Journal d'investigation en ligne
Aucune
par Antoine Champagne - kitetoa

L'Atelier de Jean-Michel Billaut

Ma porte d'entrée sur Internet

Le BBS de l'Atelier ou les prémices d'un Internet qui pointe le bout de son nez. Avec Internet, la question de la sécurité est consubstantielle...

Jean-Michel Billaut - D.R.
Vous lisez un article réservé aux abonnés.

1993… Je suis journaliste financier et je m’occupe des banques. Plus particulièrement des nouveaux canaux de distribution. Les nouvelles technologies, à l’époque, c’est principalement la carte à puce qui va se généraliser et qui permet d’envisager de nouveaux services. Ma chef de service me parle d’un professeur Nimbus, travaillant dans les sous-sols d’une banque. « Il faut que tu ailles le voir. Il paraît qu’il fait des trucs incroyables ». Soit…

En décrochant mon téléphone quelques jours plus tard, ma vie va changer. Je vais m’arrimer, sans le savoir, à Internet. Le Web n’existe pas encore. Google n’est même pas une idée.

J’obtiens un rendez-vous. Avenue Kléber, la Compagnie Bancaire est une institution. On me fait descendre dans les sous-sols. Au bout d’un long couloir, je pénètre dans « l’Atelier ». Effectivement, je trouve là une sorte de professeur Nimbus qui me parle d’avenir avec un sourire perpétuel. Jean-Michel Billaut a créé au sein de la Compagnie Bancaire un service de recherche et développement : « L’Atelier de la Compagnie Bancaire ». Lui et son équipe sont chargés de prévoir l’évolution du secteur financier. Quels services, que sera la banque de demain, comment mieux tirer partie du Minitel ?

Mais au lieu de confiner son service de recherche et développement au groupe, Jean-Michel Billaut l’ouvre sur l’extérieur. Il le transforme en très puissante boite à idées, à expérimentations. Il organise des Ateliers de l’Atelier où chacun vient présenter son analyse, son projet. Il organise des voyages d’étude aux Etats-Unis ou ailleurs. Il publie un journal, le Journal de l’Atelier qui rend compte de tout cela. Mieux, il ouvre un BBS.

Client First Class vers 1993 - Wikipedia
Client First Class vers 1993 - Wikipedia
Le Babillard de l’Atelier est un Bulletin Board System, reposant sur un logiciel créé par First Class. On peut s’y connecter de l’extérieur, discuter dans des forums de discussion, échanger des mails avec les autres membres, discuter en chat, consulter des documents. Bref, c’est un peu Facebook ou Internet avant l’heure. Certains babillards s’entre-connectent et partagent des forums de discussion.

Le Babillard devient vite le creuset de toutes les expérimentations, un bouillonnement d’idées permanent agite le serveur. Internet pointe le bout de son nez en France et très vite, le Babillard permet d’échanger des mails avec l’extérieur.

Horizontalité

De très nombreux responsables de la recherche et du développement français et des chercheurs, sont présents sur le serveur qui préfigure la révolution Internet : la discussion est horizontale. Pas un peu horizontale… Complètement horizontale. Tout le monde échange, s’entraide, co-réfléchit. S'engueule parfois.

1994, le Web déboule. Révolution… Le mot est faible. On peut désormais consulter le site de Playboy sur un ordinateur… On peut surtout naviguer de pages en pages en cliquant sur des liens. Fini les serveurs Gopher.

C’est au sein de l’Atelier et plus particulièrement du Babillard que tous les projets qui ont marqué les débuts du Net en France vont émerger. Avec comme chef d’orchestre de l’ombre, Jean-Michel Billaut. C’est aussi lui qui va œuvrer pour que le coût de la connexion au réseau baisse drastiquement. A cette époque, on se connecte avec un modem à 14.400 bauds quand on a de la chance. On appelle un numéro local et la communication est facturée à la durée. Internet coûte cher.

Les premières années, Internet patine. En tout cas dans le domaine bancaire et en France. Je vois bien des banques américaines proposer des services sur quelques sites mais elles sont rares. En France, le leitmotiv est toujours le même : « Internet ? C’est un réseau de pédophiles et de pirates, nous n’avons rien à y faire ». France Telecom fait de son côté de la résistance pour ne pas voir mourir le Minitel.

En marge d’une conférence de presse, Jean-Jacques Damlamian explique en off que l’opérateur historique fera tout pour empêcher son développement en France. Vive le Minitel 2.0 !

1995… Je commence à me poser des questions. Logiques, mais sans réponses. Je sais que les réseaux informatiques des banques, c’est du moins ce que l’on me dit, sont très sécurisés. Des forteresses. Et si les banques ouvraient des portes sur l’extérieur avec des sites Internet… N’y aurait-il pas des risques ? Des pirates informatiques pourraient-ils mettre en danger ces réseaux ?

Je me mets en tête d’aller poser ces questions à des hackers. Mais à qui ? Où ? En décidant de prendre contact avec des hackers, je vais changer radicalement ma vision des réseaux informatiques…

Chapeau : Une histoire de hackers - Sans Anonymous, sans pirates chinois, nord-coréens ou russes

Episode 1 : L'Atelier de Jean-Michel Billaut : ma porte d'entrée sur Internet

Episode 2 : L'IRC : zone de rencontre avec les hackers

Episode 3 : Des années 90 à la fin des années 10, que de chemin parcouru

Episode 4 : Quand Defcon est devenue ADMCon, The untold story…

Episode 5 : De la naissance de Kitetoa.com à Tati, en passant par l'IoT de l'espace

2 Commentaires
Une info, un document ? Contactez-nous de façon sécurisée