Journal d'investigation en ligne
par Eric Bouliere

Les églises se cassent pour mourir

Comptabilité épiscopale, économie municipale et démolition radicale

Qui veut noyer son chien l'accuse d'avoir la rage. Les choses se compliquent lorsqu'il s'agit de se débarrasser d'une encombrante église. Mais rien d'impossible pour qui sait trouver les mots pour le dire et les moyens pour le faire…

Une vision d'un potentiel futur qui ne saurait tarder à arriver... - Reflets
Vous lisez un article réservé aux abonnés.

Tout semblait bien calé, l'affaire était entendue et la mise en chantier paraissait convenue. L'église Saint-Joseph allait simplement être démolie pour laisser place à un chouette petit projet de construction d'appartements. Emporté par l'euphorie le manager de Bouygues immobilier avait localement pris soin de lancer une cordiale invitation pour fêter ça. Une pré-pendaison de pré-crémaillère avant l'heure en quelque sorte. Mais patatras, les choses ne se sont pas déroulées ainsi ! Le champagne n'aura pas coulé à flot autour de la piscine et à ce jour l'église est encore debout alors qu'une résistance s'organise pour tenter de sauver ce qui peut l'être.

Une première crémaillère censée annoncer une dernière messe… - Reflets
Une première crémaillère censée annoncer une dernière messe… - Reflets

Voyant le temps virer à l'orage le porteur du projet préféra annuler cette réunion dans l'urgence. L'un des organisateurs de la rencontre nous confiera à mots couverts: « Cette affaire a fait boule neige, il y aurait eu des fuites entre les personnes qui devaient participer à la réunion, on a dû différer, ce sont de choses qui arrivent dès qu'on touche à des bâtiments symboliques, ça dérange quelque part... ». Il est certain qu'entre une église et une Renault Twingo les symboles et les procédures ne sont sûrement pas les mêmes en matière de changement de propriétaire.

La fronde des Castors

Il faut retenir que cette opération immobilière se déroule dans le quartier de Port-Neuf, en Charente-Maritime, l'une des enclaves ouvrières comptant parmi les plus laborieuses de l'agglomération Rochelaise. Durant les années 50/60 une population active s'y est progressivement installée en édifiant des maisons Castors selon le principe d'autoconstruction coopérative. Le passé de ce lotissement reste frappé du sceau communautaire de l'entraide sociale. Dès réception de cette singulière invite, les membres du collectif des Castors de Port-Neuf ont aussitôt fait bloc en découvrant la nature du projet. Leur discours est simple et clair : non à la démolition de l'église. Et pour éviter d'en arriver à ce pire là, tous se déclarent prêts à chercher des solutions pour trouver d'éventuels partenaires.

Un collectif et une association (ACRPN) pour s'opposer à la destruction  - Capture écran
Un collectif et une association (ACRPN) pour s'opposer à la destruction - Capture écran

Cette participation citoyenne pourrait s'avérer utile puisque rien ni personne n'est ici véritablement à blâmer. A bien considérer le problème chacun est dans son rôle : l’Église gère son patrimoine immobilier, la municipalité gère ses intérêts et le promoteur gère son portefeuille. N'oublions pas qu'aux termes de la loi républicaine comme des dispositions du droit canonique, le droit de l'Église, tout est bien qui se vend bien.

En conséquence de quoi, la cause des Castors semble difficilement plaidable sur le terrain de la légalité. D'autant que l'édifice est régulièrement décrit comme un triste vestige d'autrefois, voire, une presque ruine. Interrogé le 9 juillet sur l'éventualité d'une préemption de l'agglomération, le maire de la ville, s'était déclaré peu au fait de cette affaire et avait préféré jouer la carte de l'humour: « Nous sommes laïcs, nous on n'achète pas d'églises, je ne vais pas faire des prêches, vous ne voulez pas que je fasse des sermons, mes bien chers frères, mes bien chères sœurs... Elle n'est pas belle cette église, vous l'avez vue ? Ça ne ressemble pas à une belle église, j'irais la voir… ». Cette soudaine envie d'aller voir faisait pourtant déjà partie d'un planning municipal orchestré. En effet, suite à un courrier des Castors daté du 24 juin, le maire s'était engagé à organiser un déplacement sur site. C'est ainsi qu'au 15 juillet, une très belle délégation de huit élus s'est déplacée pour compatir avec les membres de l'association au pied d'une église pas très belle.

Le verdict de la directrice adjointe du service de com' de Bouygues ne s'avère guère plus enthousiasmant : « A ma connaissance la vente était un cas de nécessité financière, le diocèse souhaitait vendre le terrain parce que l'église en question était relativement délabrée. ». De grâce, envoyez donc les bulldozers avant que l'édifice ne s'effondre de lui-même, la sécurité et la salubrité publique en dépendent!

Du beau, du bon, du divin !

Le Père Bertrand Monnard, vicaire générale du diocèse de La Rochelle et Saintes et curé de la magnifique Cathédrale Saint-Louis, abonde lui aussi en ce sens: « Nous sommes propriétaire de cet immeuble qui s'en va en quenouille, et nous le vendons pour construire une autre église. C'est simplement notre manière de gérer notre immobilier, il ne faut pas s'échauffer la dessus, notre désir est d'être présent sur le quartier, ce lieu ne s'y prêtait pas, il est délabré, il est moche, c'est une église des années 50, on veut faire du beau, d'autant plus que les habitants du quartier sont souvent des gens simples, ils viennent ici parce qu'il y a du beau, et ce cube… ils ne veulent pas se marier la dedans! ». L'évêque lui même, Mgr Georges Colomb, en déplore les disgracieuses proportions: « Au niveau de l'esthétique cette église correspond certainement à une époque, mais c'est quand même un massif de béton. Ce n'est pas un chef d'œuvre, ni de l'art roman ni de l'art gothique, et dans l'art moderne typique des constructions d'après guerre on a fait bien mieux que ça… »

C'est beau dans la cathédrale! Mais pas grand monde quand même pour une messe de week-end d'assomption. Et si...Heureusement pas un promoteur n'est venu faire ses comptes - Reflets
C'est beau dans la cathédrale! Mais pas grand monde quand même pour une messe de week-end d'assomption. Et si...Heureusement pas un promoteur n'est venu faire ses comptes - Reflets

Des goûts et des couleurs de sainteté…

En dépit de tous ces avertissements éclairés, nous nous sommes approchés des lieux pour mieux se rendre compte par nous même. Saint-Joseph est-elle aussi laide que certains s'efforcent à le faire savoir ? Les questions de goûts font toujours un peu débat. A ce titre une photo valant souvent mieux qu'un long discours, voici un petit portfolio de celle qui souffre à l'évidence d'un consacré délit de sale gueule.

L'église Saint-Joseph telle qu'elle ne fut et ne le sera jamais. - Capture d'écran
L'église Saint-Joseph telle qu'elle ne fut et ne le sera jamais. - Capture d'écran

De 1945 à 1968, la population de la Rochelle passe de 49 000 à 73 000 habitants. La nécessité d’un nouveau lieu de culte se fait alors sentir dans la cité de Port-Neuf. En janvier 1956, Jacques Josselin, l’architecte du diocèse, propose l'esquisse d’une église de 330 places. Une statue monumentale surmontée d'une grande croix précède sur un large signal en forme de V. En janvier 1960, les autorités diocésaines suggèrent la construction d'un lieu de culte de 450 places. On renonce alors au faste des premières maquettes pour se contenter d’une simple croix en fer. Le seul élément architectural subsistant est un mur de façade appareillé en pierre de taille. L'inauguration aura lieu en date du 28 avril 1963 (Cf: Un siècle de chantiers d’églises en Charente-Maritime)

Ci-dessous, l'historique façade en pierre de taille qui domine encore la résidence des Castors. Ces petites maisons furent construites sans distinction sur le même plan architectural. On en attribuait ensuite la propriété aux bâtisseurs sur tirage au sort. Pour de nombreux habitants du quartier tout ceci est de l'histoire ancienne, mais le souvenir reste bien présent.

Port-Neuf: un quartier chargé d'histoire Rochelaise - Reflets
Port-Neuf: un quartier chargé d'histoire Rochelaise - Reflets

Sur le flanc gauche de la façade ornée d'une croix de fer, un parvis est surplombé d'une casquette bétonnée protégeant des éventuelles intempéries. Belle, moche, originale, chacun y trouvera à redire. Mais les gens d'ici lui trouvent plutôt une fière allure.

Un grand classique: la notion du beau coïncide t-elle avec la grandeur d'âme? - Reflets
Un grand classique: la notion du beau coïncide t-elle avec la grandeur d'âme? - Reflets

Compte tenu d'un manque d’entretien régulier, l'ensemble mériterait un bon coup de propre pour être remis en valeur, toujours est-il qu'il serait grotesque de parler de délabrement généralisé. Continuons la visite en pénétrant dans cet intérieur qui, parait-il, serait rongé par l'air salin de l'Atlantique.

Étonnant: manque les acteurs et les fauteuils pour se croire au théâtre  - Reflets
Étonnant: manque les acteurs et les fauteuils pour se croire au théâtre - Reflets

Ni romane, ni gothique, l'église Saint-Joseph s'honore simplement d'une présentation sobre et sans fioritures. Nous n'y constaterons aucune trace de dégâts irréversibles en termes de salubrité. Un balcon supérieur lui confère une étonnante profondeur visuelle. Par le plus grand coup du hasard (mais allez savoir, d'autres parieraient peut-être sur un fait du bon Dieu…) nous assistons à une messe durant laquelle se recueillent une quinzaine de paroissiens. On nous avait pourtant précisé que les offices ne s'y tenaient plus, ou bien il y a longtemps, ou bien les gens ont oublié, ou ça sentait mauvais selon les cantiques de Jacques Brel…

Pardonnez leur Seigneur, quelques uns viennent encore... - Reflets
Pardonnez leur Seigneur, quelques uns viennent encore... - Reflets

Notre opinion est faite, il parait parfaitement absurde de vouloir raser l'endroit au seul prétexte du préjudice visuel. Le mal doit nécessairement se cacher ailleurs. Nous reviennent à l'esprit les paroles complémentaires de Mgr l'évêque : « Cette église est peu fréquentée, il n'y a pratiquement plus de fidèles qui vont à la messe et c'est une surface énorme, qui nous appartient d'ailleurs puisqu'elle a été construite après la loi de séparation de l’Église et de l’État, et donc cette église n'étant plus appropriée, elle offre une capacité d'accueil qui ne correspond pas du tout à l'importance de la communauté chrétienne, et même si nous avons l'espérance de voir grandir cette communauté, l'église demeure surdimensionnée. » Mince alors, pas très jolie et trop grande aussi.

No pub, no business!

On peut s'interroger sur ce dilemme propre aux chefs d'entreprise soucieux de la rentabilité de leur affaire: doit-on licencier une église faute de fidèles ou bien est-ce à l'employeur de faire en sorte que les fidèles ne viennent à manquer ? Le Père Séguin, ex-administrateur de Saint-Joseph, nous fournira quelques pistes de réflexion : « Autrefois on donnait ici des messes dominicales, en alternance avec deux autres paroisses du secteur. Cela a cessé, je ne saurais vous dire pourquoi, mais on y délivre désormais plus qu'une seule messe de semaine le jeudi. » No pub, no business : plus de messes le dimanche, plus de paroissiens la semaine ! Proscrire toute forme de permanence à Saint-Joseph pour ensuite s'étonner de la lente mais inexorable désertification des lieux relève du non sens absolu. Et si la foi chrétienne mérite que l'on s'occupe d'elle au quotidien pour susciter les vocations, les locaux n'en réclament pas moins. Les portes de l'église restant closes 24/24 et 6 jours sur 7, comment espérer une amélioration des choses tout en s'exaspérant de la lente dégradation des murs ou des abords? La démarche reste curieuse.

Ça schismerait pas un peu?

Au détour de nos multiples échanges, des tensions apparaissent au sein du diocèse. Des voix s'élèvent, toujours respectueuses, mais assez nombreuses, pour dénoncer les orientations prises par Monseigneur l'évêque depuis son arrivée en 2016. On lui reproche une vision comptable du sacerdoce et des affaires de l’Église bien trop affirmée. Certains évoquent la disparition orchestrée d'un personnel laïc et salarié au profit d'un recours systématique au bénévolat ; d'autres se désolent des différentes opérations réalisées à valeur d'investissement et conduites ces dernières années comme l'aménagement et location de chambres d'étudiants ou la mise à disposition de salles de conférence.

Des choix d'orientation budgétaire souvent contestés - Capture d'écran
Des choix d'orientation budgétaire souvent contestés - Capture d'écran

De plus le coût du déménagement des services diocésains de La Rochelle à Saintes (décision prise par Mgr Colomb en 2019) est venu jeter de l'huile sur les braises. Cette dépense de quelques 3.5 millions d'euros ne fut pas jugée comme essentielle par nombres de prêtres locaux. D'aucuns se souviennent avec émoi des paroles du précédent évêque : « Comment peut-on imaginer de déménager quelque chose qui est ici depuis 400 ans?! »

3.5 millions de beaux euros, c'est aussi une belle somme... - Capture d'écran
3.5 millions de beaux euros, c'est aussi une belle somme... - Capture d'écran

Au final, laïcs ou religieux admettent difficilement que la finance puisse aujourd'hui devenir la question centrale au sein de l’Église. Nous avons contacté Mme Danieli, responsable de l'inventaire de l'Observatoire du patrimoine religieux pour prendre le pouls de la situation au niveau national : « De plus en plus d'évêques cèdent leurs églises et leurs chapelles. Les couvents sont souvent plus vendus car ce sont des structures idéales pour des agents immobiliers. Vous avez déjà les cellules, les chambres, et on enlève les cloisons pour faire des appartements. Mais il y a très peu de destruction d'église en France, je dirais quatre ou cinq par an, cela reste infime. Les biens immobiliers d'édifices cultuels sont généralement transformés. Il y a souvent des associations de paroissiens ou d'habitants des villages qui s'opposent à la destruction de leur église; même s'ils n'y vont pas ! ».

Et hop! Disparition...

En l’occurrence la transformation fut radicale pour la petite chapelle de la Courbe d'Aytré. En effet, celle qui se trouvait en lisière de La Rochelle et appartenait au diocèse fut sacrifiée sur l'autel de la construction de trois maisons individuelles. (Voir ci-dessous). Selon les chiffres de la base de données Data.gouv, la parcelle en question et son esplanade de verdure aurait été cédée en 2019 pour la somme de 260.000 €. Quelques mois plus tard, l'ensemble fut morcelé sous la forme de trois terrains à bâtir pour un montant total de 561 500 €. Là se trouve probablement la beauté cachée de ses vielles masures laides et inutiles…

En haut et à droite la chapelle en 2018, remplacée depuis par des constructions modernes.  - Reflets
En haut et à droite la chapelle en 2018, remplacée depuis par des constructions modernes. - Reflets

Le décompte ne s'arrête pas ici puisque la toute proche chapelle Sainte-Anne du quartier de Beauregard est également disponible sur le marché de l'occasion. Autour d'elle les grues s'agitent déjà et Bouygues entend bien faire un doublé entre cette appétissante parcelle de terrain et l'église de Port-Neuf. Saint-Anne et Saint-Joseph sont dans le même bateau : qui sautera le premier?

Un boulevard en pleine rénovation, et non loin des travaux une autre chapelle en devenir - Reflets
Un boulevard en pleine rénovation, et non loin des travaux une autre chapelle en devenir - Reflets

Nul doute que les enjeux et autres impératifs financiers deviennent cruciaux. Le vicaire-général, le bras droit de l'évêque, n'hésite pas à faire valoir la position de l’Église : « Et puis cela nous appartient, je veux bien que tout le monde donne son avis, mais si vous décidez de vendre votre maison, je peux faire tous les commentaires que je veux, mais cela reste votre maison. Nous sommes dans une période de rééquilibrage budgétaire qui doit se faire en 2023, nous sommes dans une période de rigueur, et donc nous souhaitons vendre au plus offrant. Que voulez-vous on essaie d'avoir le meilleur prix... »

Nous décidons de nous retourner vers les autorités civiles de La Rochelle pour comprendre de quelle marge de manœuvres elle dispose pour préempter et récupérer ce type de bien. A cet instant nous savons déjà, via M. le maire, que les services municipaux concernés n'ont eu vent d'aucune information sur l'avancée du projet, et moins encore sur le montant de la vente : « La mairie n'était pas au courant et je n'ai aucune idée de l'argus des églises… »

Préemption: que fait la police municipale?

M. Dardenne, l'élu du secteur en charge de l'urbanisme et du droit des sols, acceptera volontiers de nous informer de la forme et de la conditionnalité d'un tel achat : « Comme n'importe quel projet privé, nous sommes au courant à partir du moment où nous avons une prise de contact avec un porteur de projet, et d'un point de vue administratif nous ne sommes au courant officiellement qu'à réception des documents notariés, sous la forme d'une DIA (déclaration d'intention d'aliéner). Sur les deux chapelles de la Rochelle c'est le promoteur Bouygues immobilier qui s'est positionné, je suppose qu'il y a dû avoir une discussion sur le diocèse, un peu générale, sur leur foncier. Mais sur la chapelle de Port-Neuf nous n'avons pas de DIA, cela veut dire qu'il n'y a pas d'acte de vente qui a été fait, et que je n'ai pas d'indication sur le tarif ».

En langage païen, comprendre que Don Camillo et le promoteur font leur petite affaire dans leur coin sans en toucher un seul mot à Peponne. Les hommes de la mairie ne devraient cependant pas tarder à s'intéresser de près à l'opération puisqu'une parcelle de terrain adjacente à l'emprise de l'église appartient à la communauté d'agglo. Un détail d'environ 500 m2 qui pourrait bien avoir un certain impact pour fixer le montant d'une future transaction immobilière. Faut tout finir : un morceau pour Bouygues, un morceau pour l'agglo...!

Sur le devant de l'église, la parcelle paysagée propriété de la communauté d'agglo. - Reflets
Sur le devant de l'église, la parcelle paysagée propriété de la communauté d'agglo. - Reflets

Croix de bois, croix de fer, la municipalité ne connaîtrait donc pas grand chose du secret des dieux. Et pour cause, la mairie n'aurait pas l'oreille sur les décisions prises à l'évêché. Les informations qui nous parviennent du service de communication de Bouygues laissent pourtant supposer du contraire : « Concernant le projet Port Neuf à La Rochelle, nous avons suivi un processus classique d’achat. Le diocèse a mandaté un agent immobilier pour mettre en vente son terrain. C’est ainsi que nous avons pu nous positionner. Nous travaillons comme nous le faisons habituellement, en concertation avec la mairie pour concevoir le projet, en le présentant aux différents comités techniques d’urbanisme. L’enjeu étant évidemment d’avoir un projet qui satisfasse la mairie et les riverains, tout en respectant nos engagements sociétaux et environnementaux ».

Un conseil de pros

Les propos tenus par Olivier Lefort, responsable de l'économat du diocèse, nous éclairent sur la manière dont les services de l'évêché opèrent : « on travaille avec des agences immobilières locales, nous n'avons pas d'organisme particulier, nous avons l'habitude de travailler avec des agences qui connaissent la réalité du terrain. Ce sont des agences qui sont un peu spécialisées dans ces domaines là, mais de fait une église est un bâtiment, elle a une valeur sur le terrain immobilier qui n'est pas lié à sa spécificité mais plutôt à son emplacement. Souvent l'église n'est pas destinée à être conservée, c'est le terrain qui fait l'intérêt. Lorsqu'il y a la vente d'un bien, il y a la consultation d'un certain nombre d'organes qui s'appellent des conseils. L'évêque demande l'avis d'un certain nombre de ces conseils, ce n'est pas lui qui décide tout seul. Il consulte le conseil d'administration, le conseil des affaires économiques… »

Diable, comme le monde est petit

Ce fameux conseil des affaires économiques se destine justement à préparer le budget des dépenses et des recettes, à approuver les comptes de l'année écoulée, et à contrôler les finances et l'administration des biens. Ses membres, laïcs ou religieux sont nommés par l'évêque. En sont exclues les personnes apparentées à l’Évêque jusqu’au quatrième degré de consanguinité ou d’affinité. Certains diocèses s'attardent à préciser: -selon l’esprit du canon 492 § 3, sont incompatibles avec le mandat de conseiller aux affaires économiques: la parenté avec le curé, le fait d’être salarié de la paroisse ou du prêtre et certaines fonctions publiques importantes, comme conseiller général, maire...-.

De telles précautions ne sont peut-être pas nécessairement requises à la Rochelle puisque le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie locale, Mr Thierry Hautier, figure sur la liste des membres civils de ce conseil. La nomination au fameux conseil des affaires économiques d'un certain Nicolas Gardies, lequel nous est présenté comme un professionnel du budget et des finances par Mgr l'évêque, s'avère un peu plus intrigante. M. Gardies est en effet le directeur général de l'entreprise Rochelaise Fountaine-Pajot. Rappelons si besoin que cette société est un chantier de construction navale créé et cornaqué par M. Fountaine, maire de La Rochelle et président de la communauté d'agglomération.

Des pros de la finance au conseil des affaires économique du diocèse - Capture d'écran
Des pros de la finance au conseil des affaires économique du diocèse - Capture d'écran

Cette proximité des civilités et des fonctions, sans doute fortuite mais cependant assez particulière, aurait de quoi laisser perplexe un puriste du droit canonique...

Quel sport de gérer ses richesses!

Lors de notre entretien, M. Dardenne évoquera le dilemme de pouvoir acquérir, ou non, certains lieux historiques mis aux enchères publiques : « vous savez que le patrimoine de La Rochelle est extrêmement important, nous avons un patrimoine qui est supérieur à celui du Vatican, nous avons un patrimoine très important et donc qui dit patrimoine très important, dit bien sûr entretient très important, et donc on essaie de ne pas avoir de lieux en mauvais état. »

Réunion avec Mr Dardenne à l'Hôtel de ville: trop dur toutes ces vieilleries à entretenir - Reflets
Réunion avec Mr Dardenne à l'Hôtel de ville: trop dur toutes ces vieilleries à entretenir - Reflets

A priori il va donc y avoir du sport pour conserver cette indigne église qui ose encore se tenir debout à quelques centaines de mètres du magnifique et talentueux stade Rochelais. La gloire de toute la cité de Port-Neuf, un monument architectural de tribunes peintes en jaune et noir, 16.000 places réservées pour des matchs qui se jouent à guichets fermés, une pelouse entretenue et sponsorisée par la communauté d'agglomération à raison de 566.000 € cette année, un hall d'accueil en tôle ondulée aux lignes tendues et gracieuses… Non, franchement, on ne voit carrément pas qui pourrait venir en aide à Saint joseph.

Le chant des matchs: Ici, ici, ici c'est la Rochelle! L'église de Port-Neuf est au fond à gauche… - Reflets
Le chant des matchs: Ici, ici, ici c'est la Rochelle! L'église de Port-Neuf est au fond à gauche… - Reflets

A tous, nous avons posé ces deux questions durant notre enquête: comment et pourquoi. Les réponses nous sont toujours parvenues, mais vagues, parcellaires ou imprécises. Concernant la petite chapelle de Beauregard, Jean-Philippe Plez, le second élu en poste à la Rochelle, laissera échapper dans la conversation : « On savait depuis plus de dix ans que la chapelle Sainte-Anne était destinée à être vendue tôt ou tard à partir du moment ou elle avait été déclassée ». Pour Saint Joseph, le père Séguin se souviendra lui de cette idée de créer ici un lieu mixte de rencontre culturel et cultuel. Un projet qui ne date que de quelques mois et dont les suites sont restées à l'état d'étude. Décidément, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

Pour finir, après le pourquoi et le comment nous restait à évoquer le combien. Si un chiffre s'annonce en catimini derrière le rideau, cette variable là restera officiellement une parfaite inconnue pour nous. Des analyses de sols ont été effectuées, un métreur est venu mesurer, et Il se dit que les plans de la future construction circuleraient déjà en sous-main. Une chose est sûre, l’Église préfère vendre en sourdine et la mairie ne souhaite clairement pas investir dans les travaux. Mais aujourd'hui le rythme s'accélère sous l'indicible et froide économie de marché qui tend à promouvoir le sacrement du bulldozer. Et si l'on ne noie pas aussi facilement un castor enragé, le risque d'entendre un vieux chien japper derrière tous les presbytères devient inquiétant. Socialement parlant bien sûr, car financièrement on peut très bien ne rien entendre.

0 Commentaires
Une info, un document ? Contactez-nous de façon sécurisée