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par Antoine Champagne - kitetoa

La République en marche est-elle devenue une secte ?

Signes, indices et conséquences...

Mais que se passe--t-il dans la majorité présidentielle ? Les déclarations se multiplient : "vous êtes avec nous ou contre nous", façon George Bush. Quelques signes annonciateurs inquiètent.

Emmanuel Macron en extase. - D.R.

Il n'est pas aisé de définir ce qu'est une secte et les multiples tentatives sont généralement incomplètes tant il en existe de formes. Si l'on en croit Wikipedia, les associations antisectes, les commissions parlementaires et les missions du gouvernement apprécient "divers critères tels que la manipulation mentale des adeptes, l'organisation pyramidale et la centralisation du pouvoir aux mains d'une personne avec autorité charismatique, comme un gourou, ou d'un collège restreint de dirigeants, l'extorsion de fonds ou encore le fait que la doctrine se présente comme exclusive". Oublions ici l'extorsion de fonds des adeptes par le gourou. Mais pour le reste...

La manipulation mentale des adeptes

Peut-on parler de résultat d'une manipulation mentale lorsque les soutiens politiques d'un président s'acharnent, tels des trolls que la fachosphère ne renierait pas, sur toute personne exprimant avec conviction une quelconque opposition politique au grand homme ? Les cas d'attaque en meute se multiplient tels les pains offerts par Jésus à la foule dans le désert...

« Ces gens sont malades » a fini par conclure Samuel Laurent, des Décodeurs du Monde après un déferlement de haine à son encontre sur Twitter. « Ce sont toujours des militants macronistes. Et ils sont d'une violence que je n'ai jamais vue en dehors de l'extrême droite [...] ces gens sont complètement radicalisés, violents, haineux, menaçants », constate-t-il. Et pourtant, Samuel Laurent est habitué à la critique. Reflets avait d'ailleurs critiqué la mise en place du Decodex qui visait à labéliser les sites Internet. S'il se décide à prendre du recul, c'est que l'attaque est particulièrement insoutenable.

La République en marche a plusieurs fois été accusée de maintenir des fermes de trolls anonymes pour manipuler les réseaux sociaux. « Les comptes anonymes sur Twitter c'est un peu la règle », avait d'ailleurs déclaré le 28 mars 2019 sur France 5 l'ancien conseiller à l'Elysée d'Emmanuel Macron, Ismaël Emelien. Il tentait ainsi de justifier la diffusion par ses soins via un compte anonyme, d'une vidéo tentant maladroitement de dédouaner les actions d'Alexandre Benalla.

Mediapart avait d'ailleurs rendu compte d'une étude sur l'utilisation de comptes anonymes par LREM pour manipuler l'opinion sur Twitter. Reflets a pour sa part évoqué avant l'ère Macron, les actions d'astroturfing, qui semblent devenues une composante active de l'action politique de LREM.

L'organisation pyramidale et la centralisation du pouvoir aux mains d'une personne avec autorité charismatique

Sans doute persuadé d'être l'homme providentiel, celui qui détient la vérité sur la manière dont la France doit être gérée, Emmanuel Macron a dès le début de son quinquennat marqué une volonté de gouverner seul. Les corps intermédiaires ont été exclus des projets de réforme. Pour pouvoir réformer (une sorte de mantra) il ne faut pas se perdre en discussions interminables, estimait alors le président. C'était avant la crise des gilets jaunes.

En février, après l'échec des négociations sur l'assurance chômage entre patronat et syndicats, Emmanuel Macron exposait le fond de sa pensée pas si complexe : « On est dans un drôle de système ! Chaque jour dans le pays, on dit : “corps intermédiaires, démocratie territoriale, démocratie sociale, laissez-nous faire.” Et quand on donne la main, on dit : “mon bon monsieur, c’est dur, reprenez-la.” Et le gouvernement va devoir la reprendre, car on ne peut pas avoir un déficit cumulé sur le chômage comme on a depuis tant d’années. »

En résumé : les corps intermédiaires nous font perdre du temps, ils sont incapables de prendre des décisions.

Cette volonté de tout maîtriser, d'être celui qui donne le la, en bref, d'être celui qui décide de tout, était particulièrement visible en début de quinquennat quand Emmanuel Macron a fait savoir qu'il se voulait « le maître des horloges ». Maîtriser le temps... Ce vieux rêve de l'homme, face à sa décrépitude annoncée, son insignifiance face au cosmos et à l'éternité. Vouloir être le maître du temps alors que l'univers ne bougerait pas d'un micron si la planète terre disparaissait, n'est-ce pas la marque de celui qui se veut incontournable et tout puissant ?

La doctrine se présente comme exclusive

Les idolâtres d'Emmanuel Macron, comme en leur temps, ceux de Nicolas Sarkozy, sont incapables du moindre doute. La doctrine, fusse-t-elle un gloubi-boulga jargoneux digne du pire pitch startupesque, ne peut être que vérité incarnée. Tout opposant à la doctrine doit plier, abandonner ses croyances et positions hérétiques.

Les gilets jaunes par exemple... Contre toute attente, après huit mois de manifestations, ils sont toujours là, comme une épine dans le pied d'Emmanuel Macron. On se demande bien pourquoi d'ailleurs. La preuve, l'inénarrable porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, invitée du Grand rendez-vous d'Europe 1 expliquait début juin : « beaucoup de choses ont été réalisées depuis le début du mouvement. Aujourd'hui, je considère que ces manifestations n'ont plus lieu d'être ». Point barre. Sibeth a décrété que les manifestation n'avaient plus lieu d'être et tout le monde est prié de rentrer chez soi.

Sibeth Ndiaye - D.R.
Sibeth Ndiaye - D.R.

Toute aussi inénarrable, Marlène Schiappa a publié une tribune après les élections européennes dans le Journal du Dimanche dans laquelle la ministre invite tous ceux qui veulent « faire passer leur pays avant leur parti » à rejoindre la majorité présidentielle.

On s'approche un peu de l'idée du parti unique qui a tout de même bien dû traverser l'esprit de quelques fantasques estampillés LREM. Le dégagisme et le storytelling macronien selon lequel il serait une sorte d'homme providentiel, hors des partis, hors du clivage droite-gauche, en même temps de gauche et de droite, a abouti à faire table rase du paysage politique. Le PS et les Républicains ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Que reste-t-il ? Emmanuel Macron et LREM bien sûr ! Car qui pourrait accepter que le Rassemblement National soit une force sur qui il faille compter ?

A ce compte-là, « tout est dans tout et réciproquement »... Sibeth l'explique fort bien : « Le clivage que nous avons installé, celui qui voit la différence entre des progressistes et des conservateurs et des nationalistes est le clivage pertinent pour la vie politique française et aussi européenne”, a-t-elle résumé, jugeant “l’ancien” clivage gauche-droite “dépassé” ». Comprenez, hors de nous, le néant.

Quant à ceux qui s'opposeraient à LREM, ils sont voués à être détruits et sont désormais officiellement considérés comme des ennemis. Autant pour la perspective de l'unification de la nation (sous la bannière du parti unique LREM) derrière le grand Conducător... Gilles Boyer, ancien directeur de cabinet d'Alain Juppé et proche de l'actuel Premier ministre ainsi qu'euro-député, l'a expliqué sur les ondes : « Un maire qui sera réélu avec l'apport de La République en marche ou MoDem, ce sera un allié du président pour 2022 et un maire qui sera réélu sans leur apport, ce sera un ennemi du Président ».

Nous voilà tous prévenus. Autant adhérer à la secte avant de s'en prendre une.

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