Journal d'investigation en ligne
par Chuck Norris

La République, les yeux dans les yeux #ExpliquezNousCa

Il y a un an, Mediapart déclenchait le premier gros scandale du mandat du président François Hollande en révélant que Jérôme Cahuzac, alors ministre du budget, détenait un compte en Suisse, alimenté, entre autre, par de vraisemblables commissions occultes de l'industrie pharmaceutique suite à son passage au ministère de la santé comme conseiller de Claude Evin - ministre de la santé au début des années 90.

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francois-hollande
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Il y a un an, Mediapart déclenchait le premier gros scandale du mandat du président François Hollande en révélant que Jérôme Cahuzac, alors ministre du budget, détenait un compte en Suisse, alimenté, entre autre, par de vraisemblables commissions occultes de l'industrie pharmaceutique suite à son passage au ministère de la santé comme conseiller de Claude Evin - ministre de la santé au début des années 90.

Cet article a été mis à jour le 19 juillet 2014 afin d'ajouter différents liens le contextualisant avec le LDGgate, mis en gras dans le texte et précédés de la mention : "update".

Les yeux dans les yeux (bis repetita placent)

Le 23 octobre 2013, le président François Hollande, face au scandale grandissant provoqué par les révélations d'Edward Snowden sur la surveillance globale, annonçait qu'il souhaitait "une coopération bilatérale" entre les services de renseignement français et américains.

Quelques jours plus tard, lors d'une conférence de presse, le président François Hollande répondra à une question posée par Andréa Fradin, journaliste à Slate, et niera toute surveillance de la population Française : "je ne voudrais pas qu'on laisse penser que, finalement, cette pratique de Prism serait générale, il y a un cadre légal qui doit être respecté, et avec la CNIL, nous veillerons a donner toutes les information dans le respect de la loi".

La loi ? Certainement pas celles qui touchent au respect des correspondances privées, à l'informatique et aux libertés, ou bien encore à l'exportation de données personnelles hors de l'Union Européenne.

_ Article 1 L'informatique doit être au service de chaque citoyen. Son développement doit s'opérer dans le cadre de la coopération internationale. Elle ne doit porter atteinte ni à l'identité humaine, ni aux droits de l'homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques._

Crime de lèche majesté

Dans cette même journée du 23 octobre, Najat Vallaud-Belkacem, porte parole du gouvernement Français, et ancienne conseillère du roi Mohamed VI (client d'Amesys) assurait que le président Barack Obama "avait donné son accord pour une telle coopération". Rapide, donc.

NajatVB
NajatVB

Pourtant, trois jours plus tard, la presse Allemande révèlera que de tels accords avaient - en pratique - déjà été passés entre la France et les USA fin 2011, et portent le doux nom de "Lustre". Une affaire encore fort discrète à ce jour dans la presse Française. On notera cependant qu'aucun éditocrate n'a demandé "où sont les preuves", tant elles sont accablantes.

Quelques jours plus tard, Pierre Moscovici, en voyage d'affaire au Maroc, en rajoutera une couche en qualifiant la relation Franco-Marocaine d'exceptionnelle.

moscovici-maroc
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Les anglais débarquent

la semaine suivante, dans un article decrivant l'ampleur de la coopération internationale mise en place afin d'assurer une surveillance globale des populations, le Guardian, sur la base de documents fournis par Edward Snowden, précisait de son coté que cet accord de coopération - appelé de ses vœux par François Hollande six jours plus tôt et accepté dans la journée par Barack Obama - avait, en réalité, été signé "fin 2011 ou début 2012" entre la France et les "Five Eyes", et que les services de renseignements Français échangeaient de façon prolifique des informations issues de la surveillance des populations depuis cette date.

Le Guardian révélait également que des relations de travail fructueuses étaient en place depuis au moins 2009. Le quotidien anglais explique ainsi que les services de renseignement Britanniques se sont montrés très impressionnés par les capacités en terme de surveillance et de déchiffrement des communications des services de renseignements Français.

Association de malfaiteurs

Le Guardian détaille ainsi que la supériorité des services de renseignements Française s'explique, entre autre, par le fait que la DGSE aient une relation privilégiée avec "un opérateur internet" (LULZ), relation que les services de renseignement Français pensent mettre à profit afin de rendre plus efficace encore leurs opérations de surveillance "de masse".

stéphane richard
stéphane richard

Hasard ou coincidence, le patron de d'Orange, Stéphane Richard, qui fut le directeur de cabinet de Christine Lagarde sous le gouvernement Fillon, devint le PDG d'Orange en septembre 2009 - précisément au moment où, toujours selon le Guardian, la collaboration entre la DGSE et le couple NSA/GCHQ prit son envol.

Hasard ou coincidence également, Stéphane Richard est un ami proche de Claude Bartolone, président Socialiste de l'Assemblée Nationale et chef de file des adversaires à la loi sur la transparence décidée à la hâte par François Hollande à la suite du scandale Cahuzac, vite réduite à peau de chagrin par l'Assemblée Nationale.

francois-hollande-et-claude-bartolone-le-20-mars-2012-au-pre-saint-gervais
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Hasard ou coincidence (ou continuité de l'Etat), l'amitié entre Claude Bartolone, Stéphane Richard et Jean-Louis Borloo, qui fut, lui, ministre de l'économie du gouvernement Fillon.

Vous avez dit République bananière ?

Charité bien ordonnée

Mais le Guardian ne s'arrête pas en si bon chemin, et dans la noble mission de nos amis anglais qui s'évertuent - à intervalles réguliers - à porter secours à la "démocratie" Française, le quotidien britannique révèle un passage issu de documents fournis par Edward Snowden qui explique que les services de renseignement anglais sont "entrés en contact avec les principaux partenaires industriels [de la DGSE], qui disposent d'approches innovantes à certains défis posés par internet".

Trouver ces "principaux partenaires industriels" n'est pas bien difficile, pour cela, il suffit de s'attarder sur l'économie numérique Française, et notamment le secteur qualifié de "stratégique", généreusement financé (ou en passe de l'être) par la Banque Publique d'Investissement, coprésidée par Ségolène Royal.

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segolene-vs-chucknorris

Au menu des investissements stratégiques de la BPI : Qosmos, Amesys, et - prenons les paris - Alcatel, dans les mois qui viennent, que la ministre de l'économie numérique Fleur Pellerin avouait être une pièce stratégique de la cybersurveillance. Une bourde qui lui vaudra de se faire taper sur les doigts par le ministère de la défense, et qui la mettra dans l'impossibilité de nier quoi que ce soit à l'avenir concernant le Big Brother Français.

nadjat-fleur-jeanmarc-sont-sur-un-batho
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Des sociétés épinglées par Reflets depuis déjà plus de deux ans, et qui commencent désormais à faire l'objet de timides articles dans des journaux tels que Le Monde - dont l'un des principaux actionnaires n'est autre que - hasard ou coincidence - l'un des principaux fournisseurs d'accès à internet en France (vous vous imaginiez que le problème était contingenté à Orange ? Bande de naïfs).

Diffamation

Revenons à ce jour fatidique où François Hollande, les yeux dans les yeux, assurait lors d'une conférence de presse qu'il "ne voulait pas que l'on pense que les pratiques telles que Prism étaient généralisées", et que la France, elle, respectait le droit.

Coincidence malheureuse (décidément), ce même jour, Fleur Pellerin ouvrait les premières rencontres parlementaires de la cybersécurité, au siège de la direction de la gendarmerie nationale.

pellerin-cybersecurite
pellerin-cybersecurite

Comme le faisait remarquer l'un des journalistes de Reflets - par ailleurs bloqué sur Twitter par Fleur Pellerin : "timing de merde".

Car le cabinet de Fleur Pellerin est un lieu... particulier. Une source bien informée (qui "s'autorise à penser", comme disait Coluche), nous confiait il y a peu de temps qu'en matière d'éthique, il n'avait rien à envier à celui de Nicolas Sarkozy. On trouve dans ce cabinet quelques... curiosités. <preview>

Aziz-Ridouan
Aziz-Ridouan
LULZbonus : Ce joli portable qu'arbore fièrement Aziz Ridouan est fourni déjà backdooré par la NSA.

A l'exemple d'Aziz Ridouan, conseiller de Fleur Pellerin, qui répondait naguère aux accusations de Reflets - désormais confirmées par le Guardian - que nos activités s'apparentaient à "du trolling".

Le trolling est caractéristique d'une "personne qui participe à une discussion ou un débat dans le but de susciter ou nourrir artificiellement une polémique"

Coincidence (ou pas), quand, il y a plus d'un an, Reflets dénonçait les intentions anti-démocratiques de Fleur Pellerin vis à vis de l'internet, c'est une revue - Nonfictionqui compte Aziz Ridouan parmi ses fondateurs  qui venait à la rescousse de la ministre - sous la plume de Jean Tillinac - spécialiste en "intelligence économique" (et donc assez au fait de ce qu'est la surveillance) et ancien conseiller ministériel du gouvernement Raffarin (entre autre).

Hasard ou coincidence (ça commence à faire beaucoup), Nonfiction compte également parmi ses fondateurs Jean-Baptiste Soufron (ex) conseiller de Fleur Pellerin, et désormais secrétaire général du Conseil National du Numérique (LULZ), qui tente, lui, de lancer la rumeur d'un ralliement de Reflets au Front National dans les salons Parisiens.

jean-baptiste-soufron
jean-baptiste-soufron

Une bien belle initiative qui s'apparente à de la diffamation, un temps épaulé par un certain "leftbloggeur" qui, de concert avec Nonfiction le ministère, avaient pris la défense de la ministre de la surveillance l'économie numérique - ce dernier a courageusement effacé son article (raté) et semble (ou pas) réaliser que ses positions pro-Hadopi et pro-Pellerin pourraient, à la lumière des révélations récentes d'Edward Snowden, lui poser quelques problèmes de crédibilité.

D'autres se hasardent encore à lancer des accusations de conspirationnisme, ce qui ne manque pas de sel, cette stratégie étant jusqu'ici l'apanage d'une fine équipe numérique sur laquelle nous reviendrons [update ici, dans l'encadré en fin d'article].

Conspirationnisme ?

Selon Wikipedia, le conspirationnisme "désigne une interprétation spéculative d'événements suivant un plan concerté et orchestré secrètement par un groupe, généralement considéré comme malveillant par les tenants de ces théories. La conspiration secrète civile, criminelle ou politique, visée par la théorie du complot, agirait généralement dans l'objectif de détenir ou conserver une forme absolue de pouvoir (politique, économique ou religieux)."

Que rajouter de plus ? Qui donc pourrait penser que le "plan concerté et orchestré secrètement [accords Lustre] par un groupe [DGSE, NSA et GCHQ, ou dit autrement Sarkozy, Bush, Hollande et Obama], généralement considéré comme malveillant [pour les libertés sur internet et les Droits de l'Homme en général] par les tenant de ces théories [Reflets]. La conspiration secrète civile, criminelle ou politique [rayez les mentions inutiles], visée par la théorie du complot, agirait généralement dans l'objectif de détenir ou conserver une forme absolue de pouvoir (politique, économique ou religieux) [rayez les mentions inutiles]."UPDATE: #LDJgate - on s'est peut être avancés un peu vite en rayant "religieux", à lire ici avec l'ami Soufron en vedette américaine chez notre confrère Al-Kanz.

Effectivement, Reflets dénonce bel et bien une conspiration, au plus haut niveau de l'Etat, mise en place sous la présidence de Nicolas Sarkozy et dont François Hollande a assuré la continuité.

1984 c'est maintenant
1984 c'est maintenant

Rien à ajouter.

Haute trahison

La Haute trahison est, en droit Français, une notion difficile à cerner  - pourtant, tout laisse croire que nous y sommes : "manquements en contravention grave avec les valeurs démocratiques et républicaines, la morale politique ou la dignité de la charge, ainsi que la forfaiture et la prévarication" ou bien encore  "l'espionnage et le complot". On pourrait ajouter "les atteintes à la sécurité des forces armées", mais c'est une autre histoire.

Hasard ou coincidence (ça commence à bien faire), c'est également sous le terme de trahison qu'un récent rapport commandé par le parlement Européen aborde l'attitude de la France vis à vis de ses partenaires Européens.

Dans la Constitution de la Ve République (art. 68) c'est la seule cause permettant de mettre en jeu la responsabilité du président de la République, et nous pourrions bien être à la veille d'un "impeachment" à la Française, visant à destituer le président de la République pour Haute Trahison. A ceci près que la quasi totalité du parlement, seul en mesure d'activer une telle procédure, appartient à l'un des deux partis politiques largement compromis dans la transformation de la démocratie Française en un Etat Orwellien.

Peu de chance, donc, de voir le pouvoir executif tomber de la sorte. Reste la rue... ou les urnes, car l'alternance ne se pose plus désormais dans le choix entre "droite" ou "gauche", mais entre "Orwell" ou les fachos.

Cruel dilemme.

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