Marseille : La Plaine contre la militarisation
Un karnaval populaire revolutionaire
Ni maîtres, ni guerres. Le monde ne doit plus tourner autour de la mort d’autrui, de la destruction des environnements, ni de l’extractivisme qui l’alimente, ni des femmes qui en ont assez de donner des corps à la guerre. Basta ! D’un coup, après les déambulations, les regards croisés entre participants et passants, tout doit brûler dans un feu qui, s’il ne change rien, mais qui régénère la lutte.




Le Karnaval indépendant de la Plaine, à Marseille, s’est cette année déployé sous un mot d’ordre : refuser la militarisation du monde, refuser la guerre et celles et ceux qui la mènent. La rue, elle, s’est remplie de couleurs, de formes étranges, de messages politiques, d’amour. Le refus ne se dit pas seulement en images, en créations artistiques populaires : il s’accompagne de la perdition des corps dans un plaisir de gauche, d’un art alcoolisé, sensuel, contestataire, dans la mobilité de la danse et de la performance burlesque.



Les corps déguisés font vaciller l’imaginaire guerrier, l’absurdité des bombes et l’hypocrisie qui les accompagne : la « paix ». Casques devenus grotesques, armes transformées en accessoires dérisoires, uniformes ridiculisés : le carnaval inverse la charge symbolique. Là où la militarisation impose discipline, hiérarchie et silence mortifère, la fête impose le désordre, le bruit et la vie.




Pourtant, derrière cette poétique du renversement, une réalité géopolitique lourde affleure. La militarisation n’est pas une abstraction : elle traverse les territoires, de Gaza à Téhéran, du Liban au Soudan. La guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran a déjà provoqué des milliers de morts et bouleversé des équilibres fragiles. Elle s’inscrit dans une dynamique globale où la guerre devient un outil ordinaire de gouvernement, de profit et de management libéral et impérialiste, au mépris du droit international et du droit à l’autodétermination des peuples.


Dans ce contexte, la question palestinienne reste centrale. Gaza, espace assiégé, bombardé, fragmenté, incarne une forme extrême de cette logique : celle d’une population enfermée dans un régime de violence permanente. Les politiques suprémacistes de Benjamin Netanyahu, les impérialismes de Vladimir Poutine, ou les trahisons et chantages de Donald Trump appellent une réponse : le monde doit se révolter et faire tomber ces idoles et leurs armées.


Le Karnaval, ici, ne prétend pas résoudre ces conflits, libérer les Ukrainiens ou les Ouïghours, ni protéger à lui seul les faibles et les opprimés. Mais il les rend visibles autrement. Par le masque, il révèle. Par la dérision, il accuse. Par le collectif, il oppose à la fragmentation du monde une autre forme d’organisation : horizontale, mouvante, indisciplinée, équitable…

Car la militarisation ne se limite pas aux champs de bataille : elle infiltre les villes, les discours, les imaginaires. Elle se niche dans les mots : « riposte », « sécurité », « ennemi intérieur », et dans les dispositifs qui quadrillent l’espace public. Face à cela, le Karnaval indépendant de la Plaine propose une contre-expérience : une réappropriation sensible de la ville, une suspension des logiques de contrôle, un moment où l’ordre vacille et où, comme depuis des millénaires, ensemble autour du feu, l’espoir se renouvelle — la lutte continue.




Making of
Lors de la couverture par notre journaliste de l’intervention de police visant à « disperser » les participants du Karnaval, avec un usage massif de grenades CS (et quelques GENL), une personne a été interpellée et violemment frappée par des policiers. Voyant que notre journaliste filmait, l’un des policiers a tenté de le bousculer, voire de le frapper, tandis qu’il criait « journaliste ». Un autre policier s’est moqué de lui en imitant un animal.