Journal d'investigation en ligne
par Antoine Champagne - kitetoa

La grosse crise, c'est à partir de combien de milliards ?

Près de 17.000 milliards de dollars en obligations à rendements négatifs

La baisse des taux par les banques centrales, pour soutenir artificiellement les marchés actions et le secteur financier, après les crises de 2008 et 2010, ont des effets de bord. Les zinzins payent désormais pour mettre leurs liquidités à l'abri d'une nouvelle crise qu'ils anticipent.

Market Value of Negative-Yielding Bonds in the Bloomberg Barclays Global-Aggregate Index - Bloomberg / Barclays
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Il y a des marqueurs... Par exemple, quand les investisseurs institutionnels (les zinzins dans le jargon) acceptent de payer pour que quelqu'un garde leurs liquidités, c'est qu'il y a un gros problème qui approche. Or, c'est ce qui se passe actuellement.

Le volume des obligations à rendement négatif atteint 17.000 milliards de dollars, selon l'indice Bloomberg Barclays Global-Aggregate. Le plus gros de cette dette est européenne.

Volume des obligations à rendement négatif au fil des ans  - Bloomberg
Volume des obligations à rendement négatif au fil des ans - Bloomberg

En clair, les investisseurs ont parqué 17.000 milliards de dollars en sachant qu'ils allaient perdre de l'argent. Les zinzins n'attendent même pas un petit rendement, ils ont acté l'idée d'en perdre. C'est dire la confiance qu'ils ont dans la stabilité de l'économie en général et des autres instruments financiers en particulier...

Cela traduit une très grande inquiétude. Un effondrement possible des marchés actions, une nouvelle crise de grande ampleur. Dans la même veine, l'or explose depuis quelques mois.

Cours de l'or - stockcharts.com
Cours de l'or - stockcharts.com

Même si une correction naturelle intervient depuis le début du mois, le cours de l'or montre que cette valeur reste un refuge en cas de crise (à venir).

La plupart des banques centrales ont confirmé qu'elles allaient baisser à nouveau les taux et poursuivre la politique de quantitative easing. Ces mêmes politiques qui ont abouti à la situation actuelle. Plus de baisse des taux et plus de QE devrait assez logiquement aboutir à encore plus de volume d'obligations à rendement négatif...

Reste que la BCE est un peu à court de munitions en termes de QE (mais pas que). D'une part, il lui faut trouver des obligations à acheter et d'autre part, elle va rapidement atteindre les limites qu'elle s'est fixées (33% des obligations d’un même émetteur), notamment en ce qui concerne la dette allemande. Selon les experts, au rythme actuel, il reste entre six et douze mois de QE à la BCE.

C'est à Christine Lagarde, future présidente de la BCE, qu'il reviendra de gérer la situation. « L’économie de la zone euro est confrontée à des défis à court terme et une politique monétaire très accommodante pour une période prolongée est donc nécessaire », a indiqué devant les députés européens la patronne actuelle du FMI, histoire de ne pas diverger par rapport aux annonces de Mario Draghi. Peut-être n'a-t-elle pas été mise au courant de la fronde qui croit au sein même de la BCE contre le concept Draghien de "QEternity" ?

Il lui faudra aussi faire face aux effets de la baisse des taux sur le secteur bancaire, à la faiblesse toujours d'actualité du secteur bancaire européen renforcée par les taux négatifs que critiquent les patrons des banques, le volume monstrueux de dette des Etats et des entreprises. Bon courage Christine...

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