Masquée ou à découvert, l’extrême droite se répand dans le Loiret
Les groupuscules radicaux s'installent
Avec la réélection d’un député et la conquête de deux villes du département la progression du RN inquiète de plus en plus dans le Loiret. Mais au-delà de l’étiquette officielle d’extrême droite des élus et des groupuscules propagent eux aussi les idées racistes et réactionnaires.
Orléans, préfecture du Loiret, a conservé la droite au pouvoir lors des dernières élections municipales. Serge Grouard, maire depuis 2001, n’a pas été inquiété par les partis d’extrême droite, aucun n’ayant accédé au second tour. Pourtant, il suffit de se pencher un peu plus sur les actions et déclarations du maire d’Orléans pour facilement se rendre compte que c’est aussi l’extrême droite qui l’a emporté à travers sa victoire.
En effet, l’islamophobie du maire d’Orléans est bien connue. Il y a déjà dix ans, en 2016, il écrit et partage publiquement une longue « lettre aux musulmans ». Un texte dans lequel il déclare, à l’encontre de tout principe républicain, que nos concitoyens musulmans « ont plus de droits que de devoirs », et leur affirme que « Parce que vous êtes nouveaux sur la terre de France, c’est d’abord à vous de vous adapter à nous et non pas l’inverse ».
Avant cela, en 2013, il refuse la création d’une école musulmane, au nom de la laïcité. Une valeur prétexte, qui ne lui importe plus lorsqu’il s’agit de participer ou de financer des évènements liés à la religion catholique. Serge Grouard a même fait voter une exception à la laïcité lui permettant de communier à la messe en écharpe républicaine à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc.
Plus généralement, le maire d’Orléans est un adepte des sorties populistes et des plateaux de Cnews. Il déclare en 2024, lors de l’arrivée de sans-abris expulsés de Paris à l’occasion des JO, qu’ « Orléans n’a pas vocation à accueillir la colline du crack de Paris ». Plus tôt cette année-là il prononce ses « non-voeux » de nouvelle année dans lesquels il souhaite « zéro immigration, [l’]expulsion des clandestins, [le] contrôle des frontières, [le] droit du sang et [la] sortie de la cour européenne des droits de l'Homme ». Un programme plus extrême que celui du RN où il affiche sans hésiter son autoritarisme et sa profonde xenophobie.
Depuis, sous son précédent mandat, les liens entre la municipalité et l’extrême droite se sont resserrés. La ville refuse de se retirer du label « plus belles fêtes de France » décernée aux fêtes de Jeanne d’Arc par une association financée par le milliardaire d’extrême-droite, Pierre-Édouard Stérin. Le Centre Communal d’Action Sociale a pour sa part financé à hauteur de 24.000 euros, l’association Familya, nouvellement installée à Orléans, également liée à Stérin et accusée par les féministes et par plusieurs articles de presse « de porter une vision conservatrice de la famille et anti-avortement ». En décembre 2025, le conseil municipal accorde une subvention de 10.000€ à un spectacle privé sur Jeanne d’Arc organisé par des catholiques intégristes orléanais proches des réseaux d’extrême droite.
Enfin, lors de sa dernière campagne électorale, Serge Grouard a carrément intégré sur sa liste Clairvie Quesne, une jeune néofasciste proche d’Academia Christiana et du RN malgré les alertes parues dans la presse sur son profil.
Des groupuscules racistes et violents en lien avec les partis d’extrême droite
En parallèle et comme de nombreuses villes françaises, Orléans n’a pas échappé à la prolifération de groupuscules d’extrême droite malgré la disparition en 2017 du parti pétainiste Renouveau Français qui s’y était implanté.
Si les royalistes de l’Action Française tentent d’y maintenir une activité sans réellement y parvenir, d’autres groupuscules ont émergés au fil de ces dernières années. En 2022, d’anciens membres du Renouveau Français ont lancé un groupe nationaliste révolutionnaire nommé Aurelianorum Corda, Christopher Del Frate et Gaëtan Pichonnat, les néonazis les plus connus du groupe, multiplient alors les agressions et intimidations à Orléans, Tours et Paris sur des militants de gauche et des journalistes.
La Cocarde Étudiante, un syndicat étudiant de la mouvance identitaire, veut répandre ses idées fascistes à l’Université. Et en centre-ville, un groupe de très jeunes néonazis, la « Brigade Puaud » - du nom d’un volontaire français dans la division Charlemagne, une division SS du régime nazi - a cessé l’an dernier ses activités après la condamnation de leur leader Thibau C. pour la pose d’autocollants islamophobes et antisémites.
Loin de se faire la guerre ces groupes aux différents idéologies (royalistes, nationalistes-révolutionnaires ou identitaires) se retrouvent lors d’évènements communs comme les soirées « Chantons » (nouveau nom de l’application Canto) et se fréquentent à l’église Notre Dame De Recouvrance animée par la communauté intégriste de l’Institut de Christ Roi Souverain Prêtre qui possède également une école et un collège hors contrat.
Le néonazi Christopher Del Frate, s’est également rendu utile auprès de Reconquête dont il avait assuré le service d’ordre lors de la venue de Marion Maréchal Le Pen en 2022 et de Zemmour en 2023. En novembre 2025, lors de la venue de Raphaël Arnault et Elsa Marcel pour une réunion publique, il était de nouveau présent dans une tentative d’intimidation aux côtés d’un groupe de jeunes hommes cagoulés à quelques mètres des manifestants de Reconquête et des 4 membres de Némésis.
En 2026, un pèlerinage catholique intégriste d’Orléans vers Chartres a rassemblé des fidèles de l’Institut du Christ roi Souverain Prêtre et de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, implantée dans la métropole à Saint-Jean de la Ruelle. Parmi les fidèles présents, le chef local de l’Action Française, le néonazi Gaëtan Pichonnat, le rappeur d’extrême droite « Goldofaf » ainsi que des membres de l’Institut Iliade et d’Academia Christiana aux côtés d’anciens membres du RN local dont Hubert de Meuse, le quasi ex-candidat aux municipales et toujours référent Rassemblement pour la République dans le Loiret.
Sabryna Khider, élue dans l’opposition à Saint-Jean le Blanc, incarne elle aussi la proximité entre le RN et l’extrême droite radicale. Elle organise entre autres des conférences politiques via le « cercle Péguy » et avait notamment invité Rodolphe Cart un candidat suppléant RN proche du GUD. Le même sera réinvité deux mois plus tard par les néonazis d’Aurelianorum Corda.
L’Extrême-droite partisane, installée dans le Montargois, progresse dans l’Orléanais
Située dans un secteur plus rural, Montargis la sous-préfecture du Loiret, n’a pas échappée au basculement à l’extrême droite aux municipales 2026. Côme Dunis, ancienne figure médiatique des gilets jaunes et candidat RN, y a été élu au second tour en devançant de peu l’alliance de gauche.
Dans la ville voisine d’Amilly, c’est le candidat RN Tom Collen-Renaux, compagnon du député RN local et juge spécialisé en droit des étrangers qui l’a emporté.
Le Gâtinais, historiquement à droite devient de plus en plus brun après avoir élu Thomas Ménagé comme député RN en 2022. Celui-ci multiplie depuis les apparitions dans les fêtes de villages, brocantes et autres évènements locaux. Malgré des mobilisations antifascistes organisées par le collectif « Loiret soulève toi » lors de la campagne qui a suivi la dissolution, il est quasiment réélu dès le premier tour des législatives de 2024.
L’UDR, parti d’Eric Ciotti, s’implante lui aussi dans le montargois via son référent départemental Philippe Moreau, maire de Nogent-sur-Vernisson depuis 2020. Le parti, qui prône l’union de la droite et de l’extrême droite, a organisé en 2026 une réunion publique sur le thème de l’agriculture avec ses alliés du RN. L’invitée d’honneur était Amélie Rebière, agricultrice en Corrèze, ancienne vice-présidente du syndicat d’extrême droite Coordination rurale et conseillère agricole au Parlement européen.
Si le RN n’a pas réussi à remporter de mairies dans l’orléanais, il a malgré tout gratté quelques postes d’oppositions dans les villes alentours et deux élus à la métropole d’Orléans, de quoi accroître la légitimité du parti auprès des institutions locales.
Du côté de Pithiviers et à Fleury-les-Aubrais, le parachuté Jean-Lin Lacapelle multiplie les tractages en vue de prochaines élections législatives. En 2024, le poste de député lui avait échappé de peu, seulement 600 voix d’écarts avec son concurrent macroniste, malgré une campagne entachée par le rappel de ses liens avec la GUD connection, le réseau de néofascistes violents reconvertis en chefs d’entreprise et toujours très proches du RN.
Une proximité qui fait craindre la montée de groupuscules violents dans le département en cas de victoire du candidat. Les médias locaux avaient aussi souligné sa proximité avec la Russie de Poutine. Jean-Lin Lacapelle était allé jusqu’à poser avec un tee-shirt du dictateur et déclarer en légende son amitié avec celui-ci.
Malgré ces profils radicaux, le parti à la flamme continue sa dédiabolisation dans le Loiret. Ses élus et militants n’hésitent pas à imposer sans honte leur présence aux commémorations pour les victimes de la déportation et cérémonies pour l’appel du 18 juin.
Contresens historiques évidents alors que le FN à été fondé par un ancien SS et un ancien de l’OAS. Le parti héritier de vichy a également organisé un « apéritif patriote » à Beaune-la-Rolande, ville du Loiret connue pour avoir accueilli un camp d’internement sous le gouvernement de collaboration. Michel Masson, maire de Beaune-la-Rolande, qui déclarait récemment vouloir « réactiver le devoir de mémoire » pour les déportés après avoir inauguré un parcours mémoriel « sur les traces du camp », est venu personnellement accueillir les membres du RN lors de cet « apéritif patriote ».
Les instances nationales du RN semblent elles aussi de plus en plus intéressées par le Loiret. Le congrès du parti doit se tenir à Orléans les 24 et 25 octobre prochain dans le grand complexe évènementiel Co’met, un des projets phares du maire d’Orléans, Serge Grouard, qui a inauguré le bâtiment en 2023. Plusieurs organisations progressistes appellent déjà à des manifestations et rassemblements lors de ce week-end.