Manifestation du 17 octobre 2026 : les raisons d'un fiasco de l'État
Le désordre dénoncé aujourd'hui a été organisé par les autorités
Les politiques et autres toutologues ont beau jeu de dénoncer les actes de casse, de vandalisme et les incendies. L'État avait tout fait à Paris pour que la situation soit, exactement, celle qui s'est produite. Par ailleurs, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans le calme. De nombreux jeunes ont même aidé à éteindre les débuts d'incendie et replacé le mobilier urbain ou des commerçants après le passage de casseurs.
Pendant la semaine qui a précédé la manifestation du 17 octobre, l'État a refusé, par la voix du préfet de Paris, de valider un parcours de manifestation. Jusqu'au dernier moment, même l'heure du début était incertaine. Un appel était fixé à 14 heures tandis que la presse parlait de 11h. Cette position ne pouvait mener qu'à la multiplication des cortèges et donc l'éparpillement des manifestants. Une situation qui favorise les attaques par des petits groupes de personnes venues pour la confrontation et donc, casser.
Mieux. Alors qu'à midi l'Orchestre du nouveau monde jouait sur la place, la salle de commandement a demandé à un groupe de forces de l'ordre de tenir une position intenable et totalement inutile, ce qui engendrera les premières violences.

Cette position est difficile à tenir. Les hommes ne sont pas nombreux. Ils se trouvent à un carrefour. Des manifestants vont arriver de la rue Yves Toudic, de la rue du Feaubourg du Temple et bien entendu, de la place de la république. Toute personne ayant déjà assisté à une manifestation place de la République sait que c'est généralement ici que se concentrent les affrontements. Peut-être parce que ceux qui se trouvent sur la place sont sur une position plus élevée. Ce qui facilite les jets de projectiles ?
Bref, la compagnie va faire plusieurs remontées de la rue du Fauboug du Temple vers la place, ce qui ne va pas manquer de chauffer des manifestants à blanc. On note sur la photo suivante qu'il n'y a pas encore de projectiles au sol alors que les forces de l'ordre miment des charges vers la place. Devenant ainsi les forces du désordre.

Ces mouvements vont provoquer des jets de projectiles d'une partie des manifestants situés sur la place. C'est d'ici que partent les violences qui ont émaillé la journée du 17 octobre. La dispersion en petits groupes partant dans toutes les directions dans la ville de ces dizaines de milliers de manifestants réunis sur la place et dans les avenues qui y mènent, a favorisé les actes de violences que la presse mainstream a retenu comme emblématiques de cette manifestation du 17 octobre.
Elle peut ainsi passer sous silence les motivations de la colère, le nombre incroyable de personnes qui se sont déplacées (550.000 dont 110.000 à Paris selon le ministère de l'Intérieur, 800.000 personnes dans tous le pays selon les organisateurs alors que le gouvernement tablait sur 60.000 et 110.000 hors Paris) alors que pourtant, les consignes étaient floues, que pratiquement aucun syndicat n'avait appelé à manifester, tout cela étant très spontané.
Les politiques peuvent de leur côté embrayer en fustigeant le « camp des casseurs », comme l'a fait Sébastien Lecornu qui s'opposerait à celui de « la République ». Sébastien Lecornu oublie sans doute que la République est née d'une révolution contre un pouvoir établi, sourd aux aspirations des Français. Au delà de cela, le premier ministre avait préparé le terrain et ce n'est pas anodin. Le 15, il avait expliqué en conférence de presse que le mouvement lycéen devenait un « mouvement de violences urbaines ». Avec l'aide d'un matraquage médiatique approprié et centré sur les violences, personne ne retiendra les dizaines de milliers de manifestants pacifiques qui ont défilé dans le calme, personne ne parlera des jeunes qui tentaient d'éteindre les débuts d'incendies, qui replaçaient le mobilier des commerçants ou les poubelles.
Après la nuit du 17, le premier ministre a laissé transpirer le fond de sa pensée : il existe un complot de la gauche pour renverser l'ordre et la République. Voici ce qu'il écrivait sur X : « À ceux qui clairement veulent faire de ces violence "un tour de chauffe" avant l’élection présidentielle, je le dis clairement : nous ne nous laisserons pas intimider. Personne n’imposera son agenda politique par la violence. ». Les casseurs sont les idiots utiles du premier ministre lui permettant de se laisser aller à un discours trumpiste, changeant de réalité.
À Paris, la violence est née d'une mauvaise gestion des forces de l'ordre (on y reviendra ci-dessous) et à une impréparation complète. Celle-ci est au choix, volontaire, ou le fruit d'une totale incompétence.
Lorsque l'exécutif a voulu reprendre la main sur les gilets jaunes, il a fait encercler leurs manifestations. Les gilets jaunes défilaient entourés d'un cordon de forces de l'ordre. Sur le chemin, plus de blocages intempestif de la manifestation par les CRS ou la BRAV-M. Les violences ont curieusement disparu. Les parcours étaient déclarés, acceptés et annoncés bien en amont de la manifestation. Hier, c'est tout le contraire qui s'est passé.
Et pourtant, pendant que quelques CRS chauffent les manifestants côté rue du Faubourg du Temple, sur la place, tout est calme. À midi, l'orchestre du nouveau monde joue et des manifestants déambulent dans le calme. La place est bondée et des milliers de personnes commencent à converger en arrivant de toutes parts :



















À force de titiller les manifestants, et notamment ceux qui étaient là pour s'opposer à aux forces de l'ordre, les jets de bouteilles, puis de pierres et de projectiles variés se multiplient. De manière très classique la violence engendrant la violence dans un cercle progressif la situation dégénère. La place sera vite noyée sous les grenades lacrymogènes, les grenades assourdissantes et les grenades de désencerclement. Les munitions arrivent sans cesse par énormes sac à dos depuis les véhicules garés près de l'unité.

Sur la place nassée, comme toujours, les manifestants ont du mal à partir. De tout petits couloirs sont organisés pour fuir, contribuant à l'exaspération de tout le monde.













Les policiers sont encerclés. Les manifestants les affrontent depuis la place de la République, depuis la rue Yves Toudic et un énorme cortège qui peut dégénérer à tout instant est stationné dans la rue du Faubourg du Temple, derrière eux.
Ils « défendent » un endroit sans aucun intérêt pendant plusieurs heures, reçoivent des pierres parfois énormes, essuient les fumées toxiques des véhicules en feu. Pour quoi ? Pour rien. Ils le confient eux mêmes. Les ordres viennent de la salle de commandement de la préfecture de la police de Paris alors qu'ils font explicitement remonter que leur position est intenable. Mais ils sont maintenus ici. Jusqu'à quand ? Impossible à dire, nous sommes partis ailleurs avant la fin de ces affrontements qui n'avaient aucun sens. Ailleurs, les barricades étaient dressées un peu partout par les manifestants qui avaient été dispersés, explosés dans le centre de Paris. Pour une barricade levée par les forces de l'ordre ou les pompiers, une dizaine était installées. La perte de contrôle de la situation commence à cet instant. L'État a perdu, le 17 octobre, le contrôle de sa capitale jusque tard dans la soirée. Ce n'est pas anodin.








Sur cette photo, les manifestants de la place de la Concorde sont repoussés vers le jardin des Tuileries et sur les quais vers le Louvre. Les chaises des Tuileries servent immédiatement à installer une barricade. Alors que les troubles sont déjà visibles partout depuis longtemps, que des barricades en feu sont installées un peu partout dans le centre de Paris, la circulation n'est pas coupée. De nombreux véhicules sont coincés sur les quais.

Là où le premier ministre voit en bloc des factieux d'extrême gauche (comprenez LFI) qui voudraient détruire la République en cassant, il y a aussi des jeunes calmes, déterminés qui agitent un drapeau français sur une barricade improvisée. C'est donc un peu plus compliqué que ça, comme toujours.
On finirait presque par se croire en juin 1832, plongés dans Les Misérables ou au début de la Commune en 1870 quand des gens de gauche s'opposaient à un gouvernement sourd (déjà), très à droite droite (déjà), qui fustigeait les communards et a réprimé le mouvement dans le sang (déjà)...


Dans une démocratie normale, le temps serait venu de s'arrêter et de réfléchir ensemble, comme le suggère ce journal suisse. Un temps pour comprendre les cause de la colère, comme les analyse le journal espagnol El Pais. Pourquoi cette polarisation terrible de la société ? Pourquoi le niveau de violence augmente-t-il d'année en année, la journée du 17 octobre étant déclaré la pire, même au pic du mouvement des gilets jaunes par les autorités ?
N'est-il pas temps de baisser les armes et de s'assoir collectivement autour d'une table ? Ce n'est définitivement pas le chemin retenu par un exécutif qui se réfugie dans une réalité alternative, se mettant au service permanent d'une ploutocratie à la fois de plus en plus puissante et de plus en plus fragile.
Assez logiquement, si la violence continue de monter, nous avançons vers une révolution violente. Hier, les forces de l'ordre ont perdu le contrôle de Paris (hors lieux de pouvoir comme l'Assemblée ou l'Élysée). Que se passera-t-il demain si le pouvoir reste sourd aux aspirations du peuple ?