertent les urnes et quand ils s’y rendent, ne votent plus pour les candidats en lice. La copro est désormais gérée par les presque pires, élus par défaut.

Tout cela dit beaucoup de l’état de notre société. Si l’on peut aisément trouver mille raisons de blâmer les politiques pour la manière dont ils ont détruit le socle commun, par leurs trahisons, leurs reniements, leurs petites et grosses affaires pénalement répréhensibles, les électeurs ne sont pas blancs-bleus. Devons-nous continuer de jouer dans cette farce que sont devenues les élections ? Pour sauver ce qui reste de la démocratie, l’oligarchie ? Devons-nous continuer à nous abrutir devant les écrans qui crachotent les inepties des chaînes d’info en continu ou les fils des réseaux sociaux, construits par des algorithmes qui réencodent peu à peu l’humanité sans aucun contrôle démocratique ? Comme diraient nos amis Suisses : quand on voit ce qu'on voit et qu'on entend ce qu'on entend, on a raison de penser ce qu'on pense.

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