Journal d'investigation en ligne
Édito
par Antoine Champagne - kitetoa

Macron et ses annonces : the elephant in the room

Des annonces inapplicables, une seule, essentielle, fait défaut

Les Antivax appellent à entrer en résistance et manient le point Godwin comme on échange des banalités au Bar des Amis. Le président annonce les énièmes « mesures fortes » qui ne serviront pas à grand chose et tout le monde évite le sujet évident : la vaccination devrait être obligatoire.

Emmanuel Macron dans les tribunes du stade Loujniki de Moscou, le 15 juillet 2018 - Kremlin.ru - CC BY 4.0
Vous lisez un article réservé aux abonnés.

Le président de la Startoupe Nation a fait son apparition dans les étranges lucarnes hier soir. La huitième depuis le début de la pandémie. Il a égrené sa liste de mesures pour enrayer l'explosion du covid version « variant Delta ». Des mesures souvent inapplicables qui vont en partie échouer. Tout est dans le « en partie ». Ce « en partie » se mesurera en nombre de morts, d'hospitalisés en réanimation, de victimes de Covid long. Par son incapacité à prendre la seule mesure qui permettrait d'éviter ce volume de « en partie », la vaccination obligatoire généralisée, le président continue de faire des paris qui se comptent en souffrance. Tout bénef, car, qu'il gagne ou qu'il perde, il ne paye rien.

Il faut remonter en arrière pour bien mesurer l'inanité des déclarations de mardi 12 juillet.

Le 31 mars dernier, Emmanuel Macron, dans l'une des ses apparitions expliquait : « Là où beaucoup de nos voisins ont décidé de confiner, il y a maintenant quatre mois, nos voisins Allemands par exemple, là où nous amis italiens en sont à leur quatrième confinement, nous avons, aussi par ces choix collectifs que nous avons fait, gagné des jours précieux de liberté, des semaines d’apprentissage pour nos enfants, nous avons permis à des centaines de milliers de travailleurs de garder la tête hors de l’eau sans jamais perdre le contrôle de l’épidémie. Nous avons donc je le crois bien fait. Croire en la responsabilité des Français, ce n’est jamais un pari. »

Une très belle auto-congratulation pour un « pari » qui avait coûté plus de « 14.000 décès, près de 112 000 hospitalisations, dont 28 000 en réanimation, et environ 160 000 cas de Covid-19 long supplémentaires », [selon les comptes du Monde](ttps://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/18/le-lourd-cout-humain-d-un-troisieme-confinement-tardif-en-france_6084619_3244.html). Une paille. Mais le président des paris sur CovidBet.com avait une vision : « si nous restons unis, solidaires, si nous savons, durant les prochaines semaines, nous organiser, alors nous verrons le bout du tunnel. Et nous nous retrouverons. »

Le bout du tunnel, il a cru le voir. Et tout seul, il a décidé qu'il était temps de lancer un hashtag : #Tousenterrasse. Tout était fini, il était temps de demander aux Français de ressortir, d'aller en terrasse des cafés, de faire sauter les jauges des restaurants, de reprendre concerts et autres matchs de foot, de rugby ou de tennis. Allez, on ne va pas s'arrêter-là, tant la France est à la pointe de la maîtrise du virus : #TousEnBoite ! Qui dit mieux ? Tous aux festivals d'été à Cannes ou à Avignon !

Et là, paf ! La tuile. Le truc absolument imprévisible : un variant dont tout le monde connaît l'existence depuis dix mois, qui a submergé la Grande-Bretagne après l'Inde, le Delta, vient faire repartir la circulation du virus dans notre beau pays. Etonnement général car tout le monde tablait sur un arrêt du virus aux frontière de la France, le seul pays au monde à avoir arrêté le nuage de Tchernobyl, c'est dire si nous sommes forts...

Voilà donc un président qui dirige d'une main de maître les décisions d'un exécutif hors pair, ayant poussé les gens à se mélanger à nouveau le plus possible, qui se fâche tout rouge parce que... le virus re-circule... Ubuesque. Il faut dire qu'Emmanuel Macron n'est pas seul à avoir des visions de sortie du tunnel. Jean Castex nous voyait super bien placés pour éviter les problèmes : « Certains scientifiques nous disent que ce sera le cas [être débarrassés de l'épidémie] d’ici un an environ. Mais, je le répète, nous avons progressé pour nous mettre à l’abri de ses effets les plus lourds ». Nous voilà rassurés. Le Delta n'a qu'à bien se tenir.

Bon. Avouons-le, le mur de la réalité à été plus rapide à s'écraser sur les têtes ébahies d'Emmanuel Macron ou de Jean Castex que ce que nous aurions pu anticiper. Si le duo de dirigeants pensait que tout allait bien se passer, les plus alarmistes voyaient une 4ème vague en septembre. Là voilà pour le mois d'août.

Alors que faire ?

Le président virologue en chef a, comme à chaque fois qu'il apparaît à la télévision, la solution. A force d'égrener des listes à la Prévert de solutions magiques - à base de #YakaFokon - inefficaces, on pourrait penser que quelqu'un va lui couper la parole pour lui demander s'il va enfin prendre LA décision. Imposer la vaccination à toute la population.

Parce que « dans le pays de Pasteur », comme il l'a encore rappelé, on sait que la vaccination est LE moyen pour éradiquer une maladie auparavant incurable.

Timbre vantant les mérites de la vaccination contre la polio en 1959 - wikitimbres.fr
Timbre vantant les mérites de la vaccination contre la polio en 1959 - wikitimbres.fr

Certains se souviennent des ravages de la Tuberculose, de la Poliomyélite, de la Diphtérie, du Tétanos, de la Coqueluche, de la Rougeole, de la Rubéole, du pneumocoque...

« Dans le pays de Pasteur », on sait aussi que seule une vaccination massive et donc, souvent, obligatoire, permet d'éradiquer ces maladies. D'ailleurs, en France 11 vaccins sont obligatoires depuis 2018 (contre 3 précédemment) pour enrayer la reprise de certaines maladies propagées à nouveau grâce à l'aide bienveillante de quelques antivax.

Mais personne ne le coupe pour lui demander cela puisqu'il apparaît à la télévision seul. Seul à avoir des visions pour l'avenir, seul à avoir des réponses d'épidémiologiste, seul à faire des paris, seul à annoncer les solutions...

Nous voilà donc réduits à subir un flicage à base de pass sanitaire (dont les ministres et les députés LREM juraient face caméra il y a quelques mois qu'il ne servirait jamais à régir notre quotidien), alors que l'on pourrait donner un véritable coup de frein à cette épidémie avec une décision courageuse, mais pas forcément populaire (à quelque mois d'une campagne présidentielle).

Et nous voici tous, journalistes, éditorialistes, Français, à commenter les âneries d'un président qui contre toute attente parvient aussi bien que Nicolas Sarkozy, à être le maître des horloges médiatiques. Il n'a pas fini d'énoncer une énormité, les commentateurs n'en sont pas à la moitié de leurs commentaires, qu'il en sort une nouvelle. Pris dans le seringue de « l'actualité » (qui en l'espèce n'en est pas une), les journalistes ne prennent quasiment plus jamais le temps de tirer les conclusions qui s'imposent : il se plante dans les grandes largeurs en étant en permanence à contre-temps de l'épidémie et tire des maskirovka comme des orgues de Staline. Pas mieux que Sarkozy, Dick Cheney ou Donald Trump.

Bien sûr, ce serait de l'angélisme que de penser qu'une vaccination obligatoire en France règlerait définitivement le problème du Covid dans le pays. Les frontières ne sont pas étanches, le nuage de Tchernobyl ne s'arrête effectivement pas aux frontières. Bien sûr cela ne nous mettrait pas à l'abri d'un énième variant venu de loin. Mais tout de même, il n'est pas impossible que la facture des paris répétés d'Emmanuel Macron, serait tout de même un peu moins lourde. Et franchement, il y en a un peu assez de payer pour ses paris débiles sur CovidBet.com

4 Commentaires
Une info, un document ? Contactez-nous de façon sécurisée