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par drapher

Les études scientifiques sont-elles des marchandises comme les autres ?

Quelles valeur accorder aux résultats des études scientifiques qui ne cessent de tomber en permanence ?

Depuis une dizaine d’années le phénomène des "études scientifiques médiatisées" est en croissance exponentielle. Seul problème : la plupart sont arrangées, biaisées, non reproductibles et orientées à des fins intéressées.

Comment avoir une meilleur indice scientifique qu'Enstein auprès de Google Scholar ? Il suffit de balancer 102 publications bidons.

Depuis une dizaine d’années le phénomène des "études scientifiques médiatisées" est en croissance exponentielle : pas une semaine sans un titre annonçant « une étude scientifique démontre que… ». Que ce soit pour l’alimentation, la pollution, la médecine, l’économie, la zoologie, le climat, les transports ou n’importe quel domaine au final, il existe toujours une nouvelle étude scientifique venant démontrer l’inverse ou accentuer les résultats des précédentes. Seul problème : la plupart sont arrangées, biaisées, non reproductibles et orientées à des fins intéressées.

La « science » est toujours considérée comme une activité respectable par le grand public. La vision du scientifique, neutre, objectif, pétri d’humanisme désintéressé, travaillant au bien de l’humanité dans une recherche purement intellectuelle de vérité est encore bien ancrée dans les esprits. Cette vision de ce qu’est la science et de ceux qui l’exercent n’a pas beaucoup bougé depuis la fin du XIXè siècle, période des grandes découvertes sans lesquelles le monde moderne n’aurait jamais vu le jour.

Pourtant, les qualités de la science et de ses scientifiques ne correspondent plus à rien de concret au XXIème siècle. Le nombre d’études publiées donne le vertige, leur contrôle est limité et surtout les biais sont majoritaires, au point que certains observateurs affirment que 80% de celles-ci sont « orientées » et au final, arrangées, donc fausses. La science est-elle devenue un business comme un autre qui oriente ses recherches et les données qu’elle utilise pour servir des intérêts particuliers ?

Le logiciel en ligne que les scientifiques ne voulaient pas voir sortir

Un jeune chercheur américain, Brian Nosek, aidé d’un doctorant, s’est lancé en 2010 dans un projet très intéressant qui n’a pas été du goût de tout le monde : un logiciel en ligne permettant aux chercheurs de tenir un registre public permettant d’y consigner les méthodes, déroulement des opérations, données utilisées pour leurs expériences.

Nosek, spécialisé en science-sociales voulait ainsi éviter les « arrangements » que les chercheurs effectuaient dans de nombreuses études scientifiques qu’il observait. Le but de son registre était d’éviter que les scientifiques écartent les données qui les gênaient, ne puissent plus « jouer » avec la méthodologie afin de parvenir à des résultats… attendus d’avance. Et surtout il voulait que son registre puisse permettre la reproductibilité des études. Cette volonté de Brian Nosek provenait d’un constat : les modes de publication, promotion, financement des « labos » font la part belle aux études scientifiques inédites et donc attirantes, poussant les scientifiques à produire des résultats positifs en écartant les données « gênantes » pour y parvenir.

Son projet nommé au départ « reproductibilité » — avec la participation de 50 chercheurs — voulait reproduire une cinquantaine d’études publiées dans des revues de psychologie réputées et vérifier la fréquence avec laquelle le psychologie moderne produit des résultats qui sont des faux positifs. Bien mal lui en a pris : les financements n’ont pas suivis et Nosek a dû travailler sans le sou… Il est depuis financé par un ancien Trader milliardaire philanthrope, John Arnold, qui a décidé de vérifier la qualité de la science produite. Nosek a donc pu créer le Center for Open Science, : en résumé, pouvoir "étudier les études scientifiques" et les reproduire pour les vérifier.

A quoi sert vraiment la science au XXIème siècle ?

Chaque année ce ne sont pas loin de 2 millions d’études scientifiques qui sont publiées dans le monde. Le directeur de la rédaction du magazine Books, Olivier Postel-Vinay, dont le numéro de mars-avril est consacré à ce sujet, écrit dans son éditorial la chose suivante :

« Cette course à la quantité est un cercle vicieux, car les institutions chargées d’évaluer le travail des candidats à un poste de chercheur ainsi que les chercheurs établis privilégient le quantitatif (le nombre d’articles publiés et le nombre de citations reçues). Les chercheurs ne sont pas incités à publier ce qui est vrai mais ce qui compte pour leur carrière et leur rémunération. »

Ce constat mène à une affirmation qui devrait normalement questionner sur les effets d’une telle dérive aux vues de son ampleur :

(…) sauf dans les sciences les plus exactes, la plupart des articles publiés sont biaisés, parfois gravement. Échantillons trop restreints, effets à peine sensibles, dissimulation de résultats négatifs, analyses défectueuses, statistiques tronquées, occultation de travaux allant dans un sens non désiré, conflits d’intérêts matériels et intellectuels – et fraudes caractérisées, bien plus fréquentes qu’on le croit. »

Et Olivier Postel-Vinay d’enfoncer le clou en s’appuyant sur les analyses d’un spécialiste du domaine :

« Comme le souligne dans la revue Nature Daniel Sarewitz, spécialiste de la politique scientifique, ce « feedback destructeur » est particulièrement à l’œuvre dans les domaines susceptibles d’influer sur les politiques publiques, « comme la nutrition, l’enseignement, l’épidémiologie et l’économie ». Ou la climatologie. Mais il touche aussi la recherche la plus fondamentale. Sarewitz estime par exemple à 10 000 par an le nombre d’études en cancérologie qui reposent sur des lignées cellulaires contaminées. »

Ces constats, terriblement graves, démontrent qu’en réalité la science se serait « mise au service » du monde économique et politique, pour servir des intérêts au lieu de servir la recherche de la « vérité » :

« Comme l’écrit Richard Horton, inamovible rédacteur en chef de The Lancet, la prestigieuse revue médicale britannique, « il y a désormais quelque chose de fondamentalement faussé dans l’une des plus belles créations humaines ». La majorité des journalistes et des politiques n’a pas encore conscience de la gravité de la crise et continue de placer « la science » sur un piédestal. Mais ses bases sont fissurées. »

Quand la science applique l’idéologie des firmes

Il y a des chiffres qui sont amusants, comme le résultat d’un sondage auprès de 150 chercheurs par la revue Nature en 2010 : 71% d’entre eux pensaient qu’il était possible de « manipuler » ou de « fausser » les mesures pour être mieux noté par son institution. 75% d'entre eux estimaient que leurs collègues pouvaient gonfler leurs chiffres. Au delà des opinions des scientifiques, des pratiques ont été mises en place par ceux-ci pour parvenir à leurs fins et sont connues, comme celui du p-hacking : l’utilisation sélective de données. Nul besoin de tricher en inventant des résultats ou en rentrant des « faussetés » dans les modèles informatiques, il suffit de soigneusement écarter toutes celles qui n’iraient pas dans le sens souhaité et à l’inverse, bien prendre soin d’insérer celles qui pousseront le modèle là où on le souhaite : avec à la clef la "démonstration" qui permet de déclencher le jackpot du financement pour « aller plus loin ».

Pour démontrer la facilité avec laquelle il est possible de « fabriquer de la science » un chercheur français en informatique de l’université de Grenoble a fait une expérience en créant un personnage fictif, Ike Antkare. Avec 102 fausses publications scientifique, Ike Antkare a obtenu l’indice "h" de 94, l’un des plus élevés dans Google Scholar, supérieur à celui d’Albert Einstein. CQFD.

Les raisons de ces obligations à la fraude, au biais, aux arrangements dans la production d'études sont en réalité connues, et elles sont très similaires à celles qui touchent les grandes entreprises industrielles. Dans le désordre, les primes accordées aux chercheurs vis-à-vis du nombre important ou non de publications qu'ils produisent ou de citations qu'ils obtiennent dans des revues, une demande de productivité accrue des doctorants, la réduction de la charge d’enseignement pour les chercheurs les plus productifs, etc… Tous ces facteurs sont liés avec une course à l’amélioration du rang de chaque université, d’obtention de programmes de recherche, pour obtenir des récompenses qui accroissent le prestige, l'évaluation des performances, etc… L'université et sa recherche sont entrées dans la grande compétition économique mondiale, et pour s'y maintenir, sont "prêtes à tout", exactement comme le font les multinationales.

Science et politique : et le pire survient

Le problème de la qualité des études scientifiques devient encore plus important quand elle est liée à des organismes et des choix politiques. Ce que "la science dit" est aussi ce que "le politique souhaite" ou veut se faire confirmer pour agir sur l'ensemble de la société. Il se trouve que lorsque le politique tient les cordons de la bourse et souhaite se faire confirmer et appuyer ses choix par la science, celle-ci s'exécute le plus souvent et valide les thèses souhaitées : quand il en va de la survie des chercheurs et des institutions, mieux vaut produire les résultats attendus.

Les modèles en économie sont ainsi fortement soupçonnés d'être souvent orientés par ceux qui les créent et les fournissent à des organismes internationaux entièrement baignés dans une idéologie précise, tout comme les études sur l'environnement, la biomédecine, et bien entendu, le climat, avec des scandales avérés de fraudes pour ce dernier domaine. La plus importante connue, confirmée par le leak de mails du plus gros labo en climatologie travaillant pour le GIEC nommé ClimateGate, n'a jamais réussi à remettre en cause les biais dans le domaine, et marque pourtant au fer rouge ce lien détestable entre science et politique :

"Le Climategate est décrit par les uns comme un des plus grands scandales scientifiques de notre temps et par les autres comme un évènement de peu d'importance. Pour les premiers, les courriels et fichiers du Climategate suggèreraient que les scientifiques du climat les plus influents dans le monde de la climatologie et du GIEC auraient été coupables de graves dérives déontologiques, agissant de concert pour afficher un consensus de façade, manipuler les données ou leur présentation et ainsi exagérer le réchauffement climatique ou son interprétation, faire de la rétention d'information, interférer dans le processus d'évaluation par leurs pairs afin d'empêcher la publication d'articles divergents et détruire des courriels et des données brutes pour empêcher les audits indépendants."

La "courbe de Mann" en crosse de hockey, utilisée par Al Gore dans son documentaire "Une vérité qui dérange" — lui ayant permis d'obtenir le Nobel en 2007, et annulant la courbe de température du GIEC de 1990 — est là aussi une falsification scientifique aux conséquences sans précédents : malgré le fait qu'il soit démontré que Mann s'était arrangé avec les données pour produire cette courbe de réchauffement catastrophique — et qui est donc déclarée fausse depuis —, rien n'a changé dans la production d'études scientifiques attestant d'un réchauffement par un effet de serre anthropique massif au XXème et XXIème siècle.

Les fonds internationaux sont colossaux dans le domaine, qu'ils soient du privé ou du public, et la science n'a plus qu'une seule obligation : produire des études attestant du réchauffement anthropique et de ses conséquences, écarter celles qui pourraient ne pas aller dans ce sens. Que les méthodes statistiques utilisées soient bidons, peu fiables, tronquées ou sujettes à cautions d'un point de vue scientifique (blog d'un mathématicien du CNRS) n'est plus vraiment important : la science du climat et ses branches liées n'ont jamais reçu autant d'attention et de financements. Le tout étant poussé par une idéologie moderne d'acteurs "verts", nouveaux chevaliers blancs de la défense "écologique" et des révolutions énergétiques, la science du climat — tout comme celles de la prédiction socio-économique-criminels par modèles informatiques en apprentissage automatique —, les modèles scientifiques, semblent devenir avant tout un business que le politique plébiscite, tout comme les grands acteurs industriels (qui s'adaptent très vite avec des techniques de greenwashing). Avec toutes les faiblesses et vices que cela comporte.

"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme" disait Rabelais il y a 500 ans : en 2018 la question se pose de manière prégnante. Que deviennent les sociétés et les individus qui les composent dans un monde à l'âme ruinée par une science massivement tournée vers l'hyper-compétitivité et la nécessité de réussite et asservie à l'argent ? Peut-on parler de "fake-science" ou bien est-ce interdit ?

Les copies seront ramassées dans 4h. Bonne chance à tous…

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