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par Yovan Menkevick

Le contrat social, l'état de la démocratie française et nous

Il semble évident qu'un gros problème s'accentue année après année, et risque d'amener la société française à des extrêmités très ennuyeuses. Ce gros problème est celui du contrat social, avec lequel la classe politique s'est totalement torchée. Il en résulte une démocratie représentative dégradée, composée d'une classe dirigeante fortement contestée, voire haïe par les citoyens.   Un contrat social, c'est quoi au juste ?

Il semble évident qu'un gros problème s'accentue année après année, et risque d'amener la société française à des extrêmités très ennuyeuses. Ce gros problème est celui du contrat social, avec lequel la classe politique s'est totalement torchée. Il en résulte une démocratie représentative dégradée, composée d'une classe dirigeante fortement contestée, voire haïe par les citoyens.

 

Un contrat social, c'est quoi au juste ?

Pas grand chose en fait, mais c'est comme ça que s'est montée l'affaire en France après que la révolution n'eut pas trouvée grâce aux yeux de la bourgeoisie, bourgeoisie qui sut récupérer de manière forte adroite la fameuse "démocratie" (à opposer à la monarchie qui fut mise à bas).

Oui, il y a plusieurs démocraties en réalité, et la nôtre, est "représentative", pas directe. Le peuple (nous), délègue donc son pouvoir à des "représentants" élus, et pour dire vrai, en France, à une classe sociale bien particulière, celle de la petite, mais surtout moyenne et grande bourgeoisie. Pas des représentants des couches "inférieures" de la population. Non. de la bourgoisie. C'est ainsi. Depuis le début et surtout depuis 20 ans. Et ce fameux contrat social alors, qu'en est-il ? Il en est que le peuple passe un contrat avec les élus qui les représentent pour qu'ils servent au mieux la cause du "plus grand nombre", celle du peuple (encore nous). Le peuple donne donc le droit à ses représentants politiques de "faire au mieux", et en échange, il accepte de suivre les lois ainsi que leurs décisions (aux gouvernants). Mais un contrat va dans les deux sens : les gouvernants ont obligation à écouter le peuple, il ne peut donc se hisser au pouvoir et gouverner que si et seulement si ses actions sont en accord avec ses promesses, promesses que les électeurs ont validé dans les urnes. Simple, non ? Pas si certain.

Où en est le contrat social français ?

Il est mort et enterré, et de nombreux penseurs de la chose (politologues, philosophes, historiens, etc…) en sont convaincus et s'en inquiètent. Pourquoi est-il mort ? Parce que l'élite gouvernante a rompu ce fameux contrat social, sans le dire, de façon insidieuse. Comment a-t-elle fait ça, l'élite gouvernante ? Oh, par une succession de manœuvres qui ont mené à un reniement des engagements qu'implique le contrat social. Pour faire simple et clair : si les politiciens ont toujours effectué des promesses qu'il ne tenait pas toujours entièrement, une partie importante de ces promesses était quand même mise en œuvre après l'élection, au cours du mandat présidentel. Des choses assez précises comme l'abolition de la peine de mort, la hausse des salaires, la baisse du temps de travail, les baisses de charges des entreprises, baisse des impôts, etc… Depuis quelques années, disons une dizaine, les promesses politiques de tous ordres ont pour leur grande majorité été abandonnées dès le mandat débuté, ou au cours du mandat.

Mais pire, des décisions à l'opposée des promesses sont prises. Dans le même temps, la population est sommée de continuer à se plier aux décisions de la classe politique au pouvoir, à se soumettre à l'action gouvernementale alors que ses décisions vont dans le sens inverse de ce pourquoi les électeurs ont voté au moment de l'élection. Le contrat est donc rompu : par la classe dirigeante, qui ne tient pas son engagement, celui de représenter la population au mieux et en accord avec une politique établie, présentée au suffrage populaire des urnes.

Houhou : mais alors, "on" pourrait demander une révision du contrat ?

Absolument, puisque comme avec tout contrat, si une partie ne tient plus ses engagements, l'autre partie peut demander son annulation. Pour, par exemple, signer avec un autre contracteur, ou pour signer un autre type de contrat. C'est bien là que les mots de "révolution", de "changement de constitution", de "changement de régime" surviennent dans la discussion. Parce que quand le contrat social ne tient plus, le système politique ne tient plus non plus : les bases de la société, ce pour quoi la population a signé, sa liberté, sont bafouées. Et le peuple a le droit de révoquer ceux en qui il a déposé sa confiance. Le grand problème est le suivant : mais qui peut demander la révision du contrat ? Le peuple, ce n'est pas très précis quand même… Vrai. On peut donc avoir un contrat social totalement rompu, comme c'est le cas actuellement, des citoyens qui en sont conscients, le disent…et personne pour le faire savoir, ni pour activer quoi que ce soit qui pourrait demander des comptes à ce niveau là. Il faudrait en réalité que ce soient les représentants eux mêmes, une partie tout au moins, qui le fasse savoir et bloque l'appareil représentatif avec comme revendication : "changeons la constitution, changeons de régime, puisque ceux-ci ne sont plus en mesure d'assurer le contrat social." Bizarrement, chacun sent bien que cela n'arrivera pas. Parce que ceux qui ont brisé le contrat social sont bien entendu ces fameux représentants. Et ce système politique, cet "état de fait anti-démocratique" basé sur un contrat social entièrement rompu les nourrit toujours, et surtout ne modifie pas, jusque là, leur situation…très confortable. Excessivement confortable.

On peut envisager que cette situation explosive débouche sur un changement ?

Oui, c'est à peu près certain : le contrat social, s'il n'est plus respecté par les représentants pousse de toutes les manières la population a réagir, parce sa situation deveint majoritairement intolérable. Et bien entendu, en France, plusieurs solutions peuvent être envisagées. Celle de la "révolution populaire" (avec des grandes manifestations, des grèves générales, des actions fortes et physiques, soutenues par une demande de changement de régime, avec des heurts violents ou pas) semble franchement fantaisiste. Pourquoi donc ? Il faudrait plusieurs articles pour démontrer cette théorie, mais disons que dans un pays qui vote de façon massive, soit pour un réactionnaire libéral et conservateur ou un social-libéral dirigiste, avec moins de 8% d'employés syndiqués, on est en droit de se demander quelles volontés révolutionnaires, même un tant soit peu importante peuvent se créer. Sachant aussi que la "volonté d'embourgeoisement" d'une grande partie de la population, et plus particulièrement la jeunesse, qui bien qu'accablée par le système, rêve avant tout d'avoir le confort matériel de ses parents, ou mieux…Reste donc une autre option, elle beaucoup plus réaliste et déjà vérifiée au cours de l'histoire, et actuellement en plein essor dans d'autres pays européens : le vote populiste d'extrême droite. Pour dire les choses plus clairement : le vote fasciste. Ou néo-fasciste : ne heurtons pas les esprits sensibles qui pensent que le fascisme est conditionné aux camps de la mort, à l'établissement de la Gestapo, aux croix gammées etc…

Le changement, ça va être le néo-fascisme (ou soft-fascism, in english)

C'est quoi cette bestiole là, le néo-fascisme ? Pas grand chose, en réalité, mais ça peut faire mal (mais pas à tout le monde, bien entendu). Le néo-fascime est une politique avec des bases identiques au fascisme (qui provient d'Italie, rappelons-le), mais ne se nomme pas comme tel. C'est une politique qui met au centre de son discours et de ses actes quelque points faciles à reconnaître : la discipline (donc l'autorité, qui a été perdue, hein, bien entendu), quelle qu'elle soit, puis la souveraineté du pays (nous ne sommes plus chez nous, nous ne dirigeons même plus notre pays puisque les dirigeants avant nous se sont vendus à d'autres : l'union européenne, le lobby juif, les états pétroliers, la finance internationale, cochez selon vos préférences), l'exaltation de la nation, de la mère patrie (proche de la souveraineté, mais là c'est au sujet des origines et des "vrais français" opposés aux autres), donc du nationalisme pur chèvre, et un Etat fort. Fort, mais allégé, parce que l'Etat ne peut pas tout, et surtout, l'Etat ne peut pas prendre en charge "toute la misère du monde". C'est donc un Etat performant, qui protège contre les ennemis (puisque le néo-fascisme est convaincu, comme le fascisme, qu'il y a des ennemis : intérieurs, mais aussi extérieurs), mais qui au delà de son rôle central de garant de la sécurité des citoyens, est prêt à écouter le peuple, à le laisser décider de plen de choses : le néo-fascisme sait, quand il obtient le pouvoir, poser les questions qui l'intéressent, des questions bien vicieuses et clivantes, en accord avec les craintes de la population. Quelques exemples de questions posées au peuple (avec garantie que la répponse sera "oui") ? - Pensez-vous, qu'en cas de crime sur un enfant, il faille rétablir la peine de mort pour le criminel ? - Voulez-vous une surveillance accrue d'Internet afin de faciliter les arrestations des terroristes et des pédo-criminiels ? - Voulez-vous que des milices citoyennes aidées des forces de police puissent prévenir les crimes et délits - Voulez-vous que les personnes de nationalité étrangère ne puissent plus bénéficier des aides sociales ? - Faut-il être français depuis au moins 10 ans pour bénéficier des prestations sociales ?

Etc…

Pourquoi ça pourrait marcher comme ça ?

Parce que le contrat social aujourd'hui rompu est seulement dénoncé par les néo-fascistes. En appuyant aussi sur la dénonciation de la politique économique d'austérité, qu'ils ont aussi reprise à leur compte. La mondialisation, dénoncée, elle aussi par les néo-fascistes, comme l'Europe technocratique et l'euro. En réalité les néo-fascistes sont dans plusieurs partis politiques ou organisations, mais savent réunir de nombreuses voix : celles des classes ouvrières, ou du nouveau prolétariat (une majorité de personnes au smic ou moins, dans des métiers difficiles, sous pression, déclassés) mais aussi désormais celles de classes moyennes qui n'ont de moyenne que le nom, puisqu'elles travaillent dans des domaines normalement plutôt bien considérés, avec des salaires décents, mais qui, aujourd'hui, ne sont plus du tout suffisants pour vivre correctement. Les 1750 euros de "salaire médian" en bavent, ne bouclent plus les fins de mois et commencent à se demander si tout ça a bien un sens… Ils savent que le contrat est rompu, que la classe dirigeante les a trahis et continuera à les trahir. Alors pourquoi ne pas essayer ceux qui promettent de remettre de l'ordre dans tout ça ? Il y a l'un de leurs partis qui a talonné un président sortant quand même, aux dernières élections : ça pourrait marcher la prochaine fois, non ?

Oui, ça pourrait marcher. Et si le pouvoir au manettes ou dans l'opposition ne fait pas quelque chose pour renouer avec le contrat social, ça va même marcher tout court. Et là, le nouveau contrat social risque d'être un peu particulier. Mais certains disent qu'il faut "essayer", alors…

 

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