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Dossier
par Juliette Loiseau

Le cyber-harcèlement bondit pendant le confinement

Le nombre de cas signalés a augmenté de 26% en un an

Chaque année, 700 000 jeunes sont victimes de harcèlement scolaire selon le ministère de l'Éducation nationale. Pendant le confinement du printemps, et encore aujourd'hui, le cyber-harcèlement a pris le relais. En cause : un bouleversement des pratiques numériques et une méconnaissance des violences en ligne de nombreux parents.

Jean-Michel Blanquer

Quelque 30% de cas de cyberharcèlement en plus pendant le confinement du printemps 2020. C’est le constat fait par l’association E-enfance, qui gère la plate-forme netecoute.fr. Et si les cas de harcèlement scolaire ont mécaniquement baissé, ils se sont déportés sur le cyberharcèlement. Rumeurs, insultes, photos volées ou truquées, la viralité des réseaux sociaux démultiplie le phénomène de harcèlement. Mais le déconfinement et la rentrée en présentiel n’ont pas changé la donne. Toujours d’après l’étude de l’association E-enfance, les cas de cyberharcèlement ont augmenté de 26% en septembre 2020 par rapport à septembre 2019, malgré une rentrée en présentiel. En cause : la forte hausse du temps passé sur les écrans, et donc les réseaux sociaux, chez les adolescents. Les cours à distance et l’absence de contacts avec les ami.e.s ont fait exploser le nombre de groupe WhatsApp, Snachpat, Instagram ou Tik Tok. Avec le confinement, les usages du numérique se sont également, et durablement, transformés. Les adolescents, de plus en plus jeunes, ont accès à leurs propres équipements. Et beaucoup de parents méconnaissent les pratiques de leurs enfants sur Internet. Ils n’ont ainsi qu’une vague idée des dangers. Seuls 9% pensent que leur enfant est concerné. Un jeune sur 10 déclare avoir déjà été victime de violences en ligne, d’après un rapport parlementaire publié en octobre 2020.

Les élèves de troisième seraient les plus exposés aux risques de cyberharcèlement, en raison de leur taux d’équipement : 84% des adolescents de 14 ans ont un portable contre 26% de ceux âgés de 11 ans. Du côté des victimes, les raisons recensées sont les insultes sur le physique, l’apparence, le look, les vêtements, la jalousie, ainsi que la vengeance. Du côté des harceleurs, c’est pour rire ou faire comme les autres. Et ces derniers n’ont pas toujours conscience du rôle qu’ils jouent dans le cyber-harcèlement. D’après l’enquête d’E-Enfance, 15% des ados ne considèrent pas un like sur un commentaire insultant comme du cyber-harcèlement. Dans le même temps, il n’existe quasiment aucune sanction pour les auteurs de violences en ligne. Le harcèlement scolaire n’est pas inscrit dans le code pénal, auquel s’ajoute le pseudonymat sur les plateformes. Seules solutions : masquer, bloquer, signaler… Des pratiques que les plus jeunes connaissent peu, tout comme leurs parents. La formation de ces derniers est l’une des 120 recommandations du rapport parlementaire pour combattre le harcèlement scolaire. La lutte contre les discriminations et les stéréotypes, source de harcèlement et cyber-harcèlement, est proposée sous plusieurs formes.

Remis mi-octobre, les propositions du rapport parlementaire n’ont fait l’objet d’aucun commentaire de la part du gouvernement, alors que la première journée internationale contre le harcèlement avait lieu le 9 novembre. Dans le cadre du vote de la section éducation du projet de loi Finances, le député Erwan Balanant, auteur du rapport, a proposé deux amendements : allouer des moyens supplémentaires à des postes au sein de la mission harcèlement scolaire du ministère ainsi que le financement d’une étude annuelle statistique pour quantifier le harcèlement scolaire. Car oui, les chiffres actuels ne proviennent que des associations. Mais le gouvernement a rejeté les deux amendements sans explication. Pas sûr que la vidéo annuelle du ministère de l’Education nationale suffise à régler le problème de harcèlement et cyberharcèlement en France.

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