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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

Ministère de l'Intérieur : un questionnaire cousu de fil brun

Pour connaître votre sentiment sur l'insécurité...

Comme si la sécurité était une question de "sentiment" ou de "ressenti"... En tout cas, le résultat tombera à point nommé, un mois avant le premier tour de la présidentielle.

Quelle peur va-t-on agiter aujourd'hui ? - © Reflets - CC

Mais quel heureux hasard ! Figurez-vous que le ministère de l'intérieur, le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), pour être précis, conduit actuellement une enquête auprès de 170.000 personnes tirées au sort par l'INSEE sur « le vécu et les opinions en matière de sécurité ». Coup de bol, cette enquête commencée en mars 2021 produira des résultats exploitables en... mars 2022. Pile-poil à la veille du premier tour de l'élection présidentielle d'avril. Une personne un peu simple d'esprit pourrait s'imaginer que l'insécurité est une affaire de statistiques pures (combien d'infractions, de crimes, etc.), le « le vécu », « les opinions » ou le « ressenti » n'ont donc rien à voir. Pourtant, le ministère, avec un financement de l'Union Européenne, a mandaté Ipsos pour conduire ce questionnaire. Mieux, répondre à cette enquête lorsque l'on est sélectionné est obligatoire...

« L’enquête statistique sur le vécu et les opinions en matière de sécurité est une enquête à caractère obligatoire reconnue d’intérêt général et de qualité statistique par le Conseil National de l’Information Statistique (CNIS). Elle répond au besoin de connaissance sur l’insécurité ressentie et les faits de délinquance subis par la population. La réalisation de cette enquête est une nécessité pour la mise en place de politiques publiques et leur évaluation. Ses résultats permettront notamment d’adapter l’action des pouvoirs publics pour mieux servir au quotidien la population dans le domaine de la sécurité. », peut-on lire sur le site dédié à l'enquête GENESE (c'est son petit nom). « Quels que soient votre vécu et vos opinions en matière de sécurité, cette enquête vous concerne », indique le site. Une vraie méthode scientifique qui ravira les universitaires.

« Des premiers résultats devraient être produits par les équipes du service statistique ministériel de la sécurité intérieure début 2022. La combinaison de ces résultats avec les données enregistrées par les services de sécurité permettra, comme le fait le SSMSI depuis sa création en 2014, d’alimenter le débat public sur les questions de sécurité, et de fournir à l’action publique des données essentielles pour les guider dans la conception et l'évaluation de politiques publiques. », indique pour sa part le site du ministère de l'Intérieur.

Mais lorsque l'on appelle le numéro vert lié à l'enquête GENESE (il faut insister un peu), l'opératrice est un peu plus affirmative et précise sur les résultats de cette enquête, jamais réalisée auparavant : « Ils seront connus en mars 2022 ».

C'est Pascal Praud qui va être content ! Ça va en faire des idées de plateaux pour des heures de discussions stériles sur le « ressenti » et « l'opinion » des Français sur la sécurité. Pardon, sur l'insécurité.

L'exécutif, en lançant cette enquête et en en révélant le résultat en mars 2022 risque pourtant de se tirer une balle dans le pied. Bien entendu, agiter le chiffon rouge de l'insécurité est devenu une habitude depuis de nombreuses années à l'approche des échéances présidentielles. Mais au fond, l'extrême-droite risque fort d'être le premier bénéficiaire de cette enquête. Car si le « ressenti » des Français était mauvais, elle aurait beau jeu de blâmer l'exécutif aux commandes et plus particulièrement le parti au pouvoir, son principal opposant.

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