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Reflets poursuivi par Altice : la liberté d'informer menacée

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par Antoine Champagne - kitetoa

L'Insoutenable apathie de l'être

Indignez-vous avant qu'il ne soit trop tard

A force de laisser se construire un monde dystopique, nous finirons tous par être broyés.

Steve, disparu lors d'une charge de la police - Copie d'écran

Steve Maia Caniço, 24 ans n'a pas donné de nouvelles depuis le 21 juin. Il a disparu alors que la police a violemment dispersé une soirée festive sur un terrain vague en bordure de la Loire. Les forces de l'ordre ont fait usage des désormais habituelles grenades lacrymogène et de désencerclement ainsi que des lanceurs de balle de défense (LBD). Depuis cet dispersion violente par la police, Steve reste introuvable. Quelque 14 personnes étaient tombées à l'eau. Pour le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, "il y a une situation qui appelle à des questionnements". Autant de perspicacité laisse pantois. Bravo, inspecteur Clouseau.

A moins d'un miracle, Steve Maia Caniço va rejoindre la liste noire. Celle sur laquelle sont inscrits des noms de jeunes, morts sous les assauts ou les coups de la police. Malik Oussekine, Rémi Fraisse, Zyed et Bouna...

(Images tournées lors de la dispersion à Nantes le 22 juin au petit matin)

Que restera-t-il d'Emmanuel Macron dans l'inconscient collectif d'ici quelques années ? Monsieur Tapedur, Monsieur LBD ? L'homme qui, comme son ministre de l'Intérieur ne voit aucune violence policière depuis le début de son quinquennat, refuse même que l'on utilise ce terme.

Manifestation des gilets jaunes le 26 janvier 2019 - © Reflets
Manifestation des gilets jaunes le 26 janvier 2019 - © Reflets

Et pourtant... Et pourtant, l'inlassable et déprimant recensement opéré par Davduf montre la violence. Souvent gratuite. Il suffit d'avoir mis les pieds sur une manifestation des gilets jaunes pour savoir combien la violence, dite "légitime", était disproportionnée.

Dernières images en date, cette dispersion de militants écolos assis par terre, totalement pacifiques, mais aspergés à bout portant de gaz lacrymogènes par une police totalement décomplexée.

(images Clément Lanot)

La répression, qui a si bien fonctionné, la presse mainstream n'évoquant plus aucune des actions des gilets jaunes, avait pourtant commencé fort. Zineb Redouane, 80 ans, est morte après avoir reçu en plein visage une grenade lacrymogène MP7 le 1er décembre 2018. Sept mois plus tard, l'enquête est au point mort. Les fins limiers de l'inspecteur Clouseau ont fait choux blanc. Trop compliqué sans doute.

Ceci est "normal"

Pour que l'anormal devienne normal, il faut que la Justice ne sanctionne pas les comportements anormaux et/ou que la population les accepte. Qu'elle soit apathique.

Comment passe-t-on de près d'un million de manifestants pour dénoncer la mort de Malik Oussekine à... Presque rien ? Comment entre-t-on dans un monde où un ministre responsable de l'ordre public ne démissionne pas lorsque les forces de l'ordre ont manifestement dérapé, au point qu'il y ait des morts ? Pourquoi la presse mainstream ne harcèle-t-elle pas les responsables politiques jusqu'à ce qu'ils rendent des comptes ? Pourquoi la presse italienne a-t-elle su le faire en son temps, tandis que la presse française reste pour une grande part apathique ?

Ne sent-elle pas le vent du boulet lorsque le gouvernement remet sur le tapis le vieux projet de conseil de déontologie ? Après la répression aveugle de la population en colère, voilà la loi anti fake news, puis la proposition de Nicolle Belloubet de sortir l’injure et la diffamation de la loi de 1881, ou les convocations à la DGSI de plusieurs journalistes trop curieux... Les messages sont clairs. Il faut une presse aux ordres, qui ne conteste pas la parole du parti et de son chef. Quitte à faire en sorte d'interdire aux journalistes de faire leur métier, comme lors du blocage du siège d'Amazon le 2 juillet, ou dans une autre mesure, lors des interpellations de plusieurs journalistes indépendants, dont Gaspard Glanz et Alexis Kraland.

"Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité", expliquait Emmanuel Macron après l'explosion en vol de son conseiller très particulier, Alexandre Benalla. "Je vois un pouvoir médiatique qui veut devenir un pouvoir judiciaire. Un pouvoir qui a décidé qu’il n’y avait plus de présomption d’innocence dans la République et qu’il fallait fouler au pied un homme et avec lui la République." Un "pouvoir" qu'il voulait par ailleurs expulser de l'Elysée. Le même qui disait à propos de François Fillon, avant la présidentielle, "On ne peut pas prétendre présider le pays, être garant des institutions, et vouer aux gémonies tous les contre-pouvoirs"...

Avec cette transformation lente mais sûre de l'anormal en normal, il faudra bien se résoudre à appeler ce modèle de société par son nom.

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