Journal d'investigation en ligne
par Eric Bouliere

Hopium au bord du gouffre

Berline haut de gamme à hydrogène : pile à combustible ou pompe à fric ?

Un chiffre d’affaires égal à zéro, un résultat net qui accuse un déficit de 23,8 millions d’euros, et des charges d’exploitation avoisinant les 25 millions : à l’heure du bilan, la magie n’opère plus du tout autour de la belle Māchina d’Hopium.

Le magicien d'Oz, un bien joli conte - Capture d'écran
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Hopium plonge inexorablement dans le rouge depuis plusieurs mois. En dépit d’un risque majeur de dépôt du bilan, le conseil régional de la Région Normandie vient pourtant de lui porter secours via une bouffée d’argent frais de 2 millions €. Ce prêt providentiel, consenti à taux zéro, remboursable sous les 18 prochains mois, est intervenu après l’annonce faite par la société d’implanter une usine d’assemblage à Douains, près de Vernon (27). Hervé Morin, président de la Région Normandie, assure de son côté qu’à travers « de cette aide exceptionnelle qui doit permettre à l’entreprise de poursuivre sa croissance dans un marché mondial très concurrentiel, la Région réaffirme sa volonté de soutenir le développement industriel de son territoire et de porter une véritable ambition pour le rayonnement de la filière hydrogène normande  ».

Une aide exceptionnelle, vraiment, de 2 millions €. - @ Reflets
Une aide exceptionnelle, vraiment, de 2 millions €. - @ Reflets

Des observateurs locaux s’inquiètent toutefois de cette échéance, voire s’étonnent de la générosité Normande. Certes, cette décision resterait parfaitement louable vis-à-vis d’une entreprise locale en difficulté, mais ne s’agirait-il pas ici d'un étrange jeu de dupe… Qui aurait intérêt à quoi dans cette affaire ? La question peut se poser au regard de certaines réserves émises par le commissaire aux comptes, chargé de superviser le dernier bilan d’activité d’Hopium : « Compte tenu de l’incertitude significative relative à la continuité d’exploitation, nous ne sommes pas en mesure de nous prononcer sur le caractère approprié de cette comptabilisation. Si l’ensemble des frais de développement comptabilisés en immobilisations incorporelles au 31 décembre 2022 avaient été comptabilisés en charges, le résultat net et les capitaux propres s’élèveraient respectivement à - 41.650 milliers d’euros et - 28.190 milliers d’euros ».

Quant aux « potentiels » risques financiers le rapport stipule que « La Société estime être exposée au risque de liquidité compte tenu de sa structure financière générale et du niveau très significatif d’investissements que la Société va devoir réaliser sur plusieurs années, sans revenu en contrepartie, des investissements qui seront financés par des levées de fonds auprès d’investisseurs ». Si le poète salue l’élégance des termes choisis, le prêteur sur gages y relèvera plus sûrement les signes d’une fébrilité financière patente.

D’autant qu’en matière de délai de remboursement rien ne parait être acquis pour les mois à venir : « À titre d’information, Hopium a l’intention de procéder très prochainement à un quatrième puis un cinquième tirage (NDLR : déblocage de fonds déjà crédités) qui permettraient à la société de disposer de financements jusqu’à fin août 2023 ». Soit un horizon clair à 3 mois seulement. Mais qu’importent ces mauvais soucis comptables, il semblerait bien que les bons amis fassent encore les bons comptes chez Hopium…

Que les 5 premiers lèvent le doigt

Aux dires d’un analyste financier interrogé par le journal pro -Auto infos distribution- « la situation serait grave et pas loin d’être désespérée », et d’autant plus que le titre a perdu 70 % de sa valeur en un an. Que les inquiets se rassurent, tout ne va pas si mal chez Hopium, pour certains du moins… Et notamment pour les cinq personnes les mieux rémunérées qui auront empoché plus d’un million d’euros durant l’exercice 2022 : soit un chèque de 208.425 € pour chacune ou l’équivalent d’un salaire mensuel de 17.369 €. Ce qui, somme toute, s’avère très honorable pour une petite boîte en grande difficulté.

Pour certains, la vie est belle chez Hopium. - @ Reflets
Pour certains, la vie est belle chez Hopium. - @ Reflets

Surprise, on pourrait même y voir ici le signe d’une belle vitalité financière sur le long terme puisque cette somme versée aux cinq plus gros salaires est supérieure à celle qui « avoisinait seulement » les 776.300 € l’année précédente. Mais comment fonctionne alors Hopium et qui sont ces « big-boss » de l’automobile qui parviennent à afficher d’aussi beaux salaires avant même d’avoir vendu un seul essuie-glace de Māchina ?

Hopium, ouvre-toi…

Oct 2022 au Mondial de Paris : un ex-ministre vendeur d’Hopium. - @ Reflets
Oct 2022 au Mondial de Paris : un ex-ministre vendeur d’Hopium. - @ Reflets

Cette folle histoire d’Hopium aura débuté lors du Mondial de l’automobile de Paris. La start-up dont tout le monde parlait en 2022 sera dans le rouge quelques mois à peine plus tard. Ce départ en fanfare et en bourse fut pourtant salué comme l’événement de l’année par tous les adeptes de la French-Tech.

Investisseurs, traders du CAC 40, boursicoteurs et banquiers se sont employés à faire couler l’argent à flot dans les caisses de ce fantomatique constructeur automobile. Fantôme, car pas un seul véhicule n’était encore construit, hormis un show-car de salon destiné à nourrir les envies. Pourtant les dirigeants enregistraient déjà un gain bien réel de 410.000 € pour une précommande en ligne de 1.000 voitures virtuelles. Véhicules devant être livrés à l’horizon 2025…

Comme il est de mise dans cet univers de magiciens de la Tech, Hopium s’est gorgé de levées des fonds pour augmenter son capital. Tout se déroulait au mieux puisque des dizaines et des dizaines de millions ont convergé vers cette entreprise prénaissante. L’intérêt pour la cause d’Hopium fut tel que Jean-Baptiste Djebbari, l’ex-ministre délégué aux transports, viendra s’installer à la présidence du conseil d’administration. Ministre en son temps, pilote civil en aviation d’affaires et Tik-Tokeur certifié à ses heures, JBDjebb’ vantera les hautes qualités de l’hydrogène dans le domaine du transport aéronautique, ferroviaire et maritime lors d’une interview réalisée pour le magazine complément d’enquête en février dernier. Des avions, des trains, des bateaux, à croire que la bagnole à hydrogène ce n’était vraiment pas son truc à JBDjebb’ ! Vous pouvez retrouver ci-dessous le meilleur de son étonnante vision de la transition énergétique. Une conversation, comment dire… hors-sol peut-être ?

Sitôt arrivé (20/06/2022), sitôt parti (15/03/23), l’hyperactif Djebbari quitte Hopium dans la foulée pour s’envoler vers d’autres cieux. Aux dernières nouvelles, il vient d’atterrir sur la piste du fonds d’investissement immobilier Magellim : un chiffre d’affaire de 47 M€ et un portefeuille de 3,5 Mds de gestions d’actifs. Là, ça ne rigole plus avec les bénéfices. C’est donc « stimulé par la volonté d’être utile, j’aime la liberté de naviguer d’un champ d’action à l’autre » qu’il part s’occuper de « ses nouveaux projets », en laissant son successeur s’occuper des suites chez Hopium. En l’occurrence, il s’agirait d’un certain Alain Guillou.

Le 15 mars 2023, Djebbari présente déjà son successeur - @ Reflets
Le 15 mars 2023, Djebbari présente déjà son successeur - @ Reflets

La parole est à la Défense !

Alain Guillou n’arrive pas les mains vides. Il possède une carte de visite chargée comme un porte-avions. Selon le communiqué officiel « Monsieur Alain Guillou dispose de près de 40 années d’expérience dans le secteur étatique et industriel de la Défense, notamment au sein de Naval Group où il a occupé les fonctions de Directeur général adjoint en charge du développement international ainsi que des activités de R&D, particulièrement le projet de développement d’un système de propulsion anaérobie pour sous-marins, basé sur une pile à hydrogène ». Pour info, Naval Group est une société anonyme de droit français dont le capital est détenu à hauteur de 62,25 % par l’État et à 35 % par la société Thales.

Naval Group : là, ça ne rigole plus avec l’hydrogène… - @ capture d'écran
Naval Group : là, ça ne rigole plus avec l’hydrogène… - @ capture d'écran

D’après la biographie rédigée par Naval-Group : « Il a été un des acteurs essentiels du renforcement de la compétitivité du groupe en négociant avec les partenaires sociaux un accord global de performance visant à réduire les coûts de structure ainsi qu’en renégociant l’accord d’entreprise afin d’augmenter le temps de travail efficace. Parallèlement, Alain Guillou a engagé une refonte complète des systèmes d’information des grands programmes navals et recentré la démarche qualité du groupe pour lui permettre de rejoindre les meilleurs standards de l’industrie. Enfin, il a donné à la business unit Armes sous-marines de Saint-Tropez une dynamique opérationnelle nouvelle, notamment à l’exportation ». Après avoir passé 10 années à la DGA (Direction générale de l’armement) Alain Guillou devient conseiller auprès du ministère de la Défense de 2004 à 2007. Pile-poil l’époque où Michèle Alliot-Marie quittait son fauteuil de ministre pour laisser place à Hervé Morin.

J’irai revoir ma Normandie…

Retour en Normandie, donc, le 24 février 2023, où la commission permanente présidée par Hervé Morin vote à la majorité des voix ce fameux prêt de 2 millions. Majorité moins 3 abstentions, dont celle de Véronique Bérégovoy, de Rudy l’Orphelin et de Bastien Recher qui justement nous éclaire à ce propos.

L’interview « derrière le nuage de gaz... »

Bastien Recher Conseiller régional Membre de la commission permanente Commission des finances Administrateur de Ports de Normandie

Reflets: Quelle est la raison de l’abstention du groupe EELV lors de la votation du prêt en faveur d’Hopium ?

Bastien Recher : « Nous avons même pensé voter contre. Au bénéfice du doute, nous nous sommes simplement abstenus, mais nous étions vraiment opposés à ce que la région fasse ce prêt car nous restons très sceptiques sur la stratégie proposée par l’exécutif régional autour de l’hydrogène. Principalement parce qu’aujourd’hui l’hydrogène propre ça n’existe pas, que cela sert surtout à des entreprises comme Air Liquide pour continuer d'utiliser des énergies fossiles, notamment du gaz, et que les projets de développement de l’hydrogène sont une sorte de martingale locale pour expliquer qu’il s’agirait là d’une solution miracle. On mélange production d’énergie et vecteur d’énergie, cela participe à entretenir une réelle confusion car l’hydrogène n’est pas une énergie en soi ! »

Cette nuance est-elle prise en compte par le président de la région Normandie ?

B.R : « Hervé Morin nous explique que l’hydrogène -vert- ne serait pas produit grâce au développement des ENR (énergie renouvelable), mais grâce au nucléaire. Il justifie le développement de la filière hydrogène comme une espèce de complémentarité au nucléaire en Normandie, ce qui avaliserait la construction de l’EPR 2 à Penly. La question de la transition énergique est un choix financier et pendant qu’Hervé Morin s’attarde à soutenir le nucléaire, ou ce genre d’hypothétique initiative privée, on ne réfléchit plus à des projets d’énergie renouvelable d’envergures comme l’éolien ou les énergies marines ».

Sous quelle forme ce projet vous a-t-il été présenté ?

B.R : « C’est la première fois, depuis la tenue de dizaines et de dizaines de commissions permanentes, que nous avons dû siéger dans des délais aussi réduits, et pour une commission exceptionnelle composée d’un seul et unique dossier ! Je n’avais jamais vu un tel empressement pour un seul sujet, en l’occurrence le prêt de 2 millions d'euros pour Hopium. Le fond aura bien sûr été légalement respecté, mais on y a mis un minimum de forme. C’est le nouveau directeur de la Société Hopium qui est venu répondre à nos questions. En fait ils avaient besoin d’argent pour payer les salaires et éviter de brader l’entreprise. Du côté d’Hervé Morin on reste convaincu que la voiture c’est formidable, et qu’une Supercar à 120.000 € constitue l’avenir automobile en Normandie ».

Ces 2 M € pèsent-ils lourd sur le budget régional Normand ?

B.R : « Le budget de la Normandie est d’environ 2 milliards. Ces 2 millions ne pèsent pas grand-chose si l’on considère qu’Hervé Morin s’attache par ce moyen à attirer des entreprises sur le territoire à l’horizon 2030/40/50, mais ils comptent au regard de l’enveloppe du développement économique de la Normandie qui, lui, est de 200 millions. Cette somme présente donc 1 % du budget pour une seule entreprise ; mais présentée sous la forme d’un prêt, il semblerait qu’il ne s’agisse plus de « vrai » argent… ».

Le risque d’une possible insolvabilité de l’entreprise a-t-il été évoqué durant vos discussions de séance ?

B.R : « Oui, mais cela a été balayé d’un revers par Hervé Morin qui nous a assuré que la région serait remboursée quoi qu’il arrive et quelles que soient les potentielles difficultés de l’entreprise  ».

Le président Morin aurait donc des informations très précises à ce sujet. Malgré ce désaccord du groupe écologiste, la commission fait part dans ses délibérations de « la volonté affirmée de la Région Normandie de porter une véritable ambition de développement industriel pour son territoire dans le cadre d’une démarche faisant de la décarbonation l’un des piliers de son développement ».

On y souligne aussi que « le potentiel technologique et industriel des piles à hydrogène développées par la SA HOPIUM, matérialisé notamment par un savoir-faire et les 27 brevets déposés, ou en cours de dépôt, dont la valorisation au titre du patrimoine immatériel de la société est de nature à limiter le risque constaté, inhérent à un tel projet ».

Quoi de plus rassurant que 27 brevets déposés (ou en cours...) et du savoir-faire ? D’autant que Naval Group, l’ex-fief professionnel d’Alain Guillou, n’est pas inconnu des élus du conseil régional de Normandie. Des subventions lui sont en effet régulièrement attribuées à divers titres.

Naval group, un nom connu de la région - @ Reflets
Naval group, un nom connu de la région - @ Reflets

Il n’y aurait donc aucune inquiétude à avoir compte tenu de « l’importance pour la société HOPIUM de mettre en place très rapidement le prototype de la pile hydrogène, ce qui la conduit à devoir procéder à de nombreux investissements, expliquant à ce stade de maturité du projet, la situation de trésorerie de la société actuellement dégradée ».

Dégradée peut-être, mais dans le milieu de la haute finance il en faut davantage pour effrayer les investisseurs.

Preuve en est puisque cette « aide permettra à l’entreprise de poursuivre ses travaux de R&D et d’assumer la réorientation stratégique de son modèle commercial et économique dans l’attente de la validation de la concrétisation de ses nouvelles relations partenariales et des levées de fonds associée à ses nouveaux besoins ».

La cause est entendue : il suffira donc de procéder à de nouvelles levées de fonds pour répondre aux besoins nouveaux crédités par d’anciennes levées de fonds.

La Normandie appelle également de ses vœux « la création et l’installation prochaine d’un site industriel en Normandie de la SA HOPIUM pour se rapprocher de ses partenaires potentiels » et se réjouit du « caractère exceptionnel de l’aide au regard de ce projet créateur de 28 emplois… ».

Encore faut-il ne pas tenir compte de l’actualité de la société qui cherche à réduire ses effectifs dans le cadre d’un accord portant sur une rupture conventionnelle collective. Quelque 35 candidats au départ volontaire se seraient à ce jour signalés. L’entreprise comptant 161 salariés entend ramener la masse salariale à un niveau compris entre 90 et 100 personnes à la fin du mois d’avril 2023. Pour ce qui concerne le site industriel en devenir, et souhaité proche de Vernon (27), il serait plus propice à l’industrialisation que l’actuel bureau de domiciliation postale situé dans un hôtel d'entreprises de la zone d’activité Effisciences de Colombelles (14).

Quoiqu’il advienne, on ne perd pas son optimisme puisque « les négociations en cours de finalisation avec un grand constructeur automobile français, suite à un audit technologique par ce dernier, démontrent la confiance accordée au projet de la SA HOPIUM ».

Renault Sandouville ou Stellantis Caen si tu les écoutes…

De la pub et de la télé, c’est possible ?

Un ex-ministre des transports, un ex-ministre de la défense, un ex-agent de la DGA, qui d’autre pouvait venir compléter cette armée de dirigeants de choc sinon un ex-diplomate aux affaires étrangères, ex-conseiller d’Edouard Balladur et de Jaques Chirac, ex-directeur général d’Oenobiol, ex-directeur général de France 2, et ex-président de Clear-Chanel France… Ce « couteau suisse » de la communication et des affaires existe, il se nomme Philippe Baudillon. Il fut officiellement nommé directeur général délégué d’Hopium le 19 décembre 2022.

Alain Guillou et Philippe Baudillon sont donc les deux dernières recrues du staff de gouvernance composé de Sylvain Laurent, haut responsable de plusieurs grandes sociétés françaises et internationales (IBM, Siemens, Dassault Systèmes…), et de Hervé Lenglart, un multi-entrepreneur opérant dans l’univers de l’évènementiel et des médias B2B. Sans oublier bien sûr Olivier Lombard, le jeune directeur et fondateur d’Hopium, pilote de course et vice-président de la société du bal du Moulin rouge.

Pile à hydrogène ou face, pompe à chaleur ?

Pour pallier un sérieux manque à gagner dû à la non-production de sa berline haut de gamme à hydrogène, Hopium s’est résigné à diversifier ses objectifs. La solution tourne autour d’un « nouveau plan stratégique en vue d’accélérer la rentabilité de l’entreprise avec des perspectives de revenus avant la commercialisation de son premier modèle de véhicule à hydrogène ». Pour ce faire la Société s’est réorganisée autour de deux pôles : Hopium Technologies ayant pour seul objectif de développer et de commercialiser la pile à combustible, et Hopium Automotive chargé du développement de la Māchina.

Cette fameuse pile à combustible, cœur battant de la motorisation du véhicule, répondrait ainsi « aux besoins de plusieurs marchés tels que les bus, l'aéronautique, le ferroviaire ou encore le maritime ». Extirpé de dessous le capot de l’auto cet élément clef se transformerait alors en un très efficace dispositif de conversion d’énergie pouvant « trouver des applications pour des installations fixes de production de chaleur et d'électricité dans les secteurs domestique et industriel  ». De l’automobile de standing au luxe des résultats, Hopium semble bien devoir opérer un virage à 180 degrés.

Un inquiétant bilan qui va de mal en pis - @ capture d'écran
Un inquiétant bilan qui va de mal en pis - @ capture d'écran

Il n’en demeure pas moins que l’avenir s’assombrit tant l’activité principale de cette Start-up se résume en une recherche effrénée de financement. Au 31 décembre 2022, le montant des capitaux propres avoue un montant négatif de - 10.424.424 € pour un capital social de 131.145,36 €. Selon les dispositions du code de commerce, lorsque les capitaux propres d’une société sont inférieurs à la moitié du capital social, la dissolution anticipée de l’entreprise peut être prononcée. Raison pour laquelle « l’assemblée générale sera amenée à se prononcer sur une dissolution anticipée de la Société ».

Après s’être appuyée sur les promesses des uns, sur le prêt des autres, ou sur les fonds de ses propres actionnaires, la société espère désormais obtenir une nouvelle subvention pour finaliser le développement de sa pile à combustible et son industrialisation en France. C’est en cela que la société a déposé un dossier dans le cadre de l’appel à projets « Auto Invest » de France 2030. Bonne nouvelle, BPifrance informe les heureux candidats que: « Les projets attendus devront présenter une assiette de dépenses éligibles d’au moins 2 millions d’euros pour les projets collaboratifs ».

Hopium un jour, Start-up toujours.

Des prêts, des aides, des subventions : le réflexe Start-Upien. - @ Reflets
Des prêts, des aides, des subventions : le réflexe Start-Upien. - @ Reflets

Remboursez !

Une chose cependant, quand bien même les prêts s’accumulent à vitesse grand V, l’heure viendra de rembourser tous ces millions. Et si la jolie Māchina ne mérite pas de disparaître aussi peu glorieusement, mérite-t-elle pour autant la reconnaissance éternelle des automobilistes de l’an 3000 ? Cette voiture de 120.000 € avec 500 chevaux sous le capot circulant à 230 km/h sur un filet d’hydrogène a-t-elle réellement sa place aujourd’hui…

Les dirigeants d’Hopium se sont-ils bien rendus compte du gouffre financier, vers lequel ils se sont joyeusement dirigés à toute allure : 3,5 M€ pour des prestations de conseils, 1,9 M€ pour la recherche de financement, 1,5 M€ pour les dépenses de marketing et de publicité, 700 K€ de frais de déplacements et voyages… et ce en regard d’un résultat net associé au déficit antérieur de - 32.709.539 €.

Si l’hydrogène n’a pas d’odeur, l’argent trop facilement dépensé ou trop vite gagné laisse parfois un goût amer en bouche. Reste seulement à souhaiter bon vent à l’hydrogène vert (décarbonné), ce qui pour le coup est encore loin d’être une entreprise qui marche. Car il est bon de rappeler que pour le moment, l’hydrogène dans notre pays est produit à plus de 90% à partir d’énergie fossile (craquage d’hydrocarbure), ce qui fait qu’une voiture utilisant de l’hydrogène pour se déplacer ne rime pas forcément avec écologie.

Making of

En vertu des renseignements légaux portés sur « l'attestation du commissaire aux comptes sur les informations communiquées dans le cadre de l’article L. 225-115 4° du code de commerce relatif au montant global des rémunérations versées aux personnes les mieux rémunérées pour l’exercice clos le 31 décembre 2022 », nous avons sollicité la société afin de connaître la destination de ces rémunérations en fonction du statut ou de la qualité des bénéficiaires. Aucune réponse ne nous est parvenue à ce jour.

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