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par Antoine Champagne - kitetoa

Les écoutes massives ? C'est politique mon bon monsieur

Mais pourquoi revenir sans cesse sur les écoutes massives à l'échelle planétaire mises en place par des gouvernements "démocratiques" ? N'y a-t-il pas des choses plus importantes ? Le chômage, la faim dans le monde, la guerre ? Si, bien sûr. Pour autant, les écoutes massives décrites par les documents d'Edward Snowden ne doivent pas être négligées.

Mais pourquoi revenir sans cesse sur les écoutes massives à l'échelle planétaire mises en place par des gouvernements "démocratiques" ? N'y a-t-il pas des choses plus importantes ? Le chômage, la faim dans le monde, la guerre ? Si, bien sûr. Pour autant, les écoutes massives décrites par les documents d'Edward Snowden ne doivent pas être négligées. Elles sont le reflet d'une problématique politique essentielle : la mise en place d'écoutes massives à l'échelle de la planète est le fruit du travail de personnes complètement paranoïaques qui voient en chaque citoyen un délinquant potentiel. Quel cheminement intellectuel peut amener un dirigeant politique à mettre en place un tel système ? A placer potentiellement sur écoute tous ses concitoyens ?

Toute personne à peu près équilibrée ressent un besoin impérieux de fuir une personne présentant des troubles cliniques de paranoïa.

Visiblement pas en politique.

Les électeurs délèguent leur pouvoir à des gens qui font preuve d'une dangereuse et inquiétante paranoïa. Et leur renouvèlent leur confiance, Encore, et encore.

A-t-on voté pour ces gens afin qu'ils se livrent à de telles activités ? Afin qu'ils nous remercient  en nous mettant sur écoute ? Afin qu'ils fassent fi du droit fondamental à la confidentialité de la vie privée ?

Dans privé, il y a ... privé

Ce qui différencie deux êtres humains, ce qui nous caractérise les uns par rapport aux autres, ce n'est pas notre ADN, ce n'est pas la composition chimique de notre corps, c'est justement notre vie privée. Dans vie privée, il y a "privée". Qu'est-ce qu'ils ne comprennent pas dans "privée" ? Comment la démocratie a-t-elle pu muter à ce point qu'il est interdit d'être anonyme une partie du temps ?

Le DPI est foncièrement politique. C'est un choix de monde dans lequel nous souhaitons vivre. Laisser se développer ces technologies, c'est hypothéquer l'avenir de nos enfants. Un renoncement aux droit de l'Homme, aux droits fondamentaux. C'est permettre à de futurs gouvernants de nous accuser de choses que nous n'avons pas faites.

L'évolution démocratique en France, pour ne prendre que cet exemple -il y en a d'autres en Europe moins hypothétiques, montre que les électeurs des partis "démocratiques" de l'oligarchie tendent vers l'abstention. En revanche, le Front National a toujours évolué dans une tranche de 15-20%. Pas d'abstention de ce côté de l'échiquier. La théorie des vases communicants laisse penser qu'un de ces quatre, ce parti pourrait, à la faveur d'une abstention massive, parvenir au pouvoir. Que ferait une Marine Le Pen d'un tel outil de surveillance massive ?

Vous évoluez dans le Far West des services de renseignement

Nous allons encore l'entendre à l'Assemblée Nationale tant les projets de régulation du Net sont légion ces jours-ci, ce réseau est un Far West. Peut-être. Mais quel Far West ? Qui est le caïd de la cyber-prairie ? Avant (mais ça c’était avant), le Net était un Far West où tout était possible : les forces de l’ordre étaient complètement dépassées par la technologie. Aujourd’hui, les forces de l’ordre et les services de renseignement ont créé LEUR Far West sur les réseaux. Elles peuvent y faire ce qu’elles veulent et s’affranchissent allègrement des lois qui s’appliquent à M. Michu (le mari de Mme Michu). On vous a autorisé l'usage de la cryptographie ? C'est exact. Grand bien vous fasse.

En échange, de nombreuses lois ont donné aux autorités la possibilité d'obtenir les clefs pour déchiffrer en cas d'enquête, d'installer des chevaux de Troie sur vos ordinateurs, etc.

L'ancien président Nicolas Sarkozy parlait déjà de Far West en 2007 lors de la signature des Accords de l’Élysée, d’où naquit Hadopi, comme le rappelle PCINpact: "Il faut dire que pour l’ex-chef de l’État, cet univers un peu étrange  est proche d'un film de John Wayne, assimilant Internet à un « Far West » high-tech, « une  zone de non-droit où des « hors-la-loi » peuvent piller sans réserve  les créations, voire pire, en faire commerce sur le dos des artistes »".

Le même Nicolas Sarkozy est à l'origine de la montée en puissance de deux sociétés spécialisées dans le DPI et l'écoute massive à l'échelle d'un pays : Amesys et Qosmos. Il est à l'origine du contrat d'Amesys en Libye...

Qui a parlé de Far West ?

Dans ce cas précis, on délocalise les écoutes massives, pour s'affranchir du droit français...

L’idée même d’un Far West est une mauvaise idée, quel que soit le caïd de la plaine…

Le Far West d'avant, c'était aussi un monde où chacun qui était responsable de lui-même et faisait en sorte de ne pas impacter négativement les autres. Chacun gérait son bout de tuyau pour que tout continue de fonctionner (un tuyau tout seul ne sert à rien). Ce n’est plus le cas. Demain, chacun tentera de tuer l’autre à coups de DPI.

Choisis ton monde camarade...

Oui, le DPI, c'est politique. En le laissant s'installer, proliférer, les citoyens choisissent de vivre dans un monde où un agent des renseignement habite sous leurs lits. Il n'y a plus ni respect de la vie privée, ni contrôle des écoutes par des juges. Encore moins de droit à l'anonymat.

Si l'on peut comprendre que Mme Michu ne soit pas alertée sur ces problématiques, on  comprend moins que les journalistes ne jouent pas leur rôle de contre pouvoir. Mais, il est vrai, il y a Nabila, les petites phrases des politiques, l'immigration, la France raciste, ...

Mais... Oh, wait... Les journalistes sont parmi les premiers visés par ces technologies...

Fort heureusement, les volontaires se pressent pour les former à la cryptographie, leur assurant ainsi un faux sentiment de sécurité qui génèrera peut être plus d'ennuis que de choses positives.

Le DPI est également une question éminemment juridique. Si le législateur (coucou @jjurvoas) continue de plébisciter ces technologies comme il a plébiscité la vidéosurveillance, l'avenir est franchement sombre. S'il se saisit de ces problématiques, il deviendra peut être plus difficile de laisser le Far West des services de renseignement s'installer et perdurer.

Le DPI est une question éminemment culturelle et économique. Car demain, avec le DPI, ne passeront sur nos réseaux que les paquets "purs". Chacun est libre de défendre son bout de gras, mais pas au prix de la neutralité du Net, là aussi, une histoire très politiques (au bon sens du terme).

Il va être temps de se réveiller si vous tenez à pouvoir continuer de consulter des images de lolcats terroristo-pédo-nazis.


Cet article fait partie d'une trilogie. Lire la suite ici

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