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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

Le gouvernement lance un os à ronger : les retraites chapeaux

Il y a quelques temps, la presse découvrait que les banques françaises avaient quasiment toute un pied dans les paradis fiscaux. Ce qui est écrit en toutes lettres sur leurs sites Web depuis des lustres, dans Wikipedia pour chaque page consacrée à une banque, bref, on découvrait que l'eau mouille. Mieux, avec les LuxLeaks, tout le monde feignait de s'étonner que le Luxembourg soit une énorme machine à laver ou à cacher de l'argent. Etonnant pour qui a lu les oeuvres complètes de Denis Robert..

Il y a quelques temps, la presse découvrait que les banques françaises avaient quasiment toute un pied dans les paradis fiscaux. Ce qui est écrit en toutes lettres sur leurs sites Web depuis des lustres, dans Wikipedia pour chaque page consacrée à une banque, bref, on découvrait que l'eau mouille. Mieux, avec les LuxLeaks, tout le monde feignait de s'étonner que le Luxembourg soit une énorme machine à laver ou à cacher de l'argent. Etonnant pour qui a lu les oeuvres complètes de Denis Robert... Voici qu'aujourd'hui, la presse, toujours, et les politiques (toujours aussi) découvrent que certains patrons se font verser des retraites complémentaires monumentales après avoir quitté leurs postes. Et de citer un exemple à 800.000 euros. En voilà une nouvelle découverte...

Le Monde qui a des archives et ne rechigne pas à les citer, rappelle que le problème desdites "retraites chapeaux" n'est absolument pas nouveau :

Pierre Moscovici, le précédent ministre des finances, avait préféré en 2013 ne pas légiférer sur ce sujet sensible et s’en remettre à l’autodiscipline que les syndicats patronaux, Afep et Medef, promettaient. De fait, un haut comité du gouvernement d’entreprise a été créé à cette occasion pour surveiller les bonnes pratiques et les moins bonnes. Présidé par Denis Ranque, le président du conseil d’administration d’Airbus, il a publié son premier rapport d’activité en octobre.

Il est utile de citer ce point. Mais il manque une information. Elle nous a été fournie il y a quelques mois par la la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees). Les quelque 15,5 millions de retraités français vivaient avec une retraite représentant en moyenne 1.288 euros en 2012. De quoi se plaignent-ils ? Leur retraite avait augmenté de 2,6% sur un an.

Comme à son habitude, le personnel politique répond à une "polémique" en lançant un os à ronger à ceux qui pourraient être choqués par ces chiffres astronomiques. C'est à dire 15,5 millions de retraités vivant avec 1.200 euros en moyenne, soit sur douze mois, une retraite entonnoir (chacun son chapeau) d'environ 14.400 euros. Un peu loin il est vrai des centaines de milliers d'euros... Avec cet os (on va réguler ces retraites chapeaux), le personnel politique espère calmer la polémique. Avec un peu de chance et une nouvelle frasque de Nabilla au fond de sa cellule, cela pourrait fonctionner. Mais dans le fond, ni Emmanuel Macron ni le reste du gouvernement n'ont envie de modifier quoi que ce soit.

Comme le note Le Figaro, cette réforme d'Emmanuel Macron devrait rester dans les limbes ou avoir un effet très mesuré... On en reparlera dans un an ou deux, si vous le voulez bien :

Le Sénat a voté la semaine dernière une augmentation de la taxe sur les retraites-chapeau. Une mesure qui va dans ce sens et qui, pourtant, a été rejetée par le gouvernement par la voix du secrétaire d'État au Budget, Christian Eckert. «La priorité c'est de renvoyer à la responsabilité personnelle», estime Emmanuel Macron, jugeant qu'«aucune loi ne remplacera l'éthique des dirigeants»

En d'autres termes, le Sénat, constatant que les patrons se pressaient à un pas de sénateur pour s'autoréguler avait imaginé, grand fou qu'il est, qu'en taxant plus fortement les retraites chapeaux, les patrons seraient peut-être naturellement moins gourmands de ces petits plus façon Bahlsen.

Deux, ou trois dimensions ?

Une raie parfaitement plate qui vivrait dans un monde en deux dimensions ne peut concevoir une troisième dimension. De la même façon, un retraité qui vit avec 1200 euros par mois a du mal à entrevoir à quoi ressemble le monde d'Emmanuel Macron et de ses collègues du gouvernement. Ou encore celui dans lequel évolue Pierre Gattaz, le patron des patrons.

Pour Pierre Gattaz, inutile de légiférer sur quoi que ce soit touchant à l'encadrement des dirigeants d'entreprises, il lui semble qu'ils peuvent très bien s'autoréguler. En revanche, les méchants chômeurs tricheurs...

Quant à Emmanuel Macron qui va sans doute multiplier dans les jours à venir les déclarations sur les retraites chapeaux et les salaires indécents de certains dirigeants d'entreprises... Il n'a empoché que 2 millions d'euros bruts pour un an et quatre mois passés dans une banque. Soit, selon les calculs de l'Express, à peu près 1 million d'euros, une fois les charges sociales retirées.

L'inverse est vrai pour l'homme vivant dans trois dimensions. Il ne peut pas concevoir dans quel monde vit la raie parfaitement plate. En outre, si la raie peut avoir un éventuel intérêt à essayer d'imaginer les trois dimensions et à vouloir rejoindre le monde en trois dimensions, ceux qui vivent dans trois dimensions n'ont aucune envie de se priver de leur univers.  Emmanuel Macron ou Pierre Gattaz ont du mal à concevoir ou imaginer ce qu'est la vie d'une personne qui plafonne à 1200 euros par mois. Et ils ont une certitude : ils ne veulent absolument pas expérimenter cela.

De cette incompréhension mutuelle naîtront, au choix un statu quo ante, ou une étincelle.

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