Le diesel à 3 ou 4 euros le litre en fin d'année : le gouvernement plancherait sur un rationnement
Mais tout va très bien, madame la marquise
Les autorités font comme si de rien n'était, mais elles planchent sur des scénarios variés. L'un d'eux anticipe une grosse pénurie sur le diesel dès la fin des vacances de Pâques, un rationnement à ce moment-là et un prix du litre entre 3 et 4 euros contre 2,20 actuellement. La fermeture du détroit d'Ormuz aura d'autres répercussions et cela devrait secouer un peu...
« Si ces problématiques d’approvisionnement, même minimes, venaient à se présenter devant nous, alors nous devons être prêts à un certain nombre de mesures qui permettent d’économiser l’énergie consommée et spécifiquement le carburant » a lancé mercredi la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. Elle n'a évidemment pas précisé à quoi ressembleraient concrètement ces mesures. Ce sera une surprise et si on le disait aujourd'hui, ce ne serait plus une surprise...
Et pourtant, dans les coulisses, nous explique une source gouvernementale, ça cogite dur.
« On a toutes sortes de scénarios, de l'optimiste au scénario catastrophe. Mais une chose est sûre, le dernier bateau rempli de diesel arrivera à Amsterdam le 10 avril. Après, c'est fini », explique-t-elle. Cette pénurie qui arrive est déjà effective dans plusieurs pays asiatiques, nous confirme une personne travaillant dans le secteur pétrolier. Et le gouvernement français, s'il n'en parle pas encore publiquement, s'attend à une pénurie de diesel dès la fin des vacances de Pâques.
À ce stade, il envisage des mesure de « rationnement », nous explique notre source gouvernementale. « Et un prix à la pompe de 3 ou 4 euros le litre à la fin de l'année si la situation ne s'améliore pas dans le détroit d'Ormuz ». De fait la France importe et ne raffine quasiment plus le diesel sur place. Encore un bout de « souveraineté » envolée et qui se révèle à l'occasion d'une crise. La France importe 50% de son diesel, elle est le quatrième importateur mondial de gazole.
Selon le gouvernement il n'y a pas de scénario pour une sortie de crise réaliste et rapide et cela devrait « devenir très compliqué en fin d'année si on est toujours dans la même situation en juin car il faut entre trois et six mois pour un retour à la normale ».
Et la pénurie toucherait d'autres secteurs. Les autorités s'attendent à des problèmes avec « le gaz naturel, les engrais, le souffre, l'hélium ou l'aluminium ». Cela aurait aussi des répercussions sur la production de microprocesseurs et de certains appareils médicaux.
Tout va très bien, madame la marquise...
Et côté gouvernement, toujours, on est réaliste. « personne n'a les moyens nécessaires pour rouvrir le détroit. Les Iraniens ont tiré les leçons de l'histoire, notamment pendant la guerre Iran/Irak à la fin des années 80. Désormais ils tablent sur des petits bateaux, très rapides, armés de missiles, pas sur de gros bateaux militaires. Ils sont répartis sur la côte et sont autant de centaines de cibles difficiles à éradiquer. ».
« On va dans le mur »
Plusieurs pays asiatiques sont déjà en phase de rationnement, explique par ailleurs une source dans le secteur pétrolier. « Clairement, on va dans le mur. Quelques bateaux passent mais ils sont destinés au marché chinois. Même si Donald Trump décidait aujourd'hui d'arrêter les frais, il faudrait plusieurs mois pour un retour à la normale. ». Et de fait, le bombardement du site de Ras Laffan, au Qatar, impactera la production du GNL sur le long terme. « Ils annoncent trois ans de réparations. », précise notre spécialiste. « Il ne faut pas se faire trop d'illusions. Redémarrer un puits de pétrole, cela prend du temps, il y a une augmentation progressive des débits. Certains pipelines ont été "sécurisés", c'est à dire qu'ils ont été remplis d'eau. Il faudra des semaines pour les redémarrer. Les installations pétrolières ne sont pas conçues pour résister au souffle des explosions. Il va donc falloir re-tester tout pour vérifier que cela résiste à la pression. »
Nous avons évidemment interrogé les services du premier ministre à propos des scénarios sur lesquels le gouvernement travaille. Fidèle à la doctrine habituelle et au respect que le gouvernement accorde à la presse et aux citoyens, Matignon n'a même pas accusé réception de nos questions.