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par Stanislas Jourdan

Joyeux Noël et bons baisers de la BCE

Malgré l'annulation des fêtes de Noël dans certains établissements, les banquiers ont bien fait de laisser leur chaussons au pied du sapin de Francfort. Car hier matin, ils y ont trouvé un beau cadeau : 489 milliards d’euros ! Il s'agit du montant des prêts à trois ans accordés par la BCE dans le cadre d’une opération dite d’open market. Ces opérations sont courantes depuis le début de la crise, mais celle-là en particulier est à plusieurs titres remarquablement exceptionnelle.

Malgré l'annulation des fêtes de Noël dans certains établissements, les banquiers ont bien fait de laisser leur chaussons au pied du sapin de Francfort. Car hier matin, ils y ont trouvé un beau cadeau : 489 milliards d’euros !

Il s'agit du montant des prêts à trois ans accordés par la BCE dans le cadre d’une opération dite d’open market. Ces opérations sont courantes depuis le début de la crise, mais celle-là en particulier est à plusieurs titres remarquablement exceptionnelle. En effet, c’est non seulement la première fois que la BCE propose aux banques des refinancements à aussi long terme et à un taux aussi bas (1%), mais il s’agit aussi d’un record en terme de montant. Le dernier record dans la discipline remontait à juin 2009, avec 442 milliards de liquidités injectées dans le système bancaire pour une durée de un an. Avec 489 milliards octroyés à pas moins de 523 banques, on atteint des sommets.

La pratique n’est donc pas nouvelle : depuis le début de la crise des subprimes, les banques centrales se sont attachées à renflouer les banques par des refinancements toujours plus faciles pour les banques privées en manque de liquidités.

Par exemple, la BCE a moult fois revu à la baisse ses exigences de collatéral, acceptant par exemple les obligations souveraines grecques, irlandaises ou portugaises en échange de liquidités, alors même que ces titres sont très mal notés par les agences de notation. Une exception à ses règles prudentielles justifiée selon Francfort par les plans de sauvetage de ces pays, ces soupes à l’austérité concoctées par la Troïka.

Avec l’arrivée de Mario Draghi, la BCE a de nouveau facilité les refinancements des banques non seulement en abaissant ses taux directeurs, mais aussi en élargissant de nouveau l’éventail des garanties collatérales éligibles, y compris des actifs illiquides sur le marché secondaire (c'est à dire des actifs dont il est difficile de se débarrasser).

Depuis longtemps donc, la BCE, en plus de sa mission de maintien de l’inflation, a pris sur elle de tout faire pour assurer la “stabilité financière”. Mais à quel prix payons nous aujourd’hui cette “stabilité” ?

Théoriquement, cette intervention de la banque centrale est censée éviter de faire sombrer l’économie dans un "credit crunch" (un manque de liquidité des banques qui ne prêtent plus, ni à l'économie réelle, ni entre elles) dévastateur dans une économie déjà entrée en récession. La relance du crédit par une politique monétaire accommodante est en effet la méthode classique des banques centrales pour relancer une économie.

Mais cette fois-ci, le fétichisme pour les banques va encore plus loin, car il pousse a l’extrême le dogme monétaire. S’exprimant après le sommet européen du 8 et 9 décembre, les propos de Nicolas Sarkozy sont à ce titre plus qu’éloquents :

[l’intervention de la BCE] signifie que chaque Etat va pouvoir se tourner vers ses banques, qui auront plus de liquidités à leur disposition.

“Malheureusement” pour Sarkozy, il n’est même pas certain que les banques agissent de la sorte. Car s’il est vrai que les banques ont tout intérêt à ne pas laisser les pays méditerranéens faire faillite, n’ont elles pas intérêt à préférer acheter de la dette allemande ou néerlandaise dont le risque est faible ? Sans compter que certaines banques ne se tournent pas vers le robinet à liquidité de la BCE que par effet d’aubaine, mais simplement par manque de liquidités à court terme, ce qui est très loin d'être une nouvelle réjouissante.

Dans l’ensemble, ce sont pas moins de 230 milliards d’euros de dettes que les banques doivent faire rouler au premier trimestre 2012. Et comme les conditions de refinancement sur le marchés interbancaires se resserrent, il y a bien peu de chance que toutes les banques aient l’intention de se risquer à réinvestir dans de la dette souveraine.

Un cadeau empoisonné

Mais quand bien même Sarkozy aurait raison, ses propos sont révélateurs d'un aveuglement coupable de la classe politique.  Il est en effet admirable de voir que le président français, qui réclamait il y a encore quelques temps une intervention directe de la BCE pour soulager les États, s’est définitivement rangée derrière le dogmatisme monétaire d'outre-rhin. Le dogme est ainsi posé dans sa plus explicite absurdité :  financer les Etats directement par la banque centrale, c'est mal, par contre faire des cadeaux aux banques pour qu’elles continuent de financer les États ça c'est bien ! Cherchez l'erreur.

Nous assistons ni plus ni moins à la concrétisation du rêve ultime de la ploutocratie : les prêts quasi-gratuits de la BCE aux banques, qui vont permettre à ces dernières d’aller acheter de la dette à 3%, 5% voire 7% d’intérêt, empochant ainsi un bénéfice non désagréable sur l’écart de taux. Un bon vieux carry trade des familles, tout ça pour éviter de fâcher les allemands sur la question des statuts de la BCE. Que ne ferait-on pas pour ne pas risquer le divorce du couple Merkozy, alors qu'honnêtement, un bon vieux coup de gueule ne ferait de mal à personne ; L'économie allemande reposant de toute façon sur la solvabilité de la demande des autres pays de l'UE, l'Allemagne n'aurait d'autre choix que de faire des concessions si seulement on avait le courage de remettre les pendules à l'heure.

Cet énième cadeaux aux banques n’est ni le premier ni le dernier. Car de toute façon, la messe est déjà dite depuis longtemps : tout cela va finir dans un océan de liquidités.

Il va en falloir des canots de sauvetage pour ne pas se noyer.

Ne tirant aucune leçon du passé, la BCE, guidée par sa bonne étoile, renouvellera son opération de prêts à trois ans en février 2012. En espérant l’arrivée des roi mages d'ici là ?

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