Journal d'investigation en ligne
par Antoine Champagne - kitetoa

La Chine et la Russie sont les grands méchants loups de la cyber-guerre

Oui, mais...

La Chine est accusée d'avoir implanté des micro-puces dans des serveurs livrés à Apple et Amazon. Le GRU russe a quant à lui voulu pirater l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Quand le sage montre la lune...

Image issue de l'album "Le secret de l'Espadon" - Edgar P. Jacobs - D.R.
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Branle-bas de combat dans les chancelleries et dans les rédactions : les révélations se multiplient sur les velléités cyber-guerrières de la Chine et de la Russie. Comme si la supposée manipulation des élections américaines ou du Brexit n'avaient pas suffi à effrayer Mme Michu, on nous propose aujourd'hui des histoires abracadabrantes, "dignes de la guerre froide" ou d'un bon techno-thriller.

Ainsi, la Chine aurait installé des micro-puces sur des cartes mères de marque Supermicro, livrés à des sociétés comme Apple ou Amazon. Voilà le "péril jaune" au coeur de la cyber-économie cyber-marchande. Mme Michu et son mari se demandent immédiatement si sa liste d'achats sur Amazon s'est retrouvée entre les mains des agents du renseignement chinois. L'affaire a fait assez de bruit hier pour que l'action SuperMicro s'effondre de plus de 40% en bourse. Il y en a qui ont dû bien profiter de cette baisse... Apple et Amazon ont très vigoureusement démenti cette information dans la soirée d'hier.

Le GRU, service de renseignement militaire s'est quant à lui fait prendre la main dans le sac, ou plutôt le matériel informatique dans le coffre de la Citroën C3. Des agents du GRU avaient loué une voiture et truffé son coffre de matériel informatique visant à pirater le réseau de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques à La Haye, aux Pays-Bas.

Voilà deux annonces qui pointent clairement d'où vient le danger. De la Chine et de la Russie. Il ne manque que l'Iran. Qui de son côté reste dans des affaires plus "classiques" et moins cyber.

J'ai la mémoire qui flanche, j'me souviens plus très bien, c'était quoi déjà l'affaire avec la NSA ?

Mais penser que le danger ne vient que de la Chine ou de la Russie, c'est oublier un peu vite, comme Jeanne Moreau, que les Etats-Unis, sont à ce jour le pays ayant développé les plus graves opérations de cyber-guerre.

Stuxnet, par exemple, une arme numérique visant à ralentir les centrifugeuses iraniennes d’enrichissement d'uranium iraniennes de Natanz. On notera d'ailleurs que comme toute cyber-arme, cette dernière ne se contente pas d'exploser à l'arrivée, comme un missile classique, elle revient dans la tronche de son expéditeur à un moment ou un autre, comme un boomerang.

Mais ce sont surtout les révélations issues des documents fournis par Edward Snowden qui sont tout à coup passées sous silence ou oubliées.

Les Etats-Unis ont espionné les chefs d'Etats étrangers (y compris le portable d'Angela Merkel). Ses meilleurs alliés comme l'Allemagne ont été écoutés.

Réseau informatique militaire américain en Europe - © Reflets - Citation Reflets.info requise
Réseau informatique militaire américain en Europe - © Reflets - Citation Reflets.info requise

Mais aussi les fameux méchants Chinois... Selon Snowden, "les agences américaines de renseignement s’introduisaient dans les grands axes chinois de communication « tels que les routeurs Internet, qui donnent accès aux communications de centaines de milliers d’ordinateurs sans avoir besoin d’en pirater un seul »." Caramba !

Dans le même genre que la récente opération du GRU, le GCHQ britannique, bras armé de la NSA en Europe, avait mené une opération d'espionnage des communications des participants au G20 de Londres en avril et septembre 2009. Le service britannique aurait ainsi eu accès aux communications Internet et téléphoniques des participants, incluant le président russe Dimitri Medvedev. Aй-ай-ай...

La liste des opérations clandestines de la NSA est quasiment sans fin. Le programme Tempora par exemple permettait à la NSA de puiser dans les données transitant par 200 câbles les mails, les appels téléphoniques, les historiques Web des utilisateurs. Damn... Ou cette opération de modification de routeurs Cisco par la NSA avant qu'ils soient livrés à leurs destinataires. Un peu comme la supposée affaire chinoise ?

La liste est longue, comme probablement celle de tous les services de renseignement. Dans ce domaine, chacun fait ce qui lui plaît, étant entendu que l'essentiel est de ne pas se faire prendre. Tenter de tourner les projecteurs vers l'un ou l'autre de ces services n'a aucun intérêt. Tous ont quelque chose à se reprocher en matière de respect de la vie privée. Américains, français, chinois, russes, allemands, britanniques, on en passe, surprise..., ils ont tous, à un moment ou à un autre fait ce pour quoi ils ont été créés : espionner.

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